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UN CLASSIQUE PAR MOIS: ARISTOPHANE (épisode 6)

Le défi « Un classique par mois » consiste à lire un auteur classique que je ne connaîtrais absolument pas, et de faire part de mes impressions sur le blog. Il s’agit d’enrichir sa culture littéraire en explorant d’autres sentiers, un peu au hasard des routes (on peut ajouter comme contrainte: parler d’un livre trouvé dans la rue, ou dans une boîte aux livres). Peu importe qu’il s’agisse de l’oeuvre MAJEURE de l’auteur en question. Peu importe également la longueur même du texte (en novembre, il s’agissait d’une courte pièce de théâtre de Goldoni, car je manque de temps). Depuis juin, j’aurais « exploré » (dans le désordre): Roger Nimier, Cécil Saint-Laurent, Georges Courteline, Eugène Labiche, Goldoni…

Autant dire aussi que le principe énoncé plus haut ne m’est pas toujours favorable, puisqu’il révèle certaines lacunes, certains manques. Je me suis toutefois fait un devoir d’absolue vérité. Ainsi suis-je obligé d’avouer: oui, à quarante-deux ans, et malgré mes études classiques, je n’ai jamais lu aucune pièce, ni vu aucune représentation d’Aristophane. L’auteur n’était tout simplement pas au programme, à la faculté de Poitiers, ni même au lycée. Impossible, également, de télécharger Aristophane sur ma liseuse Kobo, alors même que son oeuvre est sans doute, et depuis longtemps, tombée dans le domaine public. Sans doute la traduction… Je me suis donc déplacé jusqu’à la médiathèque. Ces précautions oratoires prises, cessons de nous perdre en atermoiements. Oui, j’ai enfin lu Aristophane. Une seule et unique pièce, car une nouvelle fois je manque d’espace, entre les essais consacrés au surréalisme et les services de presse, sans oublier les livres d’amis divers… Et pourquoi Les Oiseaux? Un peu par hasard. Un peu aussi parce que le titre m’évoquait des trilles poétiques, le fameux Rappel des oiseaux de Jean-Philippe Rameau, ou encore Le Cantique des oiseaux de Farīd al-Dīn ʿAṭṭār (bien que je ne connaisse rien au soufisme). L’exercice précité ne vise pas à RACONTER le livre, ni à en donner un résumé. Je recopie donc paresseusement, et ouvertement, un extrait de la fiche Wikipédia:

Les Oiseaux (en grec ancien : Ὄρνιθες) est une comédie grecque antique écrite par Aristophane. Cet ouvrage, représenté aux Grandes Dionysies en 414 av. J.-C.1,2, est une joyeuse utopie politico-religieuse ; elle parodie l’origine du monde selon la secte des orphiques. Ces derniers pensaient, en effet, que le monde était né d’un œuf originel.
Argument[modifier | modifier le code]
Deux Athéniens, Évelpidès (Bon-espoir) et Pisthétaïros (Fidèle-Ami)3, fatigués d’Athènes, fuient cette cité gangrenée par la corruption, les procès et les démagogues. Guidés par un choucas et une corneille au milieu d’une nature sauvage, ils atteignent la demeure de Térée, ancien roi de Thrace transformé en huppe. Ils persuadent l’assemblée des oiseaux de fonder dans les airs une cité, d’où les intrigants, sycophantessophistes et orateurs sont exclus. Térée se charge de convaincre son peuple adoptif de l’intérêt d’accepter parmi eux les deux Athéniens. Ceux-ci proposent, en effet, de rendre à la gent ailée le pouvoir que lui ont volé les dieux. Ils fondent ainsi, entre terre et OlympeCoucouville-les-Nuées (en grec ancien Νεφελοκοκκυγία / Nephelokokkugía), une cité dont la situation idéale permet d’assujettir les hommes et de profiter des fumets sacrificiels destinés aux dieux.
Affamés et victimes de la démesure des hommes, les dieux de l’Olympe sont déchus. Les candidats à la citoyenneté affluent bientôt mais, séduits par le profit au détriment du salut conféré par les ailes, ils sont refoulés. Les dieux, qui sont bien décidés à récupérer le pouvoir sur ces volatiles qui ressemblent étrangement aux Athéniens et sur ces hommes qui rêvent de vivre tels des oiseaux, décident de dépêcher Iris auprès de Pisthétaïros4

