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Archives de Catégorie: Arts plastiques

« COQUILLAGES », PIERRE ROY (1880-1950). SÉRIE SURRÉALISTE

LITTÉRATURE ET SURRÉALISME À AIX-EN-PROVENCE (JUSQU’AU 3 OCTOBRE 2021)

… Christian Arthaud m’annonce la tenue d’une exposition consacrée au surréalisme, très prochainement à Aix-en-Provence. Le vernissage sera donc organisé vendredi 30 juillet à 18h, au 21 bis cours Mirabeau. On retrouvera les informations complètes en cliquant sur le lien ci-dessous.

L’expo de l’été à ne pas rater : « Surréalisme & littérature » – Les actus – Site du Département des Bouches-du-Rhône (departement13.fr)

SELF-PORTRAIT, RITA KERNN-LARSEN, 1937, DANEMARK (série surréaliste).

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Rita Kernn-Larsen, Self-Portrait (Know Thyself), 1937, huile sur toile, 40 x 45 cm, © Adagp, Paris

MÉMOIRE DES POÈTES: PAUL REVEL (1922-1983). ARTICLE PARU DANS « DIÉRÈSE » 81 (PRINTEMPS-ÉTÉ 2021)

Localisation : Cimetière du Père-Lachaise. Columbarium, case 14057, premier sous-sol, allée I.

   Méditerranéen de naissance, parisien d’adoption, l’homme aura longtemps vécu non loin du Père-Lachaise, vers Nation. On lui doit essentiellement de belles toiles abstraites, ornées de motifs quasi obsessionnels représentant des points, des aplats…

Cannes, enfance et formation

  Paul Revel, ou Paul Jean Revel à Cannes, le même jour que Serge Reggiani, soit le 2 mai 1922. Angéline Amelotti, sa mère, est couturière. Ange, son père, est cultivateur. Modeste, la famille compte déjà plusieurs enfants. Paul, que rien ne semble destiner aux arts, gardera toute sa vie un lien fort avec ce paysage marin, enrichissant sa palette de couleurs vives. Il passe alors ses vacances d’été au cœur de l’Estérel, pêchant poulpes et oursins. La guerre passée, il connaît, comme Éluard, des soucis de santé, et séjourne dans un sanatorium moderne, en béton armé, du plateau d’Assy, au milieu des Alpes savoyardes. Là, il se lie d’amitié avec les peintres Henri Ginet et Ladislas Kijno, ainsi qu’avec l’écrivain Bernard Landry. Monté à Paris en 1948, Revel fréquente notamment les ateliers d’André Lhôte et de Fernand Léger, à l’instar de Serge Gainsbourg. Il expose pour la première fois deux toiles post-cubistes au Salon des Indépendants l’année suivante, en 1949.

   Manifestement déçu par la capitale, Revel se fait construire un atelier entouré d’oliviers, dans sa région d’origine. Pour vivre, il s’associe à son frère et cultive les anémones, renoncules vives, gorgées de Soleil. Selon le surréaliste José Pierre (1927-1999)[1], c’est là qu’il rencontre d’autres peintres du Sud, comme Pierre Gastaud et François Arnal. En 1956, invité par Romulad Dor de la Souchère, il expose au musée d’Antibes, futur musée Picasso. Bien vite, il redescendit dans son midi natal (…) Les fleurs, pour Revel-le-peintre, ne sont pas de simples prétextes à peinture, des agréments décoratifs : bien plutôt des entités vivantes, écrit son ami Jean-Clarence Lambert[2].

 Retour à Paris

   L’aventure azuréenne dure plusieurs années. Définitivement revenu à Paris en 1958, Paul Revel vit un an durant dans les sous-sols aménagés d’un cinéma, en compagnie de Gastaud. Situé au 5 rue des Vignes, dans le très chic seizième arrondissement, non loin du jardin du Ranelagh, de la maison de Balzac, le Ranelagh est devenu, sous l’impulsion d’Henri Ginet, un des hauts-lieux de la nouvelle création. Théâtre construit en 1894 sur l’emplacement d’un salon de musique datant de 1755, devenu cinéma en 1931, le Ranelagh, qui retrouvera sa vocation première par la suite, projette des films expérimentaux, accueille diverses manifestations.

