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« ATTENTION/ACHTUNG » DE MATHIAS RICHARD (création personnelle, 1)

chat de mars

Avec sa couverture toute noire, la revue « Chats de Mars » contient de riches illustrations en noir et blanc. L’objet s’obtient auprès de Julien Boutreux, contre quelques timbres seulement. Ecrire donc à jlboutreux@gmail.com

  Animateur de la revue Chats de Mars, déjà évoquée sur le blog, et poète lui-même, mon ami Julien Boutreux m’a récemment demandé si je pouvais traduire du français vers l’allemand un texte du Marseillais Mathias Richard. Invité à un festival littéraire dans une brasserie berlinoise, ce dernier devait effectivement lire un assez long passage dans la langue de Goethe, et sollicitait notre aide bénévole. Je me suis donc prêté à l’exercice, usant ainsi de mon vieux dictionnaire « Harrap’s », ainsi que de Reverso, qui permet de retrouver certaines expressions. De fait, le poème intitulé « Attention » a été déclamé le samedi 27 octobre, soit il y a quatre jours, outre-Rhin, lors de l’évènement « Ungemuetlich » V, organisé par Frédéric Krauke au 80-82 de la Berliner Strasse, à la Wilner Brauerei. Je l’ai moi-même lu deux jours avant, le jeudi 25, lors du Cénacle du Cygne de l’inoxydable Marc-Louis Questin, en français et en allemand. Voici donc les deux versions.

ungemuetlich V

Affiche de l’évènement « UNGEMUETLICH V »

 

ATTENTION

Attention
Attention y a une barrière sur la route
Attention y a de l’eau qui tombe du ciel
Attention une goutte coule de ton nez
Attention y a la lumière qu’est allumée
Attention
Attention, y a la porte du frigo qu’est ouverte
Attention la porte du garage n’est pas fermée à clef
Attention faut pas tâter les fruits
Attention les serviettes sont nominatives / c’est pas ta serviette
Attention tu sais ce que tu quittes mais tu sais pas où tu vas
Attention c’est très dangereux
Attention fait froid dehors
Attention le chat ne doit pas rentrer ou sortir de la maison
Attention la voiture
Attention la maison
Attention les oiseaux
Attention le trottoir
Attention le quartier
Attention les voisins
Attention le bébé
Attention, ça refroidit
Attention pas trop de sel !
Attention tu manges pas dans l’ordre…
Attention c’est pas vrai du tout
Attention à ton futur
Attention à la chaudière
Attention à l’électricité
Attention il y a un risque de gel
Attention il fait nuit
Attention c’est la crise.
Attention on ne peut pas se le permettre.
Attention les camions.
Attention les encens c’est toxique.
Attention bouilloire en plastique ça rend stérile.
Attention l’aspirine donne mal à la tête
Attention ces avocats pourriront si tu les tâtes.
Attention tu fais trop de bruit le plancher grince quand tu marches
Attention cette huile est cancérigène.
Attention doit y avoir une fuite de dioxyde de carbone.
Attention le courrier.
Attention les plantes.
Attention il faut garder la porte fermée.
Attention tu manges trop
Attention tu manges pas assez
Attention comment tu parles
Attention

richard

Le poète Mathias Richard en pleine action.

 

ACHTUNG!

Achtung!
Achtung! Es gibt eine Schranke am Weg.
Achtung! Es gibt Wasser, das von Himmel fallt.
Achtung!
Achtung! Rotz fliesst von deinem Nase.
Achtung! Das Licht is gemacht.
Achtung!
Achtung! Die Külhschranktür ist geöffnet.
Achtung! Die Garagentür is nicht geschlossen.
Achtung! Du darfst nicht die Obst treffen.
Achtung! Die Handtüche sind nämentlich/ Da ist nicht dein Handtuch.
Achtung! Du weiss was du verlässt, sondern nicht wo du hingehst.
Achtung! Das ist sehr gefährlich.
Achtung! Es ist kalt draussen.
Achtung! Der Katz darft nicht ins Haus einbrechen, und er darft nicht das Haus verlassen.
Achtung! Der Wagen.
Achtung! Das Haus.
Achtung! Die Vögel.
Vorsicht ! Der Gehweg.
Achtung! Das Viertel.
Achtung! Die Nachbarn.
Achtung! Das Baby.
Achtung! Es kühlt.
Achtung! Nicht zu viel Salz.
Achtung! Du isst nicht in Reihenfolge.
Achtung! Das ist absolut nicht wahr.
Achtung vor deiner Zukunft.
Achtung vor Kessel.
Achtung vor Strom.
Achtung! Gefriergefahr.
Achtung! Krise ist da.
Achtung! Wir können nicht es machen.
Achtung! Die Lastautos.
Achtung! Weihrauch ist giftig.
Achtung! Plastischwasserkocher Schwangeren schadet.
Achtung! Aspirin Kopfschmerzen gibt.
Achtung! Diese Avocados werden verwesen wenn du sie triffst.
Achtung! Du machst zu viel Lärm. Der Boden knirscht wenn du läufst.
Achtung! Dieses Öl ist krebserregend.
Achtung! Es muss sein Kohlendioxidleck.
Achtung! Der Kurier.
Achtung! Die Pflanzen.
Achtung! Tür darft geschlossen bleiben.
Achtung! Du isst zu viel.
Achtung! Du isst nicht genug.
Achtung vor deiner Sprechweise.
Achtung!