Voilà qui paraîtra sans doute abstrait, abrupt. Dans les faits, on manque évidemment beaucoup à ne pas lire le texte dans la langue (j’ai récemment retrouvé d’anciens volumes des « Belles-Lettres » cours de Vincennes. Les ouvrages sont unilingues. Cela signifie donc que les élèves accomplissant leurs Humanités comprenaient le grec et/ou le latin!). La pièce m’a plutôt distrait sans pour autant me faire rire. Le décalage temporel est trop important. J’y ai surtout vu une satire, directement adressée aux utopistes de tout poil. Le théâtre d’Aristophane a naturellement un sens politique quasi intemporel. Car ces deux formidables imbéciles, croyant fonder une cité idéale, ne font que reproduire, en pire, les travers d’Athènes. Leçon de pragmatisme? Défense du système en place? Coucouville-les-Nuées est en tous cas un échec complet. On songe évidemment à tous les anarchistes de salon, ne supportant généralement guère la contradiction, et qui imaginent un monde sans argent, sans police, sans hiérarchie… Rien ne semble avoir changé, du moins à ce niveau. Le ton reste toutefois à la blague, et non au tragique, comme chez Orwell. J’attends donc désormais que Les Oiseaux soient programmés au Lucernaire ou ailleurs.

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JOYEUX NOËL! (Salvador Dali, série surréaliste).

Carte postale dessinée par Salvador Dali.

24 DÉCEMBRE 1982 (mémoire des poètes)

Il y a quarante ans jour pour jour disparaissait Louis Aragon.

Bierstube Magie allemande (Le roman inachevé, 1956)

Bierstube Magie allemande
Et douces comme un lait d’amandes
Mina Linda lèvres gourmandes
Qui tant souhaitent d’être crues
A fredonner tout bas s’obstinent
L’air Ach du lieber Augustin
Qu’un passant siffle dans la rue

Sofienstrasse Ma mémoire
Retrouve la chambre et l’armoire
L’eau qui chante dans la bouilloire
Les phrases des coussins brodés
L’abat-jour de fausse opaline
Le Toteninsel de Boecklin
Et le peignoir de mousseline
Qui s’ouvre en donnant des idées

Au plaisir prise et toujours prête
Ô Gaense-Liesel des défaites
Tout à coup tu tournais la tête
Et tu m’offrais comme cela
La tentation de ta nuque
Demoiselle de Sarrebrück
Qui descendais faire le truc
Pour un morceau de chocolat

Et moi pour la juger que suis-je
Pauvres bonheurs pauvres vertiges
Il s’est tant perdu de prodiges
Que je ne m’y reconnais plus
Rencontres Partances hâtives
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus

Tout est affaire de décors
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays

Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit

C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien

Dans le quartier Hohenzollern
Entre la Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola

Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Et travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu

Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

BOURSE SARANE ALEXANDRIAN

Chers amis, chers lecteurs,

Je suis lauréat de la bourse Sarane Alexandrian. Attribuée par la Société des Gens de Lettres, que je remercie chaleureusement, cette bourse d’écriture, fondée par Sarane Alexandrian (cf. ma note biographique ci-dessous), est accordée à un auteur, ou à une revue, en lien avec le surréalisme. Mon essai sur le Père-Lachaise (trois-cents pages déjà écrites) a donc été récompensé.

