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PRISCA POIRAUDEAU PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

Notre amie Prisca Poiraudeau, régulièrement évoquée sur « Page paysage », nous fait l’honneur d’une recension sur le blog « Fée noire ». Merci à elle!

http://fee-noire.over-blog.com/2020/11/les-metamorphoses-animaux.html?fbclid=IwAR0K83yG48vAr-7Otsfrt7ekw4xx_WWWe4Rq97Upyx1IiUyiXiNhJiEcTNY

Animaux est un bestiaire qui peut évoquer les cabinets de curiosité. Ce sont des animaux surnaturels mais qui semblent vraisemblables tant l’auteur les décrit avec précision. En effet l’écriture n’est pas celle des contes mais plutôt celle des sciences naturelles. Il y a des animaux forestiers et d’autres sont aquatiques.

Cela me fait penser un peu à un grimoire de sorcier. L’auteur parle de certaines pratiques un peu païennes car certains animaux mi-végétaux, mi-minéraux ont des propriétés ou des vertus. Les animaux décris par Etienne Ruhaud sont le monde « des petites bêtes » grossies au microscope (ils sont de taille monstrueuse à hauteur humaine), c’est un monde assez cruel et morbide, les animaux sont assez répugnants et malsains. La nature y est extrêmement hostile. Cela me fait penser au dégout de Baudelaire pour la nature. Ce recueil pourrait être une sorte d’abécédaire, où chaque espèce est décrite en quelques mots, une espèce par page, les noms sont assez poétiques : « Les Bôlces », « Les Braïns », « Les Kabutos »…D’autres noms sont  connus, plus familiers comme « Les Dragons », « Les Cèpes », « Les Centaures », « Les Scorpions », « Les Lunes », « Les Baignoires », mais la plume d’Etienne Ruhaud les a réinventés. Ils nous sont faussement familiers. Les dragons ne sont pas ceux de nos livres d’enfants, ils sont moins merveilleux, le monde d’Etienne est désenchanté.  Nous sommes téléportés dans un étrange monde qui semble si  proche du nôtre. Nous ne savons pas de quel côté du miroir nous sommes. Est-ce l’univers d’un rêve Lovecraftien ? Ou bien La métamorphose de Kafka ? Quelles sont les angoisses qui se cachent derrière les métamorphoses? Tous les animaux apparaissent écœurants mais ce sont aussi des formes très diverses de « Vampires », ils sont vampirisants.

Les humains sont en arrière-plan. Des peuples qui semblent primitifs avec certaines pratiques magiques qui ne sont pas sans évoquer le chamanisme. La nature fait loi même si l’homme s’en défend ou cohabite tant bien que mal et en tire parfois profit. Si les animaux sont décrits avec une extrême précision, l’univers fantastique (ou de science fiction) qu’ils entrouvrent est assez flou. Etienne a su préserver le mystère. On peut songer à un monde du futur, quelques décennies après une catastrophe nucléaire où des animaux auraient pu muter et où la civilisation humaine est redevenue sauvage et s’est adaptée.

Je parle de populations humaines mais ce sont peut-être d’autres peuples plus lointains. On peut s’imaginer sur une autre planète, dans une autre galaxie, semblable à la notre.

La couverture est joliment illustrée par une encre en couleur de Jacques Cauda, un animal étrange légèrement flouté, dilué. Cela m’a rappelé les estampes (qui sont moins connues du grand public que d’autres œuvres) de Salvador Dali : des animaux un peu enfantins, aux couleurs pastelles, les contours estompées, saturées d’eau Il y a deux autres encres en noir et blanc dans ce bestiaire.

Note de lecture par Prisca Poiraudeau écrite 21 novembre 2020.  

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