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31 JUILLET 1914, ASSASSINAT DU DÉPUTÉ SOCIALISTE JEAN JAURÈS

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Monument aux morts de Gentioux, Creuse.

« À FLEUR DE PEAU », CATHERINE ANDRIEU, éditions Vincent Rougier, collection « Ficelle », 2020 (CRITIQUE)

   Ces jours-ci sort le nouveau recueil de Catherine Andrieu, aux éditions Vincent Rougier. Comme annoncé sur les réseaux sociaux, votre serviteur en a écrit la préface (reproduite ci-dessous).

Site de l’éditeur Vincent Rougier

Site de Catherine Andrieu

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  Une poésie de la mémoire…  Ainsi pourrions-nous qualifier ce nouveau recueil. Dans la lignée du premier opuscule publié[1], Catherine Andrieu se livre à une forme de confession en vers libres, évoquant les différents âges de sa vie, et plus particulièrement l’enfance, qu’il s’agisse de chimères griffonnées, portes vers l’imaginaire, ou de souvenirs plus réels, souvent plus douloureux : À l’école le Monsieur/N’a pas le droit de te toucher/Là, tu sais, entre les jambes. On ne saurait, pour autant, parler d’autobiographie au sens strict, soit d’un récit ordonné et exact, avec un début et une fin. Sous la lumière tout est flou, et, de fait, la chronologie semble totalement bouleversée, comme si l’auteur nous livrait un flux de conscience d’où la notion de temporalité, d’exactitude, semblait bannie. Les souvenirs se télescopent, se confondent, s’entremêlent en un subtil maelstrom brassant époques, figures, et lieux. Tantôt, nous voici dans la chambre de la maison familiale, tantôt nous sniffons de la poudre blanche, au milieu du rêve. Ut pictura poesis, le tout s’incarne en une série de tableaux plus ou moins précis, parfois de simples croquis littéraires. Peinture et écriture demeurent indissociables chez Catherine, poète ET plasticienne.

  Les allusions, les histoires, semblent nimbées de mystère, et demanderaient une initiation. Parfois un étrange mysticisme affleure, notamment à travers cette singulière prêtresse africaine, prêchant dans le désert…Que signifie ? S’il nous est interdit de tout comprendre, il reste permis de se laisser porter par les mots, la métaphore. Car le ton, lui, demeure simple. La plume procède de la pure figuration, refuse l’abstraction, la complication. Limpide, le style de Catherine tend parfois vers la naïveté, sinon le prosaïsme. Mais ni cette douce musicalité, ni le lyrisme, ni la construction d’un monde, ni les réminiscences heureuses, ne semblent prémunir du désespoir. Les jouets sont partis, les chats, chers compagnons, sont emportés, la cocaïne n’est que vaine pharmacopée, l’amour échoue, et, dès l’enfance, la magie s’est envolée : À dix ans, je ne crois pas en toi ! Si, pour reprendre Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible est rassasier, comment survivre ? La culture, les rêveries de monsieur Hugo, les œuvres de Dali, ou la mythologie antique, très présente chez Catherine, apportent un baume. Et plus encore la poésie, si elle ne guérit complètement, demeure un compromis, une voie lucide, l’unique exutoire : Je ne suis pas belle ma jeunesse se fane/Mais j’ai le secret du cœur et de l’Univers/Gravé sur le visage et les mains/Et les bêtes m’écoutent aussi/À  fleur de peau.

[1] Poèmes de la mémoire oraculaire, éditions du Petit Pavé, 2010.

« ROUGE DANS LE VENT DE L’AUBE », GILLES PLAZY, L’Atelier de l’Épeire, gilles.plazy@orange.fr (CITATION)

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   Opale ouverte fragilité d’un souffle somnambule exquis dans l’absence de nostalgie s’en prenant aux lois de la gravité chimère encore marquée du sacre de l’incendie amours adolescentes dans le brasier allumé par Isidore Ducasse au pied de la tour Saint-Jacques où meurt Gérard de Nerval l’horizon s’ouvre sur une solitude océanique la nuit ainsi transfigurée par les flammes le rire du bossu descend le long des colonnes de pierre ineffables transatlantiques au fond des yeux la nuit transfigurée par la ferveur d’Arthur Rimbaud encanaillé d’aventures improbables halluciné d’un siècle finissant merveille utopique d’un tournesol de magie sidérale l’amour fou flotte au vent de l’éventuel rose des sables Mélusine attend Merlin au Sphinx Hôtel où de tout bois s’allume le feu de bouleversantes révélations la douleur des roses s’inscrit en cercles répétitifs le brouillard n’est jamais une excuse opéra fabuleux rideau rouge sur la place Dauphine Nadja entre en scène le soleil a cessé de pâlir demandez-lui si la lueur de ses yeux est à vendre.