  En 1959, Revel emménage au 11 bis impasse Delépine, vers la station « rue des Boulets », dans une ancienne fabrique de jouets. Son ami Paolo Boni l’aide à installer une presse de graveur. Petit coin de verdure au milieu du onzième arrondissement, l’impasse Delépine convient parfaitement à ce latiniste autodidacte, grand lecteur, homme de méditation, contemplatif. Revel gagne alors en célébrité, multipliant les expositions, en France comme à l’étranger, et notamment à Buenos Aires ou à Jérusalem. Il retourne également souvent dans le Midi visitant sa famille ou ses amis, construisant sans le savoir l’école d’Antibes, mouvement pictural spontané, involontaire. Atteint d’un cancer de la gorge depuis plusieurs années, il meurt le 19 avril 1983, à huit heures du matin, treize jours avant son soixante-et-unième anniversaire, dans l’atelier qu’il aimait tant, en compagnie de sa femme Aline. Incinéré, il repose désormais, à l’instar de Lars Bo (cf. plus haut), derrière une plaque de graveur argentée au deuxième sous-sol du columbarium, allée I.

Photographie de Philippe Landru. Tous droits réservés.

Phases, Jaguer…

   Les fréquentations, les choix politiques de Paul Revel le rapprochent incontestablement du surréalisme. On compte ainsi parmi ses amis plusieurs figures historiques, à l’instar de Ginet, précédemment cité, ou de Jean-Pierre Vielfaure. Ayant rencontré Édouard Jaguer (1924-2006. Inhumé dans la division 24), lors de son retour à Paris, l’artiste participe à l’aventure de la revue Phases, aux expositions « Solstice de l’image », « La cinquième saison-greffages » et « Vues imprenables » organisées au Ranelagh entre 1961 et 1963. Comme Blin ou Leiris, à l’invitation de Jaguer, Revel a également signé le Manifeste des 121 de septembre 1960, en protestation contre la guerre d’Algérie. Ceci posé, il semble difficile de classer Revel parmi les surréalistes purs et durs. Abstraite, constituée de formes géométriques minérales souvent rondes, sa peinture demeure très éloignée de l’onirisme propre à Dali, à Tanguy ou à Magritte. On ne peut non plus qualifier ses toiles de tachistes, ce mouvement théorisé par Charles Estienne, auquel se raccrochera momentanément Breton. Selon Jean-Clarence Lambert[3], Phases est le seul regroupement auquel Revel peut être associé. Une entreprise unique dans son projet, et qui perdura, avec une activité vraiment internationale (…). En continue expansion du surréalisme originel, opérant dans les marges de la vie artistique institutionnelle et du marché de l’art, Phases reste difficile à définir… Revue du surréalisme tardif, Phases est justement plus libre, en termes d’inspiration, donc moins directement… surréaliste ! Ce qui convient probablement plus à l’esprit original, indépendant, de Revel.

Sans titre. Paul J. Revel. Tous droits réservés.

  Citons, pour terminer la prose poétique de José Pierre[4] : Les forces de la Terre, que l’on imagine volontiers obscures par opposition à la lumière solaire, secrètent en réalité la plus rare lumière, celle même des gemmes, dont le feu n’est pas moins vif pour être enseveli. C’est celle que nous restitue Revel dans des peintures dont la lente élaboration s’accomplit à l’image des interminables métamorphoses minérales. La belle clarté lactescente qui s’en dégage et ne voile qu’à demi le feu intérieur, c’est au prix d’une patiente alchimie dont le résultat, en définitive, échappe à la lucidité créatrice. L’opale est là comme chez elle : de son éclat participe la splendeur calme, un peu crayeuse, de ces murailles que crevassent de longs sillons pareils à des cicatrices immémoriales et où s’ouvrent parfois comme des oasis d’émeraude pâle…

N.B. : Placée sous le signe du surréalisme, notre série demeure diversifiée. Nous nous attachons en effet à évoquer des figures extrêmement variées, certaines célébrissimes, à l’instar d’Apollinaire (Diérèse numéro 71), ou d’Éluard (Diérèse numéro 77). Certaines beaucoup moins connues, sinon oubliées.


[1] Cf. Abécédaire, éditions Le Terrain Vague, Paris, 1971.

[2]Paul J. Revel, éditions Somogy, Paris, 2008, page 10.

[3] Paul J. Revel, ibidem, page13.

[4] L’abécédaire, ibidem, page 388.

Composition, encre de Chine. Paul J. Revel. Tous droits réservés.

« LE MORT JOYEUX », HELEN LUNDEBERG (1908-1999), USA. Série surréaliste.