Une première rencontre aura lieu le jeudi 26 janvier, à 19 heures, à l’Hôtel de Massa (38 rue du Faubourg Saint-Jacques, 75005 PARIS, station Denfert-Rochereau, ligne B ou ligne 6). J’y présenterai mes recherches. Une seconde rencontre sera organisée dès que j’aurai achevé l’essai en question, soit Le Père-Lachaise surréaliste.

Il s’agit là d’un formidable cadeau de Noël. Je mesure l’honneur qui m’est fait, et la responsabilité qui m’incombe. Du stress positif, en définitive.

L’entrée à l’Hôtel de Massa est libre, que vous soyez adhérents à la Société des Gens de Lettres (SGDL), ou non. La salle est suffisamment grande et nous pourrons nous retrouver autour d’un verre. Je vous attends donc, l’an prochain.

Heureuses fêtes à tous!

ETIENNE RUHAUD

Nota bene:

Lien vers la Société des Gens de Lettres:

https://sgdl.org/sgdl-accueil/l-actualite-sgdl/4264-decouvrez-le-laureat-de-la-bourse-sarane-alexandrian-2022

Qui est Sarane Alexandrian?

https://pagepaysage.wordpress.com/2018/03/22/memoire-des-poetes-xxiv-sarane-alexandrian-1927-2009-et-maud-novarina-1923-1991-cimetiere-du-pere-lachaise-division-86-columbarium-case-40048-article-a-paraitre-dans-dierese-73/

FRANCE/ARGENTINE

Le football est un sport populaire, et d’ailleurs la coupe du Monde devient un évènement national, dans la mesure où l’actuel président de la République (dont le nom m’échappe), assiste à la finale, ce soir, dans un pays du Moyen-Orient. Loin de moi l’idée de mépriser l’évènement. Je profite toutefois de l’actualité pour poser l’Eléphant blanc en précurseur. Fin 2021, il y a donc un an environ, nous publiions, sous le signe du pachyderme, une anthologie bilingue franco-argentine intitulée Villes/Ciudades, chez Unicité, réunissant des auteurs des deux pays sous la direction de l’ami Pascal Mora. Un peu de promotion, donc!

POSITIF!

Alors certains diront que je dis « noir » quand d’autres disent « blanc », et il est vrai que j’aime prendre le contrepied, en bon adolescent attardé. Mais sincèrement je ne rejoins pas l’avis des grincheux, leur mépris voilé de la masse. Trois grands classiques dans cette liste, et finalement les Français lisent. Dans le métro (ceux qui ne sont pas sur le smartphone), la rue, les médiathèques, les parcs… Des jeunes, des vieux, des bourgeois ou des prolos… Ce qui n’est pas le cas de tous les pays, y compris en Europe.

Le fait de ne pas aimer cette époque, pour diverses raisons, ne doit pas nous empêcher de demeurer objectifs. Être réac pour être réac, c’est aussi absurde que d’être progressiste pour être progressiste. Les deux attitudes procédant d’ailleurs du déni… Non, tout n’empire pas.

RENCONTRE AVEC PIERRE CORMARY

Chers amis, chers lecteurs,

Vendredi 27 janvier, de 16h30 à 18h30, j’aurai le plaisir de vous présenter mon auteur, Pierre Cormary, et son premier roman publié dans la collection « Eléphant blanc » (éditions Unicité), au café l’Européen, 8 rue Biot, 75017 PARIS (métro Place de Clichy, ligne 2 ou ligne 13), soit en plein quartier surréaliste. La rencontre sera naturellement suivie d’une dédicace.

AUTOPORTRAIT OU « ALICE IN WONDERLAND », ALICE RAHON (1904-1987). Série surréaliste.

HERVÉ WEIL (GABRIEL BOKSZTEJN) PARLE D' »AURORA CORNU » DANS « ZONE CRITIQUE »

Pierre Cormary : L’idolâtre sanctifié ou la naissance d’un écrivain

Enfin vient de paraître le premier roman de Pierre Cormary, aux éditions Unicité. 382 pages de burlesque émouvant, de tendresse fantasque et de dialogues qui flirtent avec le délire et le désespoir en surimpression. Sans oublier, bien sûr, la magnifique préface d’Amélie Nothomb, qui écrit  « Être fasciné est un art. Pierre Cormary a le talent de le rendre contagieux ».

