PAGE PAYSAGE

Accueil » Allemagne

Archives de Catégorie: Allemagne

« DAS VERHÄNGNIS » (« LE DESTIN »), KONRAD KLAPHECK, ALLEMAGNE, 1989, surréalisme.

Publicité

MÉMOIRE DES POÈTES: FRANZ KAFKA (1883-1924)

Juif, névrosé, tuberculeux, écrivant en allemand… Franz Kafka est né le 3 juillet 1883 à Prague, où il repose désormais. De passage dans la capitale tchèque, j’ai pu me rendre sur sa tombe, voir la maison où il vécut. Je laisse au lecteur le soin de consulter sa biographie, puisqu’il s’agit d’un auteur connu. André Breton intègre l’écrivain à sa fameuse Anthologie de l’humour noir, et cite entre autres ce texte, pour le moins percutant:

UN CROISEMENT

« J’ai un animal curieux, moitié chaton, moitié agneau. C’est un héritage de mon père. En ma possession, il s’est entièrement développé : avant, il était plus agneau que chat. Maintenant, il est moitié-moitié. Du chat il a la tête et les griffes, de l’agneau la taille et la forme; de tous deux les yeux, qui sont sauvages et pétillants, la peau suave et ajustée au corps, les mouvements ensemble sautillants et furtifs. Couché au soleil, dans le creux de la fenêtre, il se pelotonne et ronronne; à la campagne il court comme un fou et personne ne peut l’atteindre. Il fuit les chats et il veut attaquer les agneaux. Durant les nuits de lune il aime à se promener sur la gouttière. Il ne sait pas miauler et il déteste les souris. Il reste des heures et des heures à l’affût devant le poulailler, mais il n’a jamais attaqué. 

Je le nourris avec du lait; c’est ce qui lui réussit le mieux. Il boit le lait à grandes gorgées entre ses dents d’animal de proie. Naturellement, c’est un vrai spectacle pour les enfants. L’heure de sa visite et le dimanche matin. Je m’assieds avec l’animal sur mes genoux et tous les enfants du voisinage m’entourent.

On pose alors les questions les plus extraordinaires, auxquelles personne ne peut répondre : pourquoi il n’y a qu’un seul animal de cette sorte, pourquoi je suis son maître et non pas un autre, s’il y a eu avant un animal semblable et qu’arrivera-t-il après sa mort, s’il ne se sent pas seul, pourquoi il n’a pas eu de petits, comment il s’appelle, etc… Je ne prends pas la peine de répondre : je me limite à montrer ce que je possède, sans autre explication. Quelquefois les enfants amènent des chats; une fois ils ont été jusqu’à amener deux agneaux. Contre toute espérance, les animaux ne se reconnaissent pas, mais se regardent avec douceur, et s’acceptent mutuellement, comme s’il s’agissait d’un fait divin. Sur mes genoux l’animal ignore la crainte et l’instinct de poursuite. Blotti contre moi, il se sent bien. Il s’attache à la famille qui l’a élevé. Cette fidélité n’a rien d’extraordinaire : c’est l’instinct naturel d’une créature qui, ayant sur la terre d’innombrables parentés par alliance, n’en n’a pas un seul consanguin. La protection qu’il a trouvée auprès de nous est chose sacrée.

Je ne peux m’empêcher de rire quand il me tourne autour en reniflant, quand il se faufile entre mes jambes et que je n’arrive pas à m’en séparer. Cela ne lui suffit pas d’être agneau et chat, on dirait qu’il veut être aussi un chien. – Un jour, alors que j’étais occupé par mes affaires commerciales et tout ce qui en dépend, et que je ne parvenais pas à trouver une solution – ce qui peut arriver à tout le monde – au point de vouloir tout laisser tomber, j’étais assis dans un rocking-chair avec l’animal sur les genoux. Je vis, en baissant les yeux par hasard, des larmes couler de ses gigantesques moustaches. – Etaient-ce les miennes, étaient-ce les siennes ? – Est-ce que le chat à l’âme d’agneau avait aussi une ambition humaine ? – De mon père je n’ai pas hérité grand-chose, mais ce dont j’ai hérité là, je puis en être fier.