THÉODORE KOENIG (1922-1997), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE. SÉRIE: « MÉMOIRE DES POÈTES » (article paru dans « Diérèse » 81, printemps 2021).

Localisation : Division 87 (columbarium), case 21738, premier sous-sol, allée S.

  Scientifique, éditeur et créateur décalé, l’homme, qui vécut entre Belgique, Canada, États-Unis, France et Italie, repose désormais dans le plus célèbre des cimetières, non loin de son ami Jean Gaudry (1933-1991), et de ses héros intellectuels. Retour sur un parcours atypique.

Une vie de voyage

  D’ascendance allemande, son père (dont le nom signifie « roi » dans la langue de Goethe) lui transmet le goût de la peinture. D’ascendance flamande, sa mère lui transmet, elle, celui de la littérature. Né à Liège le 7 avril 1922, Théodore Koenig, se prend de passion pour Rimbaud dès l’adolescence, mais suit des études scientifiques à l’école polytechnique de sa ville natale, sous l’autorité du biochimiste esthète Marcel Florkin (1900-1979). Réformé, il échappe au service militaire, et publie ses premiers articles autour du cinéma dans une revue issue de la Résistance, après la Libération. En 1947, sa rencontre avec Marcel Lecomte et avec l’ensemble des surréalistes belges comme Paul Colinet, Marcel Mariën et Christian Dotremont demeure déterminante.

   Installé outre-Atlantique au tournant du siècle, comme il l’évoque notamment dans 4 voyages à New-York 1949-1950[1], Théodore Koenig occupe d’abord un poste dans l’industrie, à Boston, puis pose ses valises au Québec, se lie avec Roland Guiguère (1929-2003), fondateur des éditions Erta. Correspondant canadien du mouvement COBRA, il collabore à divers périodiques francophones avant de cofonder Phantomas en 1953, après son retour en Europe. Les Belges Joseph Noiret (1924-2012) et Marcel Havrenne (1912-1957) l’accompagnent dans l’aventure. Théodore Koenig, qui poursuit une activité frénétique, partage son temps entre Paris et sa maison de Calice Ligure, au Nord de l’Italie. Domicilié au 14 rue Morand, dans un vieil immeuble de Ménilmontant, il décède deux semaines après son soixante-quinzième anniversaire, le 26 avril 1997. Ses cendres reposent dans une case en marbre gris, ornée de sa photo, ainsi que de la mention « Grand Poète ». Dans le journal wallon Le Soir, Pierre Maury[2] parle d’un créateur rigoureux.

Un touche-à-tout surréaliste ?

   Théodore Koenig demeure essentiellement célèbre pour avoir fondé et animé Phantômas. Aujourd’hui archivée par la galerie wallonne Daily-Bul, conservée par le centre Pompidou, la revue, qui tire son nom du fameux roman policier[3], constitue d’abord un bel objet esthétique. De 1953 à 1980, soit pendant presque trente ans, les nombreux numéros de Phantomas présentent, tous les deux mois, un visage différent, qu’il s’agisse d’une couverture bleu Klein (numéro 21), ou d’hippopotames rouges (numéro 43). Phantomas, c’est Popocatepl six fois par an : suivant ce slogan volcanique, programmatique, le périodique s’inscrit dans la lignée dadaïste, surréaliste, et devient le parallèle de Cobra, en un joyeux syncrétisme poétique, esthétique. Y publient notamment les belges François Jacqmin, Achille Chavée, ou encore André Blavier, spécialiste des « fous littéraires », mais aussi, par-delà les frontières et les genres, Jorge Luis Borges ou Samuel Beckett.  

