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Archives de Catégorie: Arts plastiques

« COMMENT AVAIT-ON PU OUBLIER LE VIRUS? », MICHEL GOUTEUX (MR ET MME GORGÔ), FRANCE, 2021 (série « surréaliste »)

MÉMOIRE DES POÈTES: CASPAR DAVID FRIEDRICH (1774-1840)

Meeresstrand im Nebel (Bord de mer dans le brouillard), circa 1807, Österreichische Galerie Belvedere,, Vienne, Autriche.

… On se disperse, on se disperse. Mais non, on rassemble, chers lecteurs! Ces derniers jours de 2021 sont ainsi consacrés à la compilation de mes articles, entretiens, notes, etc, en vue d’un ouvrage à paraître en 2022 (sans que j’oublie mon « Père-Lachaise surréaliste », futur best seller des taphophiles invétérés. 2022, là encore). Bref, évoquons Caspar David Friedrich, dont j’ai pu admirer les oeuvres à Berlin en 2008, et auquel j’ai emprunté un tableau, pour la bannière du blog.

… Ou plutôt, regardons Arte. C’est moins actuel qu’Hanouna, certes. Ca donne un peu mal à la tête, certes. Ca ne déplace pas les foules, certes. To the happy few! (cliquer sur le lien)

JOYEUX NOËL!

Le sapin de Salvador Dali.

LIBRE-PROPOS SUR TOM WAITS

Tom Waits fête aujourd’hui ses 72 ans. L’artiste est rare, et je n’ai hélas jamais pu le voir en concert, ne l’ai jamais croisé au Louvre, sur mon lieu de travail. Je l’écoute depuis des années et possède plusieurs de ses disques.

Je revois également toujours avec le même plaisir Down by law de Jim Jarmush. Tom Waits y incarne Zack, animateur de radio malheureux dont la route croise celle d’un petit truand (John Lurie), et d’un Italien excentrique (Roberto Benigni). Drôle, mais étrangement sombre aussi, le film met en scène le Sud profond, au milieu des années 80, époque où la région n’avait rien de particulièrement touristique.

Adolescent, le film m’a donné envie de visiter la Nouvelle-Orléans. Down by law s’ouvre effectivement par un long et magnifique travelling noir et blanc, mettant en scène divers quartiers emblématiques, des chantiers en construction, le bayou, une école primaire fréquentée par des Afro-Américains, le tout rythmé par la chanson Jockey full of Bourbon. Comme Detroit actuellement, marqué par la crise, la fameuse métropole semble à moitié détruite, laissée à l’abandon, ce qui lui confère un aspect doublement glauque et romantique. On est ainsi frappé par l’alternance de luxueuses résidences de style colonial légèrement décaties, et de logements pauvres, à la limite de la ruine.

The unending steam, Clarence John Lauglin,, 1939.

Le premier plan montre le fameux cimetière. Celui-là même où Denis Hopper et Peter Fonda, accompagnés de prostituées, se défoncent, au milieu d’Easy rider. Devenu lieu de deal, et situé au milieu d’un quartier dangereux, la nécropole fut également photographiée par Clarence John Laughlin (1905-1985), poète surréaliste originaire de Lake Charles, mais inhumé au columbarium du Père-Lachaise, et dont nous avons déjà parlé ici même, à plusieurs reprises. L’homme nous laissé de nombreux clichés de l’endroit, sans pour autant y être inhumé, S’estimant incompris dans son propre pays, Laughlin désirait en effet reposer à Paris. Ses voeux ont été exaucés. Pour autant son oeuvre demeure totalement inconnue en France même (cf. notre article ci-dessous).

John Kennedy Toole (1937-1969)

La Nouvelle-Orléans, c’est aussi, pour moi, le décor dans lequel évolue l’obèse pédant, écrivain raté, mon double détesté, Ignatius Reilly dans La Conjuration des imbéciles. Ou plutôt le double potentiel de l’auteur, John Kennedy Toole, suicidé à trente-deux ans car il vivait chez sa mère et ne trouvait pas d’éditeur (alors même que le roman devint mondialement célèbre après sa mort…) Autant de raisons, donc, d’aller en Louisiane. Ou, à défaut, d’écouter Tom Waits…

Edna million in a drop dead suit
Dutch pink on a downtown train
Two dollar pistol but the gun won’t shoot
I’m in the corner on the pouring rain
Sixteen men on a dead man’s chest
I been drinking from the broken cup
Two pairs of pants and a mohair vest
I’m full of bourbon and I can’t stand up

Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children are alone
Hey little bird , you fly away home

Your house is on fire , your children alone

Schiffer broke a bottle on Morgan’s head
I’m stepping on the devil’s tail
Across the stripes of a full moon’s head
All through the bar’s of a Cuban jail
Bloody finger’s on a purple knife
Flamingo drinking from a cocktail glass
I’m on the lawn with someone else’s wife

