PAGE PAYSAGE

Accueil » 2022 » février

Archives Mensuelles: février 2022

RETRAIT

« Le penseur », Auguste Rodin.

Il est des sujets complexes, notamment en matière de géopolitique, dans lesquels il est bien périlleux de s’aventurer. Et d’ailleurs pourquoi les auteurs auraient nécessairement leur mot à dire sur telle ou telle situation internationale ? En quoi leur parole, qui est souvent dictée par les médias dominants, ou par leur ego, leur désir de séduction, serait-elle plus légitime que celle de l’individu lambda? Sans compter, souvent, que cela entraîne des discussions virtuelles longues et compliquées, des débats interminables et vains. Autant de perte de temps. Cela ne signifie pas qu’on soit indifférent à l’actualité. Cela veut dire que parfois on n’a rien à ajouter et que notre avis ne changera absolument rien à la marche des choses, et qu’il convient, souvent, de se taire.

Publicité

« BEAUDÉSIR », DENIS MONTEBELLO, LE RÉALGAR, SAINT-ÉTIENNE, 2021. (note de lecture parue dans « Diérèse » 83, hiver 2021-2022)

Un livre évaltonné : ainsi pourrions-nous qualifier ce nouveau petit volume, publié par le Réalgar, éditeur stéphanois. S’interrogeant sur l’origine même du qualificatif, le latiniste Denis Montebello consacre plusieurs pages à l’étymologie, comme il le fait dans ses précédents livres (dont certains furent chroniqués dans Diérèse). Se définissant lui-même comme un évaltonné, soit, pour résumer, comme une âme errante, flottante, quelque peu lyrique, l’auteur assume pleinement la digression en tant qu’art littéraire. Beaudésir se compose ainsi d’une série de textes, comme autant de billets du blog Cotojest[1], comme autant de poèmes en prose alternant portraits, paysages, refrains, souvenirs familiaux ou réminiscences livresques. La guinguette disparue qui donne son (magnifique) titre à l’opuscule appartient ainsi à cette mythologie personnelle : De l’accordéon musette. Les mêmes airs qu’on passait au Stade Saint-Michel, à la mi-temps, qu’on servait avec les marrons, le vin chaud (p. 12).

  Composite, de prime abord, Beaudésir forme évoque en réalité une autobiographie par fragments, par touches, par tableaux successifs. Résolu à suivre le cadastre qui est la mémoire (p. 52), D. Montebello s’égare volontiers dans les méandres d’un bois où cueillir divers gros pieds, tontons ou polonais (p. 37), ou encore brimbelles (idem), soit des myrtilles, en patois lorrain. Car la clairière, le lieu central, demeure vosgien. Né à Épinal, Denis Montebello évoque avec passion une Lorraine largement italienne, une sorte de Texas français (p. 53). Divers décors se succèdent, du lac d’Orta figurant en couverture à la cité des images (p. 46). S’y croisent plusieurs figures tutélaires, de Giulo, grand-père piémontais amateur de champignons, aux savants oubliés, aux écrivains locaux tel Jacques Grévin (1538-1570), au présentateur luxembourgeois Helmut (p. 51), ou encore à Nietzsche, amoureux transi, souffrant, de Lou-Andréas Salomé. Utilisée par l’auteur même, l’allégorie du Lego (créé en 1958), évoque assez cette prose qui baguenaude, cet assemblage (p. 51) en apparence hétéroclite, mais qui prend sens sous la plume élégante, stylée, de l’écrivain. Comme chez François Bon[2], une grande attention est également portée aux objets, autant de traces demeurées vivaces dans la grande forêt des contes (p. 11).

  Derrière l’apparente légèreté, la fantaisie, sourd une certaine mélancolie, une certaine nostalgie. Restent, pour se consoler, le goût de l’érudition et le beau désir d’exhumer puis de magnifier les remembrances, d’actualiser la page.


[1] Du nom du blog même de Denis Montebello :

[2] Cf. Autobiographie des objets, Le Seuil, 2012.

Retrouvez la note sur Babelio:

https://www.babelio.com/livres/Montebello-Beaudesir/1394349/critiques/2920795

PRÉSENTATION DE « VILLES/CIUDADES » (éd. Unicité, coll. « Eléphant blanc») À L’AMBASSADE D’ARGENTINE, LE 17 MARS.