  L’ambition de Théodore Koenig fut toujours de créer un périodique mêlant arts plastiques et littérature au sens strict, comme en témoigne l’essai Histoire de la peinture chez « Phantomas » des années 50/80[4]. Graveur et céramiste autodidacte, Théodore Koenig a toujours voulu peindre. Outre les livres, vingt-huit œuvres iconographiques sont ainsi conservées à la Bibliothèque Nationale de France. De fait ses créations, représentant des chimères, des bêtes étranges, évoquent immanquablement le surréalisme. Peut-on pour autant ranger Théodore Koenig dans une case? Farouchement individualiste, l’homme s’est toujours défendu d’appartenir au mouvement, de même qu’il s’est toujours défendu d’être dadaïste: Théodore Koenig n’a jamais cessé de proclamer qu’il n’était ni dadaïste ni surréaliste, ni dans la mouvance ou l’héritage de ces deux mouvements. On ne saurait le rapprocher du dadaïsme que par sa volonté de détruire le langage, mais il ne fait pas table rase et reconstruit à la fois son dire et son moi. On ne saurait le rapprocher du surréalisme que par son goût d’une certaine peinture exactement contemporaine, des recueils enrichis d’illustrations, souvent minces cahiers, opuscules, mais il s’attache à de vastes domaines antérieurs et il est, par essence, rebelle à tout dogmatisme, à tout papisme littéraire, à toute bulle excommunicatoire, à toute hiérarchie. Il n’affecte pas d’être pris au sérieux, s’avoue « férocement individualiste » et « collégialiste » comme (ses) fonctions d’ami des poètes le lui dictent[5].

   Ce désir d’indépendance se retrouve au sein même de sa poésie. On ne peut, là encore, parler de surréalisme au sens strict. Dans la lignée de Roussel, ou d’Henri Michaux, le mince Jardin zoologique écrit en mer, publié à Montréal[6], procède bien de l’esprit surréaliste car on y retrouve les chimères évoquées plus haut, les jeux sémantiques, à travers une traversée fantastique du Saint-Laurent où naissent diverses créatures uniques tirées du rêve. Koenig compose un bestiaire — le titre et les dessins de Tremblay nous aident à le comprendre — qui donne dans le merveilleux. Rien d’agressif dans le ton, on est plutôt dans la fantaisie et l’humour, comme l’indique la préface. De même, on peut parler de surréalisme à travers Mirabilia, long récit en prose poétique (le seul écrit comme tel par Koenig), dont le style rappelle Les chants de Maldoror, puisqu’il s’agit d’explorer une géographie onirique, décrite dans un style classique et précis. Publié à Bruxelles, l’ouvrage, accompagné d’une dédicace, fut d’ailleurs envoyé à André Breton.

Sur les trente volumes publiés, on trouve toutefois essentiellement des aphorismes. Certains, par leur absurdité, évoquent l’humour noir, mais ne sont pas à proprement parler surréalistes. On y côtoie toutefois la verve fantaisiste de Koenig, ses inventions langagières et sa drôlerie : Les œuvres sémantiques de T.K. sont un « javanais » de grand enfant, d’un faux écolier « limosin » pas si difficile à entendre et qui ne parle pas dans le vide et ni par prétérition, bien au contraire une approche (où s’entremêlent l’inspiré et le délibéré), une autre façon de dire les choses, de se faire mieux entendre de quelques-uns, poèmes et proses qu’on ne saurait lire sans complicité[7].

   Acteur, auteur, plasticien, surréaliste sans l’être complètement, Théodore Koenig est d’abord un esprit libre original, venu de la science, de la technique pour explorer divers domaines. Laissons-lui donc la parole :

Anatomie de l’Hyperbasilic

De sa veine basilique

Ligament roturier

Il est sous scapulaire.

Animal astragale et du lobe cristallin

Quelle ligne âpre de fémurs

Triangulaire lèvre et premier abducteur

Petit zygomatique

ou bien encore ma foi

aurait dit Juste Lipse

Les apophyses transverses traversent l’apocalypse.  [8]


[1] Editions Lanaudières, Laurentides, Québec, 1988.

[2] Édition du 28 avril 1997.

[3] En précisant que Marcel Allain, co-auteur de Fantômas, repose lui aussi au Père-Lachaise.

[4] Éditions Lebeer-Hossmann, Bruxelles, 1990.

[5] Bernard Jourdan, préface au recueil Analectes, éditions Rara international, Italie, 1990.

[6] Éditions Erta, 1954.

[7] Bernard Jourdan, ibidem.

[8] Le jardin zoologique, Ibidem.

Photographie de Tony Shaw (tous droits réservés).
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(Photographie de Tony Shaw).

ÉLÉPHANT NOIR (SÉRIE « ÉLÉPHANT BLANC »)

L’éléphant blanc avance sur les sentes de la création! Sur les conseils de mon ami Thomas Mercier, fidèle du blog, nous avons repensé le logo dessiné par Jacques Cauda. Le corps du pachyderme était en effet peint en dégradé gris. Nous préférons le noir, plus simple, plus intense, plus symbolique. Nos couvertures seront en « conqueror » (couleur crème, légèrement gratté). Merci donc à Briac, expert ès Photoshop, d’avoir comblé mes lacunes informatiques pour redéfinir l’éléphant caudesque, emblème de notre glorieuse collection!