Admire the view from the top of the mast

Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children alone
Hey little bird , fly away home

Your house is on fire , your children are alone

Yellow sheets on a Hong Kong bed
Stazybo horn and a slingerland ride
To the carnival is what she said
A couple hundred dollars makes it dark inside
Edna million in a drop dead suit
Dutch pink on a downtown train

Two dollar pistol but the gun won’t shoot
I’m in the corner on the pouring rainHey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children alone
Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children are alone

Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , children alone
Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children are alone

« UNE GUERRE ENTRE EUROPÉENS EST UNE GUERRE CIVILE » (VICTOR HUGO)

« La guerre », Marcel Gromaire

« COQUILLAGES », PIERRE ROY (1880-1950). SÉRIE SURRÉALISTE

LITTÉRATURE ET SURRÉALISME À AIX-EN-PROVENCE (JUSQU’AU 3 OCTOBRE 2021)

… Christian Arthaud m’annonce la tenue d’une exposition consacrée au surréalisme, très prochainement à Aix-en-Provence. Le vernissage sera donc organisé vendredi 30 juillet à 18h, au 21 bis cours Mirabeau. On retrouvera les informations complètes en cliquant sur le lien ci-dessous.

L’expo de l’été à ne pas rater : « Surréalisme & littérature » – Les actus – Site du Département des Bouches-du-Rhône (departement13.fr)

SELF-PORTRAIT, RITA KERNN-LARSEN, 1937, DANEMARK (série surréaliste).

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Rita Kernn-Larsen, Self-Portrait (Know Thyself), 1937, huile sur toile, 40 x 45 cm, © Adagp, Paris

MÉMOIRE DES POÈTES: PAUL REVEL (1922-1983). ARTICLE PARU DANS « DIÉRÈSE » 81 (PRINTEMPS-ÉTÉ 2021)

Localisation : Cimetière du Père-Lachaise. Columbarium, case 14057, premier sous-sol, allée I.

   Méditerranéen de naissance, parisien d’adoption, l’homme aura longtemps vécu non loin du Père-Lachaise, vers Nation. On lui doit essentiellement de belles toiles abstraites, ornées de motifs quasi obsessionnels représentant des points, des aplats…

Cannes, enfance et formation

  Paul Revel, ou Paul Jean Revel à Cannes, le même jour que Serge Reggiani, soit le 2 mai 1922. Angéline Amelotti, sa mère, est couturière. Ange, son père, est cultivateur. Modeste, la famille compte déjà plusieurs enfants. Paul, que rien ne semble destiner aux arts, gardera toute sa vie un lien fort avec ce paysage marin, enrichissant sa palette de couleurs vives. Il passe alors ses vacances d’été au cœur de l’Estérel, pêchant poulpes et oursins. La guerre passée, il connaît, comme Éluard, des soucis de santé, et séjourne dans un sanatorium moderne, en béton armé, du plateau d’Assy, au milieu des Alpes savoyardes. Là, il se lie d’amitié avec les peintres Henri Ginet et Ladislas Kijno, ainsi qu’avec l’écrivain Bernard Landry. Monté à Paris en 1948, Revel fréquente notamment les ateliers d’André Lhôte et de Fernand Léger, à l’instar de Serge Gainsbourg. Il expose pour la première fois deux toiles post-cubistes au Salon des Indépendants l’année suivante, en 1949.

   Manifestement déçu par la capitale, Revel se fait construire un atelier entouré d’oliviers, dans sa région d’origine. Pour vivre, il s’associe à son frère et cultive les anémones, renoncules vives, gorgées de Soleil. Selon le surréaliste José Pierre (1927-1999)[1], c’est là qu’il rencontre d’autres peintres du Sud, comme Pierre Gastaud et François Arnal. En 1956, invité par Romulad Dor de la Souchère, il expose au musée d’Antibes, futur musée Picasso. Bien vite, il redescendit dans son midi natal (…) Les fleurs, pour Revel-le-peintre, ne sont pas de simples prétextes à peinture, des agréments décoratifs : bien plutôt des entités vivantes, écrit son ami Jean-Clarence Lambert[2].

 Retour à Paris

   L’aventure azuréenne dure plusieurs années. Définitivement revenu à Paris en 1958, Paul Revel vit un an durant dans les sous-sols aménagés d’un cinéma, en compagnie de Gastaud. Situé au 5 rue des Vignes, dans le très chic seizième arrondissement, non loin du jardin du Ranelagh, de la maison de Balzac, le Ranelagh est devenu, sous l’impulsion d’Henri Ginet, un des hauts-lieux de la nouvelle création. Théâtre construit en 1894 sur l’emplacement d’un salon de musique datant de 1755, devenu cinéma en 1931, le Ranelagh, qui retrouvera sa vocation première par la suite, projette des films expérimentaux, accueille diverses manifestations.

