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Archives de Catégorie: Actualité littéraire

MARYLINE, ULYSSE ET JIM (libre propos)

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   Introïbo ad altare dei... Le « Bloomsday » s’est donc tenu le 16 juin (puisque le roman de Joyce, qui décrit notamment les pérégrinations dublinoises du pédant Stephen Dedalus, soit Télémaque, et du bourgeois juif cocu, avatar d’Ulysse, Léopold Bloom, est censé se dérouler le 16 juin 1904). Observons Marilyne penchée sur le monstre. En a-t’elle lu la totalité? On constate, en analysant le cliché, que l’actrice en est à la fin. Soit au fameux monologue où Molly Bloom se remémore ses premières expériences érotiques. Courant sur plusieurs dizaines de pages, la longue période fit scandale, et causa la censure du livre. Notons la fausse candeur de l’actrice, dont la position n’a probablement rien d’innocent. Autre sex symbol américain prématurément disparu, Jim Morisson aurait lu l’ouvrage au lycée, et, d’après sa professeure de Lettres, l’aurait parfaitement intégré. Outre un physique avantageux, l’homme jouissait vraisemblablement de capacités cognitives supérieures. Ce qui ne lui a manifestement pas porté bonheur…

PARUTIONS (mon propre travail)

Chers amis, chers lecteurs,

  Mon article consacré à Néant de Didier Ayres, a été repris dans la revue en ligne « Le littéraire ». Par ailleurs, plusieurs notes de lecture ainsi qu’un « tombeau des poètes » consacré à Maurice Rapin et Mirabelle Dors ont été publiés dans « Diérèse » numéro 78 (envoyer un chèque de 18 euros, FDP compris à l’ordre de Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77380 Ozoir-la-Ferrière).

Ma note de lecture en ligne (cliquer sur le lien)

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« PLUTÔT LA VIE » (A.B.)

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Le poète belge Paul Dermée (1885-1951) et sa femme, Céline Arnauld née Carolina Goldstein, (1886-1952), qui se suicida un an après sa mort.

  Je racle les archives de Paris sur internet. Retrouve des gens par mail, par coups de fil aux ayant-droits. De sympathiques vieillards, généralement, compréhensifs, résilients, égrainant les souvenirs d’une voix chevrotante, avec des éclats, parfois, des sursauts d’émotion, récitant des vers, des extraits totalement oubliés, profondément confinés dans les réserves de la BNF. Et ce même si souvent on n’a pas envie de réveiller des deuils, de révéler des conflits familiaux, qu’on se fait l’effet d’être un fouille-merde. J’aime ce travail d’enquête autour du mouvement volatil que fut le surréalisme. Le travail historique, technique, auquel je n’étais pas préparé. J’aime le surréalisme en tant que fuite vers le rêve, refus du réel brut et immédiat permettant de supporter le quotidien. Cette évasion vers un passé futuriste, onirique, comme une façon de survivre dans la cité. Cette façon de se tourner délibérément vers le songe.

19 FÉVRIER 1896, NAISSANCE D’ANDRÉ BRETON À TINCHEBRAY (ORNE)

Union libre

 

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu.

                                                                                                                             Clair de terre,  (1931)

PIERRE GUYOTAT (1940-2020), mémoire des poètes XXXVI.

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   Pierre Guyotat nous a donc quittés la semaine dernière, à quatre-vingts ans, âge vénérable. En 2006, Coma, récit d’une errance, d’une dépression, m’a bouleversé, et m’a donné envie d’écrire. Autant que Sombre printemps, ou Mygale (Thierry Jonquet). Autant que Voyage au bout de la nuit… J’ai croisé l’homme deux ou trois fois dans mon quartier, non loin du Monoprix au-dessus duquel Bellmer vivait, et mourut, cinq ans après le suicide d’Unica. Guyotat était courtois, mais généralement affairé. Je n’ai donc jamais eu de rapports profonds avec lui, et il m’intimidait un peu. L’aura sulfureuse d’Eden, Eden, Eden et de Tombeau pour cinq-cent mille soldats, découverts en khâgne, puis à la faculté de Lettres de Poitiers, où j’étudias avec passion (le plus belles années de ma vie), n’y était pas pour rien. Je n’ai pas vécu la guerre d’Algérie, et ne veux rien savoir de l’Histoire, étant né en 1980 et n’éprouvant aucun hypocrite remord post-colonial. Demeurent, pour moi, ces images de carnage, de violence extrême, commise à Ecbatane, ancienne capitale de l’Empire perse, devenue, par la magie de la fiction, Oran, ou Alger. À l’époque, la censure a frappé. On comprend mieux pourquoi en parcourant ces deux volumes, terribles et cruels.

