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UN CLASSIQUE PAR MOIS. CÉCIL SAINT-LAURENT (épisode 1)

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Sur Facebook, j’ai lancé défi. Lire un classique par mois, d’un auteur que vous n’avez jamais pratiqué. Ça peut être une pièce de Racine, ou un long roman, ou un bref recueil. Le tout est de s’y tenir et d’être honnête. J’ai moi-même des lacunes, et mon programme demeure « serré », dans la mesure où je dois parcourir plusieurs services de presse, des livres autour du surréalisme. Peu de temps, donc, pour les incontournables, ceux que je me devais de lire, au cours de mes études.

Reste à définir ce qu’est un classique… Rimbaud, c’est un classique.. Franck Herbert aussi. Je me plie à la règle en publiant chaque mois une photo du livre lu (entre tous les autres). On pourra se référer à La bibliothèque idéale, soit à l’excellent volume de Bernard Pivot, longue série de bibliographie, pour qui veut acquérir une solide culture littéraire.

Hasard du calendrier: la veille du vote anti-IVG de la cour suprême aux Etats-Unis, j’entame ce bref roman trouvé dans une boîte à livres. Cécil Saint-Laurent y évoque justement la question de la sexualité féminine et de l’avortement, en 1954. C’est la première fois que je lis le vieux Hussard, et je n’ai pas été emballé par l’intrigue. Bizarrement, Saint-Laurent pourtant conservateur, semble prendre la défense de la jeune Pénélope Racan, jeune femme volage mise en garde à vue. Je recopie paresseusement une critique trouvée sur Babelio, et qui résume assez bien l’histoire:

36, quai des Orfèvres, 1954. Hélène, maîtresse éconduite à cause de Peny, a décidé de se venger. Elle envoie une lettre anonyme à la police judiciaire: le docteur Danieli, toxicomane, exercerait ses talents au noir comme avorteur et Peny serait sa cliente. L’inspecteur principal adjoint Forbin est chargé de la faire avouer. Car si elle n’a rien à craindre, Danieli, lui, est passible d’une peine de prison. Forbin va découvrir cette jeune femme de 22 ans, qui a l’âge de sa fille, et a choisi de passer son existence à aller d’un homme à l’autre, leur distribuant des notes suivant leurs prouesses au lit. C’est ça, être une jeune femme moderne, affirme-t-elle à Forbin. Forbin sait qu’elle a avorté. Peny sait qu’il sait. Mais dans ce roman noir, l’enquête est subalterne. Il s’agit surtout d’exprimer le conflit de deux générations autour de la nouvelle condition féminine. Danieli finit par se suicider, probablement d’une overdose, et Peny est relâchée. Une Sacrée Salade est un plaidoyer en demi-teintes pour qu’on n’avorte plus dans la clandestinité

Une sacrée salade a été adapté en 1955 par Alexandre Astruc. On y retrouve notamment Anouk Aimée, ainsi que Michel Piccoli et Gianni Esposito.

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5 commentaires

  1. Claudine Sigler dit :

    Suite à ton commentaire, Etienne, je suis en train de (re)lire le livre, que j’avais quasiment oublié… Ca démarre bien, de façon intriguante, mais j’ai vite ressenti une certaine lassitude, tout au long de cet interrogatoire : procédé pour mettre en lumière la supposée « liberté de moeurs » des jeunes filles des années 50, ce qu’on voyait aussi, au cinéma, dans « la Vérité » de Clouzot, ou « lLs Tricheurs » de Carné.

    Au delà du défilé très répétitif et volontairement embrouillé des quelques amours successives de Peny (qui de nos jours semblent bien modestes, sur une durée de 2 ou 3 ans), je suis frappée du ton condescendant de l’inspecteur Forbin, porte-parole de l’auteur qui se veut empathique, mais fait montre (à son insu) d’un machisme moralisateur insupportable aujourd’hui.

    Par ailleurs, de l’avortement lui-même, un délit grave que l’auteur ne questionne pas, il est finalement peu question. Et pas du tout de la souffrance (morale ou physique) des femmes obligées d’y recourir dans la clandestinité (je pense à Peny brûlant de fièvre et perdant son sang dans une chambre d’hôtel durant des heures, avant de se résoudre à faire appeler le médecin…) A la même époque, le Dr Soubiran écrivait « Journal d’une femme en blanc », qui l’évoquait avec plus de sensibilité, mais, là encore, d’une façon moralisatrice.

    Si on le compare à « L’Evènement » d’Annie Ernaux (qui se déroule une dizaine d’années plus tard, mais bien avant la loi Veil), ce livre me semble donc extrêmement daté – Mais je suis très interessée par ton point de vue, Etienne : car je ne trouve pas du tout, pour ma part, que l’inspecteur « semble prendre la défense de la jeune Pénélope Racan, jeune femme volage mise en garde à vue » (je te cite. Et le mot « volage » m’a fait sourire). Il éprouve pour elle de la curiosité, et de la compassion. Mais certainement pas de la solidarité !.. Qu’en penses-tu?