DESSIN ORIGINAL (JACQUES CAUDA)
NOTRE LOGO (encore merci à Briac).

« FANTÔME DE MATTHIAS GRÜNEWALD », SHUZO TAKIGUCHI (1903-1979), JAPON (Série surréaliste)

TITRE INCONNU, PIERRE MOLINIER (série « surréalisme)

André Breton à Pierre Molinier le 13 avril 1955 : Vous êtes aujourd’hui le Maître du Vertige, d’un de ces vertiges que Rimbaud s’était donné à tâche de fixer. Les photographies jointes sont aussi belles que scandaleuses, à l’unisson de tout ce que vous m’avez déjà fait entrevoir de votre œuvre. J’ai sous les yeux le Château magique que vous m’avez adressé (…) Mais peut-être ai-je été en profondeur assez touché par votre premier envoi pour que s’ouvrît chez moi cette fenêtre bleue qui donne sur l’éperdu.

CATHARSIS DALINIENNE (réflexion personnelle)

Salvador Dali considérait la gare de Perpignan comme étant le centre du Monde. Reconnaissante, la municipalité lui a dédié une statue, bien visible à l’arrivée.

Au milieu des années 90, le lieu devint pourtant le théâtre d’une série de meurtres atroces. Plusieurs étudiantes de type méditerranéen furent en effet enlevées dans le quartier, violées, assassinées, puis horriblement mutilées au niveau des parties génitales, de la poitrine. Mise en difficulté, la police nationale mit en place des moyens considérables, sans pour autant capturer le monstre. Divers suspects furent interpellés, dont un faux-médecin péruvien, escroc récidiviste. Les meurtres se poursuivirent, jusqu’à ce que l’ADN retrouvé sur une chaussure de victime parle, en 2014. Il s’agissait non d’un docteur, ou d’un boucher, mais d’un certain Jacques Rançon, cas social d’origine picarde, magasinier de son état, illettré et alcoolique. Lors du procès, les journalistes furent frappés par le contraste existant entre cette brute aux mains épaisses, aux moyens limités, et la délicatesse des jeunes filles qu’il avait massacrées.

Les enquêteurs furent, eux, doublement soulagés et surpris. Beaucoup s’étaient en effet imaginé un tueur méthodique, surdoué, jusqu’à dresser le portrait d’un anatomiste passionné par Dali, une sorte de fétichiste surréaliste. La précision des découpes macabres (pratiquées, Dieu merci, post mortem), laissait effectivement penser à un docteur, un chirurgien. Plus encore, Dali a fréquemment représenté des femmes décapitées, ou éventrées.

L’affaire, à laquelle vient d’être consacré un numéro de Faîtes entrer l’accusé (sans Christophe Hondelatte désormais), illustre assez la notion de catharsis ( κάθαρσις). Jacques Rançon a prétendu découper le sexe des jeunes femmes afin de faire disparaître toute trace de sperme. La juge d’instruction, elle, pense qu’il lui fallait, en réalité, emporter un trophée symbolique, posséder à jamais ces malheureuses en les dépouillant de tout attribut féminin. En cela, partageait-il les mêmes fantasmes que le Maître catalan? Dali n’a évidemment jamais tué personne. A la différence du pervers Rançon, il a peint, et donc s’est déchargé, par le pinceau, de certaines pulsions sadiques, tandis que Rançon, lui, usait du couteau. Dans la Poétique, Aristote estime que la tragédie doit purger l’âme de ses mauvais penchants: en voyant le meurtre sur scène, on s’en décharge. La chose était évidemment impossible au frustre Rançon, mais demeurait permise à Salvador Dali, par le truchement de l’art, précisément. Un esprit sceptique estimera que pareilles oeuvres engendrent de nouvelles horreurs, en donnant des idées au quidam. Nous lui rétorquerons que les malades n’ont pas besoin de Dali pour assouvir leur bas instincts, et plus encore que la représentation peut atténuer le désir de passer à l’acte. Ce pourquoi la création demeure exutoire, et qu’elle doit tout pouvoir dire, sans mesure de censure, sans contrôle moral. Même le plus abject. Surtout le plus abject.

Gradiva, Salvador Dali, 1931.
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