  Donc, voilà. Pierre Guyotat n’est plus. Il était récemment aux Cahiers de Colette, station Rambuteau, et je l’avais raté. Son oeuvre, immense, restera, à la Pléiade ou pas, l’avenir le dira. Quant à moi je republie ici un article, précédemment paru dans Diérèse, et repris sur le blog.

Une rencontre avec Pierre Guyotat (cliquer sur le lien)

« BAUDELAIRE ET APOLLONIE », CÉLINE DEBAYLE, ARLÉA, 2019 (note parue dans « Diérèse » 77, automne-hiver 2019)

Baudelaire-et-Apollonie

   Née en 1822, peintre, demi-mondaine, Apollonie Sabatier, dite « la Présidente », tient salon rue Frochot, à Paris, et sert accessoirement de modèle, Sa première rencontre avec Baudelaire date de 1851. Amante de nombreux artistes et hommes de Lettres, la belle Apollonie ne laisse pas indifférent le jeune dandy, qui lui voue alors une passion idéalisée, et lui dédie plusieurs des Fleurs du mal. Baudelaire, qui vit alors avec Jeanne Duval, la « belle mulâtresse », ne possèdera la Présidente qu’une fois, en 1857, soit dix ans avant sa mort. Les amants d’une nuit ne se reverront d’ailleurs plus, à partir des années 1862. Restent évidemment les magistraux vers d’«À celle qui est trop gaie », notamment, mais aussi l’impudique Lettre à la Présidente signée par Théophile Gautier en 1850, et la magnifique Femme piquée par un serpent, sculpture d’Auguste Clésinger, datée de 1847, aujourd’hui exposée au musée d’Orsay.

   Journaliste, grand reporter, mais aussi essayiste spécialiste du monde méditerranéen, Céline Debayle nous offre une belle promenade à travers une ville disparue, en suivant scrupuleusement les pas du poète, sa biographie. Divers extraits des lettres adressées à Apollonie ponctuent ainsi l’ouvrage. Chaque lieu de l’intrigue se trouve également minutieusement décrit, avec précision, exactitude : depuis l’appartement de la Présidente jusqu’aux rues adjacentes, où se perd Baudelaire après la rencontre charnelle. Nous avons ainsi l’impression de voyager à travers le temps et l’espace, comme au milieu du Spleen de Paris: Près du pont des Arts, le soleil tombant assombrit la Seine, chasse les pêcheurs poisseux de sueurs (…) La chaleur est encore là, août meurt dans l’étuve, avant l’automne, puis le plongeon dans les froides ténèbres. Roman historique consacré à un poète, Baudelaire et Apollonie est peut-être d’abord, un roman poétique, servi par une langue élégante et riche. Chacun des courts chapitres ressemble ainsi à un poème en prose, où les couleurs, les parfums et les sons se répondent, pour reprendre les termes de « Correspondances ». Lyrique, imagée, l’écriture de Céline Debayle a quelque chose de terriblement sensuel, sans jamais sombrer dans la pornographie. Car c’est bien à un ébat amoureux, a priori raté, que nous assistons. Les termes peuvent ainsi paraître crus, mais non obscènes, notamment lorsque se trouve évoquée la touffe (…) luisante de la Présidente, ou encore ce qu’il faut bien appeler l’impuissance de Baudelaire, homme raffiné, fragile, et non Hercule de foire (p. 126).