Il a les deux espèces de nervosité en lui, celle du chat et celle de l’agneau, si différentes soient-elles. C’est pourquoi il se trouve à l’étroit dans sa peau. – Il saute parfois à côté de moi sur le fauteuil, s’appuie avec ses pattes de devant contre mes épaules, et colle son museau contre mon oreille. On dirait alors qu’il me parle, et en effet il se penche ensuite vers moi et me regarde dans les yeux pour observer l’impression que son message a faite sur moi. Et moi, pour être aimable, je fais comme si j’avais compris quelque chose et je hoche la tête. – Alors il saute par terre et sautille de ci, de là.
Peut-être le couteau du boucher serait-il une délivrance pour l’animal, mais puisqu’il s’agit d’un héritage je dois lui refuser. Il lui faut donc attendre le moment où il cessera lui-même de respirer, même s’il me regarde parfois avec des yeux humains doués de raison qui m’exhortent à agir de manière raisonnable.

(Nouvelle tirée de La muraille de Chine, traduction revue par mes soins).

Illustration par Max Ernst.

MÉMOIRE DES POÈTES: CASPAR DAVID FRIEDRICH (1774-1840)

Meeresstrand im Nebel (Bord de mer dans le brouillard), circa 1807, Österreichische Galerie Belvedere,, Vienne, Autriche.

… On se disperse, on se disperse. Mais non, on rassemble, chers lecteurs! Ces derniers jours de 2021 sont ainsi consacrés à la compilation de mes articles, entretiens, notes, etc, en vue d’un ouvrage à paraître en 2022 (sans que j’oublie mon « Père-Lachaise surréaliste », futur best seller des taphophiles invétérés. 2022, là encore). Bref, évoquons Caspar David Friedrich, dont j’ai pu admirer les oeuvres à Berlin en 2008, et auquel j’ai emprunté un tableau, pour la bannière du blog.

… Ou plutôt, regardons Arte. C’est moins actuel qu’Hanouna, certes. Ca donne un peu mal à la tête, certes. Ca ne déplace pas les foules, certes. To the happy few! (cliquer sur le lien)

APHORISME, FRIEDRICH NIETZSCHE (citation)

« CLOWN, ZIRKUS, ELEFANT », UNBEKANNTER KÜNSTLER. (réflexion personnelle)

Clown, cirque, éléphant (artiste inconnu)… Ou comment la rudesse du verbe germanique, inconsciemment associé à de fâcheux, indélébiles, évènements passés, contraste avec la douceur colorée de la représentation. Décalage entre le mot et l’image…

J’ai trouvé cela sur Ebay, pour dix euros. L’antiquaire est originaire d’Oldenburg, en Basse-Saxe, ville de 160 000 habitants, relativement épargnée par les bombardements alliés d’après Wikipédia. J’achète parfois des toiles sur Internet, un peu au hasard, et dans la mesure de mes moyens. Là, ça fait un peu cabinet de pédopsychiatre (j’aurais pu choisir une reproduction de Vasarély, qui évoque davantage le dentiste). J’ai été séduit par le côté naïf, pop. J’adore Bacon ou Bellmer, par exemple mais je me sens incapable de mettre cela dans le salon, tant sa peinture me déprime (en même temps, je n’ai guère la possibilité de l’acquérir, sinon en poster). Il y a quelques années, j’ai trouvé une lithographie de Toyen, apparemment originale, pour 150 euros, et l’ai faite ré-encadrer chez Leroy-Merlin. L’oeuvre est datée de 1939, au moment où Toyen (Maria Cerminovna) vivait encore à Prague, et cachait Jindrich Heisler, menacé par la Gestapo, dans sa baignoire, sans pour autant coucher avec lui puisqu’elle était lesbienne. Je pense que le vendeur ne connaissait pas la valeur de ladite lithographie, mais au fond les travaux de Toyen n’ont jamais connu une cote élevée.