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  2. Chère Claudine

    Merci pour cette lecture attentive.
    – Lis le livre jusqu’au bout. Tu seras peut être surprise. Il est bien nécessaire de replacer dans le contexte. Nous sommes dans les années 50 et l’inspecteur est un homme de son temps, policier de surcroît. La fin est surprenante. Son attitude peut déconcerter justement. On connaît les positions droitieres de Jacques Laurent, et de sa part un tel roman peut surprendre.
    -Touchant Annie Ernaux… Parlons sans filtre. Suite à mes posts anti-Ernaux, j’ai du droit à un raid de gens tolérants indignés, qui avaient manifestement envie de vomir. Le tout assorti de noms d’oiseaux. On se demande où se situe parfois le fameux fascisme qui semble tant les obséder. Mais passons. J’ai fait le ménage dans mes contacts et de toute façon j’assume tout. Je ne nie pas la qualité des premiers romans du nouveau Nobel. Mais rappelons tout de même plusieurs faits:
    – Annie Ernaux a exigé, par voie pétitionnaire, le renvoi de Richard Millet et une interdiction de publication suite à son éloge littéraire d’Anders Breivik. Je pense qu’on ne devrait pas faire l’apologie d’un terroriste quel qu’il soit. Simplement, outre la singularité de la méthode, pour le moins inquiétante, rappelons qu’Annie Ernaux déclare avoir apprécié les attentats du 11 septembre dans « Les années ». Il y a la un deux poids deux mesures insupportable. On attaque Millet, qui incarne tout ce qu’Ernaux déteste (un homme blanc d’un certain âge, catholique ultra), et on laisse dire Annie Ernaux. Soit on censure les deux. Soit on considère que la liberté d’expression est un bien précieux. Je suis favorable à la deuxième option. Juan Branco a somme toute écrit une lettre enthousiaste à Salah Abdeslam, qui aurait pu me tuer dans la rue. Il en va de même touchant Virginie Despentes. Mais c’est le camp du bien. Donc pas de censure.
    – Annie Ernaux est certes féministe mais défend Houria Bouteldja, soit une militante racialiste binationale qui vit dans un pays qu’elle méprise et conspue sans cesse. Passons sur les déclarations de Madame Bouteldja comme « les mariages mixtes, c’est pourri », « tout blanc est une forteresse ». J’en assez et des pires. Houria Bouteldja, outre son admiration assumée pour Mohammed Merah, a également déclaré sa flamme à Mahmoud Ahmadinejad, qui certes n’est pas favorable ni à l’avortement, ni je crois un grand défenseur du droit des femmes. Les féministes iraniennes apprécieront au passage, surtout en ce moment.
    – Annie Ernaux s’est fait une spécialité de dénoncer. On est en droit d’arroser l’arroseur. De temps à autres.
    Bonne journée, bisous

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  3. Claudine Sigler dit :

    Etienne, j’ai cité Annie Ernaux uniquement parce qu’elle avait traité le sujet de l’avortement, il y a déjà plus de 20 ans (et le sien avait eu lieu il y a 50 ans). Mais je ne l’apprécie pas particulièrement, j’entends bien ce que tu dis, et ne vais certes pas la défendre ici.

    En revanche, je vais suivre ton conseil et terminer la lecture du roman de Jacques Laurent (que j’avais envie d’arrêter car je m’y ennuyais un peu. Tu me motives pour continuer). C’est court, ca ira vite: on se retrouve ici ensuite pour en parler à nouveau ? ;-). Bises

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  4. Oui, j’ai un peu débordé sud Annie Ernaux. En fait le sujet me tient à cœur car je suis partagé. Je reconnais qu’elle a écrit de vrais romans. Et je n’aime pas non plus qu’on s’attaque à son physique.
    Le livre de Jacques Laurent est surprenant sous la plume de Jacques Laurent, disons …
    Se voir? Mais volontiers.

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    • Claudine Sigler dit :

      Etienne, ca y est, j’ai terminé la lecture du roman. J’ai compris ce que tu voulais dire, à la lecture du coup de théâtre final, bien qu’à vrai dire il ne m’ait guère surprise, car nous savons bien que la plupart des hommes d’alors ont été confrontés aussi au drame de l’avortement (autant que les femmes, et pour cause !) y compris nombre de ces députés qui vociféraient, néanmoins, lors de l’adoption de la loi Veil en 1974, au nom de la morale…

      Jacques Laurent, c’est vrai, ne fait certainement pas partie de ceux qui condamnent violemment l’avortement (bien que de droite, il était, je crois, assez libertaire en matière de moeurs) . Aussi, ce que je pointais surtout, c’était, entre les lignes, la condescendance inconsciente de l’époque vis à vis des filles dites « faciles »…

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