Dans le cadre du « Printemps des Poètes », Pascal Mora et moi-même présenterons à l’ambassade d’Argentine (6 rue Cimarosa, 75016 Paris, métro Boissière) l’anthologie Villes/ Ciudades, édition bilingue illustrée réunissant trente-deux auteurs issus des deux pays, dont nos amis Claudine Sigler, Eric Dubois, Sébastien Souhaité ou Didier Ayres.

Vendu 18 euros, l’ouvrage a été publié par mes soins dans la collection « Eléphant blanc » (éditions Unicité).

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/MORA-Pascal/villes-ciudades/index.php

Au programme :
Exposition de Paula Noé Murphy, échange avec l’artiste et lecture de poèmes, avec la participation d’Esteban Charpentier, poète franco-argentin et auteur d’une anthologie personnelle bilingue Paris/ París .

Coordination et traduction :
Cecilia Acevedo Fuchs
Intermède musical par :
Pablo Urquiz 

Page Facebook de l’évènement:

https://www.facebook.com/events/3124198137910622?ref=newsfeed

ORIENTATIONS D' »ÉLÉPHANT BLANC »

Une auteure d’Unicité me demande quelle est la ligne de la collection « Eléphant blanc ». C’est difficile à définir. Je dirais que j’ai d’abord privilégié la ligne surréaliste tout en refusant toute forme d’introduction du politique (pourtant central dans l’optique d’André Breton. J’en ai bien conscience. Mais Breton sortait des tranchées et la morale catholique était alors toute puissante quand aujourd’hui on a changé de mandarinat). Ensuite, je souhaite tout simplement publier des textes contemporains que je trouve bons, et parfois quelques auteurs connus qui m’ont marqué, bien qu’Unicité demeure une maison d’édition indépendante encore peu diffusée. Pas mal de râteaux généralement polis, donc, mais qu’importe, puisque ça fait partie du jeu. Je suis aussi mû, disons-le, par un objectif de rentabilité, puisque l’éditeur engage des frais, et donc doit, sinon gagner de l’argent, du moins ne pas en perdre. C’est ainsi. Je n’aurais pas le front de me comparer à Gus Van Sant (réalisateur que j’admire profondément). Je constate que l’homme produit quelques films audacieux et expérimentaux, comme ceux de La trilogie de la mort (et plus particulièrement Gerry, échec financier), avant de faire un film à gros budget, parfois mauvais mais qui rapporte. L’un ne va pas sans l’autre. Bon, en précisant que nous tirons d’abord à 150 exemplaires, quand Gus Van Sant manie des millions de dollars.

PS: Le programme est bouclé jusqu’en 2023-2024. Je me répète, mais je ne peux accueillir de nouveaux manuscrits.

https://www.editions-unicite.fr/collection/elephant-blanc.html

SALON DU LIVRE DE MEAUX, 6 MARS 2022.

Chers amis, chers lecteurs,

Invité par mon ami Pascal Mora, je serai donc présent le dimanche 6 mars, de 16h à 18h, au salon du livre de Meaux, pour présenter mes propres livres (La poésie contemporaine en bibliothèque, Disparaître et Animaux), ainsi que ceux publiés sous le signe de l’éléphant blanc, dans la collection créée par mes soins chez Unicité. À la recherche de l’éléphant blanc, notre petit dernier, sera alors sorti. Rendez-vous donc à l’espace Charles Beauchart, 2 rue Cornillon.

« JEUNE FILLE AUX PAPILLONS », PAVEL TCHELITCHEW (1898-1957), RUSSIE, FRANCE. Surréalisme.

MÉMOIRE DES POÈTES: MON AMI GILLES

Dimanche soir, j’ai appris avec tristesse la disparition de mon ami, le plasticien Gilles Cottin. Tous deux nous étions rencontrés au cours du fameux « mercredi de la sirène », organisé mensuellement par Florence Gourier rue Poliveau, dans la Vème arrondissement, en face de « La traversée de Paris », le bar mythique du film, toujours en activité. La sympathie fut d’emblée réciproque, et nous devions nous retrouver pour des après-midi arrosés, enfumés, à Château-Rouge, où réside (toujours?) Erwann L., cinéaste et monteur. Parfois, c’est dans les galeries ou à l’occasion d’expositions que nous pérégrinions dans les rues de Paris, en compagnie de Pascal Varejka, éléphanteau de février, publié aux alentours du 25 dans notre chère collection.