Le grand sujet d’Aurora Cornu ce n’est pas l’amour, c’est comment rendre la vie vivable. Parce qu’il faut bien le savoir, la vie est de droite. Et donc invivable. Pas de cette droite somptueuse, pleine de panache et d’aristocratie damnée. Non, elle est de la mauvaise droite, cette conne de vie. De la bourgeoisie laborieuse. De cette droite de la volonté. La vie où tu dois devenir un homme, mon fils. La vie où si tu ne marches pas, tu crèves. Si tu veux, tu peux. Elle est darwinienne, la vie. La ligne y est toujours le chemin le plus court entre deux points. Voilà sa tragédie ! On ne courbe pas avec la vie. Aucun raccourci intérieur.

Même aisée, elle est laide. Crever de faim est atroce. Mais une fois qu’on ne crève pas de faim, que fait-on ? Il faut être terriblement bourgeois dans l’anti-bourgeoisie pour réduire l’atrocité de la vie a des soucis matériels, pour ne pas voir que tout est souillé et que la grâce fuit de toute part.

Et le plus grotesque ? Quand des bourgeois au grand cœur s’imaginent pouvoir rendre la vie de gauche. Comme si on pouvait réparer la vie. Comme si tout n’obéissait pas à la pesanteur du monde. Donc ils la trafiquent, ils mentent, se racontent des histoires. Alors que tout est foutu depuis le départ. On ne peut traverser l’existence qu’en naufragé. En se vengeant de la vie et surtout, en vengeant les rêves contre la vie. Œuvrer à ce que la courbe triomphe de la droite. En suicidé ou en artiste, c’est la seule voie tenable.

 « Un jour mon âme a trouvé une citadelle »*

Et Pierre Cormary là-dedans, évidemment, c’est Don Quichotte. Don Quichotte pas complètement fou, qui écrirait un livre. Au début du récit, bien sûr, il ne sait pas comment faire pour que la réalité prenne la tournure de ses songes. Gardien de musée, seul cadre fixe dans cette vie sans ligne droite, il se suicide sans se suicider, se noie autant dans l’excès que dans l’insignifiance. Mène une vie de petit fonctionnaire, un peu bourgeoise quand même par éducation et héritage, qui boit, se goinfre, se hait de se goinfrer, lit intensément, bataille sur internet, fantasme mille fois par jour, délire sur tous les sujets, se branle mollement, entretien avec soin ses ratages amoureux et une sexualité proche du néant.

Parce qu’entre la vie et le rêve, Pierre Cormary a choisi le rêve. Oui, c’est ça au début l’histoire de ce livre : le récit d’un grand garçon de quarante ans qui se hait de ne pas arriver à vivre, parce qu’il ne peut se résoudre à cette défaite du rêve contre la vie. Et c’est dans cette nuit de l’être, qu’enfin lui vient Aurora. C’est-à-dire l’écriture. C’est-à-dire l’existence qui a en elle quelque chose de rêvé. C’est-à-dire son salut. (…)

Retrouvez la suite de l’article sur Zone critique en cliquant sur le lien ci-dessous:

https://zone-critique.com/2022/12/08/pierre-cormary-lidolatre-sanctifie-ou-la-naissance-dun-ecrivain/

L’EFFET NOTHOMB… (journal-photo)

Malgré quelques couacs mineurs au niveau de la distribution, Aurora Cornu se vend bien, dans la mesure de nos moyens. La préface d’Amélie Nothomb, et l’entregent de notre cher Pierre Cormary nous permettent ainsi de figurer dans la vitrine de l’illustre librairie parisienne Albin Michel (éditeur qui publie A. Nothomb, s’il fallait le rappeler). To be continued…

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