19 OCTOBRE 1970: UNE TRAGÉDIE ALLEMANDE (mémoire des poètes)

zurn 

   Le 19 octobre 1970, il y a exactement cinquante ans, au petit matin, Unica Zürn se jetait de la fenêtre, dans l’appartement qu’elle partageait avec Hans Bellmer, au-dessus de l’actuel Monoprix Nation. J’ai déjà évoqué le couple maudit sur Internet, dans la presse locale (cf. les trois liens ci-dessous)

Mon article paru dans « Diérèse »

Mon article dans « L’ami du 20ème »

Sommaire de « Contrelittérature » (avec mon article sur Unica Zürn, ainsi que celui d’Alain Santacreu)

contrelittérature

« DER SPÄTE BESUCHER » (« le visiteur du soir »), CHRISTIANE KOWALEWSKY, collage, Allemagne, 2019. Surréalisme

kowalzewsky

HOLZWEGE/CHEMINS QUI NE MÈNENT NULLE PART (création personnelle, 6)

iheideg001p1

   Bonjour Madame, Ca va? Ah, quel temps pourri, etc. Dialogue étrange, hier, dans l’ascenseur, avec la nièce d’un ancien président de la République, infirmière en psychiatrie à la retraite, qui vit avec son fils, manifestement dépressif dans ma résidence porte de Montreuil. Pas de ressemblance physique avec son oncle, que j’ai par ailleurs déjà croisé au musée. Juste une femme de petite taille, déjà âgée, au fort caractère, si on en croit le concierge sicilien, habillée sobrement mais élégamment, et qui fait ses courses au Monoprix.
Et, vers Maraîchers, derrière la station de métro, en face de la Société Générale, ce clone de Martin Heidegger: même pardessus, même petit chapeau allemand ringard, à la Derrick, même petite moustache avec cet air concentré, digne, quelque peu empesé, même serviette en cuir marron, avec des mocassins de vieux, à pompons. Comme une réincarnation sortie du Lidl

« ATTENTION/ACHTUNG » DE MATHIAS RICHARD (création personnelle, 1)

chat de mars

Avec sa couverture toute noire, la revue « Chats de Mars » contient de riches illustrations en noir et blanc. L’objet s’obtient auprès de Julien Boutreux, contre quelques timbres seulement. Ecrire donc à jlboutreux@gmail.com

  Animateur de la revue Chats de Mars, déjà évoquée sur le blog, et poète lui-même, mon ami Julien Boutreux m’a récemment demandé si je pouvais traduire du français vers l’allemand un texte du Marseillais Mathias Richard. Invité à un festival littéraire dans une brasserie berlinoise, ce dernier devait effectivement lire un assez long passage dans la langue de Goethe, et sollicitait notre aide bénévole. Je me suis donc prêté à l’exercice, usant ainsi de mon vieux dictionnaire « Harrap’s », ainsi que de Reverso, qui permet de retrouver certaines expressions. De fait, le poème intitulé « Attention » a été déclamé le samedi 27 octobre, soit il y a quatre jours, outre-Rhin, lors de l’évènement « Ungemuetlich » V, organisé par Frédéric Krauke au 80-82 de la Berliner Strasse, à la Wilner Brauerei. Je l’ai moi-même lu deux jours avant, le jeudi 25, lors du Cénacle du Cygne de l’inoxydable Marc-Louis Questin, en français et en allemand. Voici donc les deux versions.

ungemuetlich V

Affiche de l’évènement « UNGEMUETLICH V »

 