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Votre serviteur lisant le texte en question à la Cantada II, rue Moret, dans le cadre du « Cénacle du Cygne » organisé par Marc-Louis Questin, le 25 octobre 2017. Photo de Claudine Sigler.

 

 

 

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MÉMOIRE DES POÈTES XVII: HOMMAGE À FASSBINDER

Fox-and-His-Friends  Un numéro un peu spécial de notre série « Mémoire des poètes », aujourd’hui, puisque nous rendons hommage à Rainer Werner Fassbinder, cinéaste, dramaturge et acteur bavarois, mort à 37 ans après avoir réalisé une quarantaine de films. Nous sommes allés directement sur sa tombe, à Munich, dans un minuscule cimetière, autour d’une église. Pour l’occasion, la fidèle S. m’a filmé en train d’allumer une bougie.

 

« ALSO SPRACH ZARATHUSTRA », Friedrich Nietzsche, 1891.

 

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Dionysos, masque tragique, mosaïque, Pompéi.

 

 » Ce n’est que là où il y a de la vie qu’il y a de la volonté : pourtant ce n’est pas la volonté de vie, mais — ce que j’enseigne — la volonté de puissance. Et la vie elle-même m’a confié ce secret : « Voici, m’a-t-elle dit, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même.
« À vrai dire, vous appelez cela volonté de créer ou instinct du but, du plus sublime, du plus lointain, du plus multiple : mais tout cela n’est qu’une seule chose et un seul secret.
« Je préfère disparaître que de renoncer à cette chose unique, et, en vérité, où il y a déclin et chute des feuilles, c’est là que se sacrifie la vie — pour la puissance !
« Qu’il faille que je sois lutte, devenir, but et entrave du but : hélas ! celui qui devine ma volonté, celui-là devine aussi les chemins tortueux qu’il lui faut suivre !
« Quelle que soit la chose que je crée et la façon dont j’aime cette chose, il faut que bientôt j’en sois l’adversaire et l’adversaire de mon amour : ainsi le veut ma volonté.
« Et toi aussi, toi qui cherches la connaissance, tu n’es que le sentier et la piste de ma volonté : en vérité, ma volonté de puissance marche aussi sur les traces de ta volonté du vrai !
« Il n’a assurément pas rencontré la vérité, celui qui parlait de la « volonté de vie », cette volonté — n’existe pas.
« Car : ce qui n’est pas ne peut pas vouloir ; mais comment ce qui est dans la vie pourrait-il encore désirer la vie !
« Ce n’est que là où il y a de la vie qu’il y a de la volonté : pourtant ce n’est pas la volonté de vie, mais — ce que j’enseigne — la volonté de puissance.

APHORISMES SUR LA SAGESSE DANS LA VIE (« APHORISMEN ZUR LEBENSWEISHEIT », Arthur Schopenhauer, livre 2)

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   Je ne crois nullement faire une chose indigne de ma plume en recommandant ici le soin de conserver sa fortune, héritée ou gagnée. Car posséder suffisamment pour pouvoir, ne serait-ce que seul et sans famille, vivre commodément dans une véritable indépendance, c’est-à-dire sans travailler, est un avantage inappréciable: c’est là l’exemption et l’immunité des misères et des tourments attachés à la vie humaine, c’est aussi l’émancipation de la corvée générale qui est le sort naturel des enfants de la terre. Ce n’est que par cette faveur du destin qu’on est véritablement un homme né libre, qu’on est vraiment sui juris (son propre maître), maître de son temps et de ses forces, et qu’on peut dire chaque matin: « la journée m’appartient ». Aussi, entre celui qui a mille livres de rente et celui qui en a cent mille, la différence est-elle infiniment moindre qu’entre le premier et celui qui n’a rien. Mais la fortune patrimoniale atteint son plus haut prix lorsqu’elle échoit à celui qui, pourvu de forces intellectuelles supérieures, poursuit des entreprises qui s’accordent difficilement avec un travail alimentaire: il est alors doublement favorisé du destin et peut vivre tout à son génie. Il payera au centuple sa dette envers l’humanité en produisant ce que nul autre ne pourrait produire, et en lui apportant ce qui sera son bien commun, en même temps que son honneur. Un autre, placé dans une situation aussi favorisée, se rendra digne de l’humanité par ses œuvres philanthropiques. Celui qui au contraire ne fait rien de ce genre, qui n’essaie même pas, ne serait-ce qu’une fois, à titre d’essai, de faire progresser une science par des études sérieuses, ou de s’en donner si peu que ce soit la possibilité, n’est qu’un fainéant méprisable.

(traduction Michel Houellebecq)

PAR-DELÀ BIEN ET MAL

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« Wer mit Ungeheuern kämpft, mag zusehn, dass er nicht dabei zum Ungeheuer wird. Und wenn du lange in einen Abgrund blickst, blickt der Abgrund auch in dich hinein. »

 

Jenseits von Gut und Böse, 1886. Viertes Hauptstück. Sprüche und Zwischenspiele

« Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »

Par-delà le bien et le mal, Une philosophie de l’avenir, Nietzsche, 1886

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