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19 FÉVRIER 1896, NAISSANCE D’ANDRÉ BRETON À TINCHEBRAY (ORNE)

Union libre

 

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu.

                                                                                                                             Clair de terre,  (1931)

« ON A RETROUVÉ LE JOURNAL D’UNE COCOTTE DE LA BELLE ÉPOQUE, MADAME STEINHEIL, MA GRAND-TANTE », Christiane Peugeot, Unicité, Saint-Chéron, 2012. (article paru dans « Diérèse » 58, automne-hiver 2012)

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  Le 16 février 1899, il y a cent-vingt-et-un ans, Félix Faure succombait à une fellation. Il y a certes pire mort, me direz-vous. À l’heure des revenge porns et autres retours de flammes des réseaux sociaux, republions donc cette note de lecture, consacrée au récit de Christiane Peugeot, héritière de la fameuse marque au lion, et mécène émérite. Comme rien, ou si peu, ne semble avoir changé entre hier et aujourd’hui!

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    Le 16 février 1899, le président Félix Faure décède brutalement à l’Élysée, en compagnie de sa maîtresse, Marguerite Steinheil, dite Meg, découverte à moitié dévêtue et paniquée, courant dans les couloirs. Feuilles à scandales et presse d’extrême droite se déchainent, inventent des complots, tandis que d’autres ironisent, rivalisent de bons mots : Félix Faure est mort d’avoir trop sacrifié à Vénus[1], Il voulut être César, il ne fut que Pompée[2], etc. Connue pour son caractère indépendant mais sensible, Meg n’est évidemment pas épargnée, mais semble n’en n’avoir cure, et poursuit une existence mondaine et insouciante. Le 31 mai 1908, soit moins d’une décennie plus tard, l’ex-amante de l’homme d’Etat sera pourtant rattrapée par la justice, faisant figure de principale suspecte dans le meurtre de son mari, le peintre Adolphe Steinheil, et de sa belle-mère, tous deux sauvagement assassinés dans leur hôtel particulier de l’impasse Ronsin, à Paris. Retrouvée entièrement nue, attachée aux montants du lit conjugal, et pourtant bel et bien vivante, Meg multiplie les versions contradictoires, et passe treize mois à la prison de Saint Lazare, avant d’être finalement innocentée, au terme d’un procès retentissant, largement relayé par les journaux. Réfugiée en Angleterre, celle que les paparazzi de l’époque appellent la pompe funèbre épouse un lord, et meurt paisiblement en 1954, à l’âge de quatre-vingt cinq ans.

            Femme libre, promise par sa famille à une vie bien rangée au sein de la grande bourgeoisie, Meg est au centre de plusieurs volumes, souvent très renseignés. Celui-ci est différent. Descendante des créateurs de la célèbre marque automobile, et auteur de divers ouvrages, de sciences humaines notamment, Christiane Peugeot dresse là un portrait à la fois amusé et attendri de sa grand-tante, loin des travaux de spécialistes, plus objectifs, et donc moins intimes. En outre, Christiane Peugeot s’appuie sur un journal, faux ou authentique, découvert dans le grenier d’une des demeures familiales. Nous comprenons mieux le rôle et les faiblesses de cette sacrée nana. Apocryphes ou pas, les extraits ici publiés des feuillets jaunis signés par Meg confèrent un autre aspect au personnage, que nous voyons sous un jour différent, véridique.

            Écrite dans un style à la fois sobre et efficace, volontiers élégant, cette nouvelle biographie vaut aussi pour son sens de l’à-propos. Christiane Peugeot n’hésite pas à convoquer l’actualité, rapproche à plusieurs reprises les deux affaires Meg (à la fois la mort d’Edgar Faure et le double meurtre de l’impasse Ronsin), du récent cas Dominique Strauss-Kahn, prend la défense des femmes, soumises à la morale hypocrite de la Belle Époque, et, plus généralement, premières victimes des barbaries de l’histoire ancienne ou contemporaine : Le parallèle s’impose avec Jeanne d’Arc et les malheureuses sorcières calcinées au Moyen Âge, Marie-Antoinette montant sur l’échafaud, les vingt mille femmes tondues et parfois mises à nu en 1944 pour célébrer la joie de la libération ni, en élargissant le tableau, les lapidations perpétrées par les Talibans, l’affaire DSK… (p. 94). Ayant dépassé le cadre du simple essai documenté, Christiane Peugeot signe là un livre à la fois intelligent et touchant, discrètement engagé mais sans violence, drôle parfois et toujours émouvant.