ATTENTION

Attention
Attention y a une barrière sur la route
Attention y a de l’eau qui tombe du ciel
Attention une goutte coule de ton nez
Attention y a la lumière qu’est allumée
Attention
Attention, y a la porte du frigo qu’est ouverte
Attention la porte du garage n’est pas fermée à clef
Attention faut pas tâter les fruits
Attention les serviettes sont nominatives / c’est pas ta serviette
Attention tu sais ce que tu quittes mais tu sais pas où tu vas
Attention c’est très dangereux
Attention fait froid dehors
Attention le chat ne doit pas rentrer ou sortir de la maison
Attention la voiture
Attention la maison
Attention les oiseaux
Attention le trottoir
Attention le quartier
Attention les voisins
Attention le bébé
Attention, ça refroidit
Attention pas trop de sel !
Attention tu manges pas dans l’ordre…
Attention c’est pas vrai du tout
Attention à ton futur
Attention à la chaudière
Attention à l’électricité
Attention il y a un risque de gel
Attention il fait nuit
Attention c’est la crise.
Attention on ne peut pas se le permettre.
Attention les camions.
Attention les encens c’est toxique.
Attention bouilloire en plastique ça rend stérile.
Attention l’aspirine donne mal à la tête
Attention ces avocats pourriront si tu les tâtes.
Attention tu fais trop de bruit le plancher grince quand tu marches
Attention cette huile est cancérigène.
Attention doit y avoir une fuite de dioxyde de carbone.
Attention le courrier.
Attention les plantes.
Attention il faut garder la porte fermée.
Attention tu manges trop
Attention tu manges pas assez
Attention comment tu parles
Attention

richard

Le poète Mathias Richard en pleine action.

 

ACHTUNG!

Achtung!
Achtung! Es gibt eine Schranke am Weg.
Achtung! Es gibt Wasser, das von Himmel fallt.
Achtung!
Achtung! Rotz fliesst von deinem Nase.
Achtung! Das Licht is gemacht.
Achtung!
Achtung! Die Külhschranktür ist geöffnet.
Achtung! Die Garagentür is nicht geschlossen.
Achtung! Du darfst nicht die Obst treffen.
Achtung! Die Handtüche sind nämentlich/ Da ist nicht dein Handtuch.
Achtung! Du weiss was du verlässt, sondern nicht wo du hingehst.
Achtung! Das ist sehr gefährlich.
Achtung! Es ist kalt draussen.
Achtung! Der Katz darft nicht ins Haus einbrechen, und er darft nicht das Haus verlassen.
Achtung! Der Wagen.
Achtung! Das Haus.
Achtung! Die Vögel.
Vorsicht ! Der Gehweg.
Achtung! Das Viertel.
Achtung! Die Nachbarn.
Achtung! Das Baby.
Achtung! Es kühlt.
Achtung! Nicht zu viel Salz.
Achtung! Du isst nicht in Reihenfolge.
Achtung! Das ist absolut nicht wahr.
Achtung vor deiner Zukunft.
Achtung vor Kessel.
Achtung vor Strom.
Achtung! Gefriergefahr.
Achtung! Krise ist da.
Achtung! Wir können nicht es machen.
Achtung! Die Lastautos.
Achtung! Weihrauch ist giftig.
Achtung! Plastischwasserkocher Schwangeren schadet.
Achtung! Aspirin Kopfschmerzen gibt.
Achtung! Diese Avocados werden verwesen wenn du sie triffst.
Achtung! Du machst zu viel Lärm. Der Boden knirscht wenn du läufst.
Achtung! Dieses Öl ist krebserregend.
Achtung! Es muss sein Kohlendioxidleck.
Achtung! Der Kurier.
Achtung! Die Pflanzen.
Achtung! Tür darft geschlossen bleiben.
Achtung! Du isst zu viel.
Achtung! Du isst nicht genug.
Achtung vor deiner Sprechweise.
Achtung!

ruhaud cénacle

Votre serviteur lisant le texte en question à la Cantada II, rue Moret, dans le cadre du « Cénacle du Cygne » organisé par Marc-Louis Questin, le 25 octobre 2017. Photo de Claudine Sigler.

 

 

 

MÉMOIRE DES POÈTES XVII: HOMMAGE À FASSBINDER

Fox-and-His-Friends  Un numéro un peu spécial de notre série « Mémoire des poètes », aujourd’hui, puisque nous rendons hommage à Rainer Werner Fassbinder, cinéaste, dramaturge et acteur bavarois, mort à 37 ans après avoir réalisé une quarantaine de films. Nous sommes allés directement sur sa tombe, à Munich, dans un minuscule cimetière, autour d’une église. Pour l’occasion, la fidèle S. m’a filmé en train d’allumer une bougie.

 

%d blogueurs aiment cette page :