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Archives du 17/04/2021

« BLUES-ROCK (CÉLÉBRATION) », LOUIS BERTHOLOM, ÉDITIONS SÉMAPHORE, COLLECTION « ARCANES », 2020 (note de lecture parue dans « Diérèse » 80, hiver 2020)

   Le recueil porte un titre programmatique. Ancien infirmier en psychiatrie, attaché à sa Bretagne natale, Louis Bertholom fut aussi, de 1975 à 1985, chanteur et parolier du groupe Tasmant (soit « le fantôme » en breton). Et c’est précisément cette décennie qu’il choisit d’explorer à travers un ensemble de vers libres, courts, incisifs et rapides comme les riffs d’une Gibson (p.44). Dédié à Patrick Quiniou, alias Pat King, du groupe Délire, le volume semble déborder de l’énergie brute propre au rock, ce cri au fond des tripes (p. 56). Écrits en quatre-vingts dix jours, soit dans l’urgence, les fragments évoquent en effet de brèves annotations, pareilles à des flashs, de subites réminiscences. L’occasion, également, de retrouver des passions de jeunesse, qu’il s’agisse de musiciens ou d’auteurs, essentiellement issus de la beat generation. Fan de Bob Dylan, de Frank Zappa, Louis Bertholom s’est également nourri de Jack Kerouac, de Ginsberg, comme on peut le sentir dans Amerika blues, chroniqué par nos soins dans le numéro 45 (à l’été 2009). Livre américain, mais d’abord armoricain, Blues-rock mêle avec bonheur diverses références, comme si Louis Bertholom avait intégré les références d’outre-Atlantique à sa propre sensibilité de barde celtique, en une sorte de long cut-up granitique. 

   L’aventure rock se termine hélas brutalement lorsque, miné par les excès, l’auteur crache du sang/sur la bonnette bleue/du micro Shure SM58 (p. 13). Traumatique, l’incident apparaît à plusieurs reprises, au détour des pages, de façon récurrente, obsédante. Après 1985, Louis Bertholom se tourne définitivement vers la poésie, sans abandonner pour autant la musique, qu’il s’agisse de collaborer avec des jazzmen, ou de publier des disques (trois, à ce jour). Dès lors, ce bref recueil autobiographique prend valeur de témoignage. Une pointe de nostalgie baigne ainsi l’ensemble, tel un brouillard, un crachin. Quand du rock nous passons au blues Hérauts qui embellissent les souffrances/sculptant les notes/jusqu’à l’extase/la beauté de la tristesse (p. 70). 

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