[1] Journal du peuple, 18 février 1899.

 

[2] Cf. Censure et caricatures : les images interdites et de combat de la presse en France et dans le Monde, Pat à Pan éditions, Paris, 2006.

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PIERRE GUYOTAT (1940-2020), mémoire des poètes XXXVI.

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   Pierre Guyotat nous a donc quittés la semaine dernière, à quatre-vingts ans, âge vénérable. En 2006, Coma, récit d’une errance, d’une dépression, m’a bouleversé, et m’a donné envie d’écrire. Autant que Sombre printemps, ou Mygale (Thierry Jonquet). Autant que Voyage au bout de la nuit… J’ai croisé l’homme deux ou trois fois dans mon quartier, non loin du Monoprix au-dessus duquel Bellmer vivait, et mourut, cinq ans après le suicide d’Unica. Guyotat était courtois, mais généralement affairé. Je n’ai donc jamais eu de rapports profonds avec lui, et il m’intimidait un peu. L’aura sulfureuse d’Eden, Eden, Eden et de Tombeau pour cinq-cent mille soldats, découverts en khâgne, puis à la faculté de Lettres de Poitiers, où j’étudias avec passion (le plus belles années de ma vie), n’y était pas pour rien. Je n’ai pas vécu la guerre d’Algérie, et ne veux rien savoir de l’Histoire, étant né en 1980 et n’éprouvant aucun hypocrite remord post-colonial. Demeurent, pour moi, ces images de carnage, de violence extrême, commise à Ecbatane, ancienne capitale de l’Empire perse, devenue, par la magie de la fiction, Oran, ou Alger. À l’époque, la censure a frappé. On comprend mieux pourquoi en parcourant ces deux volumes, terribles et cruels.

  Donc, voilà. Pierre Guyotat n’est plus. Il était récemment aux Cahiers de Colette, station Rambuteau, et je l’avais raté. Son oeuvre, immense, restera, à la Pléiade ou pas, l’avenir le dira. Quant à moi je republie ici un article, précédemment paru dans Diérèse, et repris sur le blog.

Une rencontre avec Pierre Guyotat (cliquer sur le lien)

UN ARTICLE SUR « MICI FABULE » (mon propre travail)

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   Un article sur mon premier recueil poétique (Petites fables, Rafael de Surtis, 2009), dans sa traduction roumaine (Micea Fabule, éditions Casa Cartii de Stiinta), est paru dans la revue STEAUA de Cluj Napoca, en Transylvanie. Merci beaucoup à Rodica Baconski (critique) et à Alina Pellea (traductrice), ainsi que Laura Poanta (illustratrice) et Diana Adamek (auteure), mes bonnes fées. L’article sera bientôt en ligne sur le site même de la revue. Je joins le lien, ainsi qu’une photographie prise au salon du Livre de Paris, où je présentais La douce histoire du triste éléphant, en mars 2018. Hélas je ne lis pas le roumain!

La revue STEAUA en ligne

Mon article sur « La douce histoire du triste éléphant » de Diana Adamek.

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Salon du Livre, 17 mars 2018

 

4 FÉVRIER 1891: VOIX DE GUSTAVE EIFFEL

   Le 4 février 1891, il y a très exactement cent-vingt-neuf ans, Gustave Eiffel (1832-1923), qui a reçu un phonographe des mains de l’Américain Edison, s’adresse directement à l’appareil, qu’il tutoie, en compagnie de ses convives. Il s’agit d’un des plus vieux sons jamais enregistrés.

  C’est donc ainsi que parlaient les Français au XIXème siècle. Les intonations sont radicalement différentes, et on roule les « r ». Notre lecture orale actuelle des textes littéraires n’a rien à voir avec ce qu’elle fut. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter Apollinaire déclamer « Le pont Mirabeau » en 1918, dans une interprétation qui nous paraît absolument ratée.

 

Le Pont Mirabeau

 

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

« ATLAS DE L’ANTHROPOCÈNE », Bruno Latour, François Gémenne, Alexandar Rankovic, et alii, éditions Sciences Po, Paris, 2019.

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   On s’écarte quelque peu de la littérature à proprement parler. Ma présentation de l’Atlas de l’Anthropocène est paru sur le réseau de l’Éducation Nationale « Canopé » il y a déjà plusieurs semaines. Je ne peux le reproduire ici, mais vous livre le lien ci-dessous (cliquer dessus). On y parle essentiellement d’écologie.

« La crise écologique et l’avenir de l’homme », réseau Canopé.

BONNE ANNÉE 2020! (vlog 5)

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