Gilles avait 75 ans et vivait dans un appartement-atelier, au rez-de-chaussée, rue Léopold Bellan. Fils de colonel, peintre passionné et grand lecteur, dandy arty, il savait faire preuve d’un humour à froid, bienveillant, et se montrait toujours chaleureux. Je sais aussi qu’il avait beaucoup voyagé, en Afrique comme au Moyen-Orient. A l’heure actuelle, je le croyais en Suisse, à l’abri du COVID. C’est apparemment le crabe qui l’a emporté. Je regrette évidemment de ne pas lui avoir dit « Aurevoir », pris par mes propres occupations, en cette période étrange, décalée. Mes pensées l’accompagnent.

« LUNATIC », ÉRIC DUBOIS, ÉDITIONS « LE LYS BLEU », PARIS, 2021.

Le temps passé, c’est Disneyland. Après, c’est Lunatic. La lampe de chevet oscille faiblement. Après que la crise s’est déclarée et menée au terme de l’affection, qu’une certaine forme de solitude me pousse dans les affres d’un mutisme maladif et chronique, une certaine désespérance me gagne. Et je les regrette ces instants perdus, ces troubles fugitifs, ces occasions ratées. Amère amertume. La fatigue persiste. Brouille les mots. Les mots s’effacent. N’ont aucun sens. Abstraits. Je pleure. Catherine. Trop tard. C’est à ce moment-là qu’il faut écrire. Quand toutes les parties de votre corps sont tendues, quand votre esprit est dans le sac du vide. Écrire. L’écriture peut remplir le sac et transformer le vide. (p.20)

Heures funestes où un monstre anonyme vous souffle dessus comme si vous étiez un fétu de paille. Son haleine empeste la rancune. Vous avez les lèvres brûlées, votre esprit est recouvert de cicatrices, vos yeux de statue s’animent, vos pas s’enfoncent dans la terre. Qui a pu organiser une telle cabale? Pour vous défendre, vous avez votre sourire vide mais vous vivez parmi des aveugles. Tout ça vous arrache des sanglots. Unique moyen de détresse? La bulle crève, son étreinte était pesante, vous gardez des souvenirs imprécis ou inexacts ou vagues. Vous avez la silhouette invisible d’un homme disparaissant peu à peu dans le brouillard. (p. 152).

FESTIVAL DE MOËLAN-SUR-MER (précisions)

En mars, j’étais donc invité par Paul Sanda et Bruno Geneste au festival de Moëlan-sur-Mer, organisé par la Maison de la poésie de Quimperlé en Bretagne. L’évènement est hélas perturbé, du fait de la situation sanitaire. Plusieurs animations se tiendront donc aux dates prévues (cf. ci-dessus), mais le festival littéraire à proprement parler, comprenant notamment mes interventions en tant qu’auteur et directeur de la collection « Eléphant blanc » (éditions Unicité), sont reportées à fin septembre-début octobre. J’y reviendrai plus en détail ultérieurement, en précisant que nous publions un recueil de ce même Paul Sanda aux alentours du 20 mars.

https://maisondelapoesie-quimperle.fr/

YASMINA MAHDI PARLE DE « VILLES/CIUDADES » (Eléphant blanc)

Notre amie Yasmina Mahdi évoque Villes/Ciudades, notre anthologie franco-argentine, publiée dans la collection « Eléphant blanc » (dirigée par votre serviteur), chez Unicité, ainsi qu’une autre anthologie consacrée cette fois à la ville égyptienne d’Alexandrie (Alexan­drina. sous la direc­tion de Mona Gamal El Dine, éd. Uni­cité, 2021, 20 €) sur le blog lelitteraire.com. Nous l’en remercions, et nous remercions également son mari, Didier Ayres, poète et co-créateur de la revue L’hôte.

http://www.lelitteraire.com/?p=78698&fbclid=IwAR2mvnrSiDSpPuD0OcpMg8BBimJAcLFpant1yxKVX6lhZ5AD2zdpJjKFQns

%d blogueurs aiment cette page :