   Bref, délicat, ce premier roman apporte un éclairage nouveau, tant sur les Fleurs du mal que sur la vie même de Baudelaire. Souvent accusé de machisme, l’écrivain apparaît ici dans sa fragilité, dans son humanité. Nous découvrons aussi le portrait d’une égérie, d’une femme libre dont le souvenir s’est effacé avec les ans.

 

SA GUEULE

  Salon-du-livre-de-Paris-2014-vue-d-ensembleJe réalise, non sans un peu d’amertume, que bien des poètes ne me contactent que dans l’espoir d’un service (une note critique, l’achat de leur propre livre…), sans jamais offrir le moindre espoir de retour. Je veux dire; sans réciprocité. Sans s’abonner à un blog pourtant gratuit, sans demander ce que je fais. J’en viens à adopter la même démarche solipsiste, pour ne pas dire égocentrique. Désormais, je ne consacre d’efforts qu’à ceux qui me lisent un minimum, ou qui peuvent m’aider. Rares sont les écrivains réellement attentifs à l’autre, qui s’intéressent, même superficiellement, à ton travail. Même pour sauver les apparences. Récemment, un jeune homme me demande si j’ai déjà publié des livres. Je lui réponds par l’affirmative. Sans même se soucier de ce que je produis, il embraye directement en me demandant à quel éditeur il doit s’adresser. Et d’insister, comme si c’était un dû. Passons également sur les gens pressants qui exigent qu’on leur achète leur volume, sans même jeter un œil sur vos propres opuscules, qui vous gavent pour tel ou tel article. De même qu’il ne peut y avoir d’amitié avec un avare, il ne peut y avoir de curiosité littéraire envers un auteur totalement autocentré. Ce pourquoi je mets de moins en moins les pieds dans les salons.

« ORLÉANS », YANN MOIX, Grasset, 2019.

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   J’arrivai à Paris aux alentours de 9 heures. Je me rendis sur la tombe de Raymond Roussel, au Père-Lachaise. Il reposait seul dans un caveau prévu pour toute une famille. Cette incongruité très roussélienne m’enchanta. Sa solitude offrit un écho à la mienne. Je déposai sur sa pierre un tout petit poème, bâclé, puis me rendis au cimetière de Montmartre, où je visitai Stendhal et Sacha Guitry. Je n’eus pas le temps de me recueillir, à Montparnasse, sur la tombe de Poulou. Quant à Gide et Péguy, ils reposeraient respectivement à Cuverville-en-Caux et à Villeroy; du moins fis-je un passage rapide au 1 bis rue Vaneau, où l’auteur de Corydon avait conclu sa vie. J’y rencontrai par hasard un couple de retraités affables qui l’avaient connu et m’en parlèrent comme d’un poseur. « Il lisait en marchant. Ou il faisait semblant. On n’aurait su dire! » (page 124)

 

JOYEUSE ANNÉE 147!

1_TAXfZ9ki1RZFTHSBL2b3ZgChers amis, chers lecteurs pataphysiciens!

 

  Bonne année 147! Samedi, votre serviteur a croisé la route de son ami Maximilian Gilessen, traducteur de Raymond Roussel en allemand, ainsi que de Fernando Arrabal, grand Satrape, rue du Volga.

 

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Fernando Arrabal, photo d’Etienne Ruhaud.

Mon article sur la rue du Volga

FATWA

   En 1988, la parution des Versets sataniques a généré des manifestations monstres et la mort de plusieurs centaines de personnes. L’ayatollah Khomeini estimait que la peine capitale devait être appliquée à quiconque diffuserait le livre, ou même le lirait. Il est vrai que Salman Rushdie y dresse un portrait peu flatteur du religieux… Qui a lu le roman de bout en bout? Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé mais c’est doublement long et difficile. De surcroît il faut maîtriser la culture orientale, à la fois l’histoire du Pakistan, la vie du Prophète Mahomet, et les Mille et une nuits. Je doute que bien des manifestants, dont beaucoup étaient quasi illettrés (je le dis sans mépris), l’aient réellement parcouru de part en part.

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