  En 1959, Revel emménage au 11 bis impasse Delépine, vers la station « rue des Boulets », dans une ancienne fabrique de jouets. Son ami Paolo Boni l’aide à installer une presse de graveur. Petit coin de verdure au milieu du onzième arrondissement, l’impasse Delépine convient parfaitement à ce latiniste autodidacte, grand lecteur, homme de méditation, contemplatif. Revel gagne alors en célébrité, multipliant les expositions, en France comme à l’étranger, et notamment à Buenos Aires ou à Jérusalem. Il retourne également souvent dans le Midi visitant sa famille ou ses amis, construisant sans le savoir l’école d’Antibes, mouvement pictural spontané, involontaire. Atteint d’un cancer de la gorge depuis plusieurs années, il meurt le 19 avril 1983, à huit heures du matin, treize jours avant son soixante-et-unième anniversaire, dans l’atelier qu’il aimait tant, en compagnie de sa femme Aline. Incinéré, il repose désormais, à l’instar de Lars Bo (cf. plus haut), derrière une plaque de graveur argentée au deuxième sous-sol du columbarium, allée I.

Photographie de Philippe Landru. Tous droits réservés.

Phases, Jaguer…

   Les fréquentations, les choix politiques de Paul Revel le rapprochent incontestablement du surréalisme. On compte ainsi parmi ses amis plusieurs figures historiques, à l’instar de Ginet, précédemment cité, ou de Jean-Pierre Vielfaure. Ayant rencontré Édouard Jaguer (1924-2006. Inhumé dans la division 24), lors de son retour à Paris, l’artiste participe à l’aventure de la revue Phases, aux expositions « Solstice de l’image », « La cinquième saison-greffages » et « Vues imprenables » organisées au Ranelagh entre 1961 et 1963. Comme Blin ou Leiris, à l’invitation de Jaguer, Revel a également signé le Manifeste des 121 de septembre 1960, en protestation contre la guerre d’Algérie. Ceci posé, il semble difficile de classer Revel parmi les surréalistes purs et durs. Abstraite, constituée de formes géométriques minérales souvent rondes, sa peinture demeure très éloignée de l’onirisme propre à Dali, à Tanguy ou à Magritte. On ne peut non plus qualifier ses toiles de tachistes, ce mouvement théorisé par Charles Estienne, auquel se raccrochera momentanément Breton. Selon Jean-Clarence Lambert[3], Phases est le seul regroupement auquel Revel peut être associé. Une entreprise unique dans son projet, et qui perdura, avec une activité vraiment internationale (…). En continue expansion du surréalisme originel, opérant dans les marges de la vie artistique institutionnelle et du marché de l’art, Phases reste difficile à définir… Revue du surréalisme tardif, Phases est justement plus libre, en termes d’inspiration, donc moins directement… surréaliste ! Ce qui convient probablement plus à l’esprit original, indépendant, de Revel.

Sans titre. Paul J. Revel. Tous droits réservés.

  Citons, pour terminer la prose poétique de José Pierre[4] : Les forces de la Terre, que l’on imagine volontiers obscures par opposition à la lumière solaire, secrètent en réalité la plus rare lumière, celle même des gemmes, dont le feu n’est pas moins vif pour être enseveli. C’est celle que nous restitue Revel dans des peintures dont la lente élaboration s’accomplit à l’image des interminables métamorphoses minérales. La belle clarté lactescente qui s’en dégage et ne voile qu’à demi le feu intérieur, c’est au prix d’une patiente alchimie dont le résultat, en définitive, échappe à la lucidité créatrice. L’opale est là comme chez elle : de son éclat participe la splendeur calme, un peu crayeuse, de ces murailles que crevassent de longs sillons pareils à des cicatrices immémoriales et où s’ouvrent parfois comme des oasis d’émeraude pâle…

N.B. : Placée sous le signe du surréalisme, notre série demeure diversifiée. Nous nous attachons en effet à évoquer des figures extrêmement variées, certaines célébrissimes, à l’instar d’Apollinaire (Diérèse numéro 71), ou d’Éluard (Diérèse numéro 77). Certaines beaucoup moins connues, sinon oubliées.


[1] Cf. Abécédaire, éditions Le Terrain Vague, Paris, 1971.

[2]Paul J. Revel, éditions Somogy, Paris, 2008, page 10.

[3] Paul J. Revel, ibidem, page13.

[4] L’abécédaire, ibidem, page 388.

Composition, encre de Chine. Paul J. Revel. Tous droits réservés.

« LE MORT JOYEUX », HELEN LUNDEBERG (1908-1999), USA. Série surréaliste.

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