STATISTIQUES (mon propre travail)

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   La fréquentation du blog a nettement baissé depuis le 1er janvier 2020. Cela ne me dérange pas outre-mesure puisque j’aime l’idée même de confidentialité, et désormais je sais à peu près qui fréquente PAGE PAYSAGE (avant, je recevais d’étranges visites depuis les États-Unis, et je ne savais même pas de qui il s’agissait). Peut-être le moteur WordPress. Comment dire cela sans paraître hypocrite, faussement détaché, ou faussement modeste? J’aime produire, et être lu, même par un petit nombre. Je pense qu’on publie pour être lu, sans quoi on garde le manuscrit chez soi, dans le secret d’un tiroir, ou sur son PC. Après se pose la question d’être plus ou moins lu. J’aurais aimé que mon roman soit davantage lu, mais ça ne m’a pas affecté outre-mesure qu’il ne le soit pas, puisque des gens l’ont apprécié. J’aime en revanche l’idée même de gratuité du blog. Aucun enjeu financier, et un enjeu social limité.

MÉMOIRE DES POÈTES, GASTON DUF (1920-1966)

   Originaire du Nord, Gaston Duf (Gaston Dufour dit) naît au sein d’une famille pauvre de dix enfants, marquée par la violence et l’alcoolisme d’un père tenancier de cabaret. Entré comme apprenti-boulanger à l’âge quatorze ans, l’adolescent travaille finalement à la mine, mais se fait renvoyer pour absentéisme. À dix-huit ans, solitaire, chétif, il passe ses journées au cinéma ou dans les bars, buvant énormément. L’armée le réforme, puis on l’interne définitivement quelques jours après une tentative de suicide. Il n’a que vingt ans.

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Hôpital psychiatrique de Saint-André-lez-Lille

  À l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Saint-André-lez-Lille, le mutique Gaston se montre d’abord totalement apathique puis participe aux travaux ménagers. Il tente de s’évader en 1946. Son infirmière remarque qu’il dissimule de petits dessins griffonnés à la mine de plomb sur du papier journal, dans la doublure de sa veste. Le psychiatre Paul Bernard encourage discrètement Gaston, lui fournissant des crayons de couleur, des tubes de gouache, ainsi que des toiles grands formats. Le malade représente, de façon obsessionnelle, des créatures chimériques appelées « rhinocéros » (le nom étant écrit avec une orthographe étrange, bien que Gaston maîtrise la langue française), ainsi que des polichinelles. Pourquoi cette fascination? L’artiste fou n’a jamais vu les animaux en vrai, et semble se rappeler avoir croisé un polichinelle lors d’une fête foraine. Se sentant mou, faible, il admire la force brute du rhinocéros. Jean Dubuffet, qui s’est vu offrir plusieurs œuvres par Paul Bernard, lui rend visite, et le surnomme « Gaston le zoologue ».

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   La production cesse vraisemblablement en 1953, pour une raison inconnue. Je ne dois pas dessiner, aurait déclaré Gaston, qui prend toujours soin de sa toilette, et de sa coiffure. De constitution fragile, il meurt en 1966, à l’âge de quarante-six ans.

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NB: une exposition a récemment mis en valeur les dessins de Gaston Duf, au musée de zoologie de Lausanne, sur l’impulsion de l’historienne d’art Lucienne Peiry.

RETOUR À PANTIN (Libre-propos)

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   Lundi, avec mes amis David et Loïc, nous sommes allés au cimetière de Pantin (le plus grand de France). Toujours aussi calme. La municipalité a installé de grands panneaux autour de la biodiversité, les écureuils, les renards, etc. Certaines divisions sont dans un état lamentable (les familles retrouvent des ossements, affleurant à même le sol. Les carrés militaires sont à l’abandon. Tu te demandes déjà, en temps normal, à quoi a servi la guerre de 14 18. Alors quand tu vois la sépulture des poilus.. comment dire…) Je devais retrouver la tombe de plusieurs surréalistes, dont certaines sont couvertes d’herbes folles. En cherchant Reinette l’Oranaise dans un carré séfarade, nous avons croisé un vieux rabbin en Clio, qui nous a proposé son aide, pensant que nous étions perdus. Vu, aussi, pour la première fois, la tombe d’Helno (Les Négresses vertes), et celle de Dominique Noguez, qui m’aura tant aidé. Pris d’une sorte de pudeur, j’ai préféré ne pas diffuser d’images, tant le lieu paraissait triste. Je reparlerai de l’épisode sur le blog.

MARABOUTISME (libre propos)

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   …Quand j’habitais le XVIIIème, j’étais généralement sollicité parles marabouts distribuant leur carte de visite à la sortie du métro Barbès (du moins ceux qui ne me prenaient pas pour un keuf en civil). En soi, cela ne me paraît pas plus absurde que les voyantes, dont certaines furent, dit-on, consultées par l’Élysée. Reste que le grand maître spirituel A. a publié le message commercial suivant dans le groupe Facebook « Surréalisme(s) » (un an d’existence, déjà!).

Bonjour, bonsoir mes très chers!
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Les produits seront récupérer par la DHL pour les clients qui sont à l’extérieur. Merci que la bénédiction soit avec vous.
Téléphone :+XXX
Whatsapp :+XXX

   En soi, je ne peux lui reprocher de vendre sa came charlatanesque, mais j’ai dû me résoudre à le bannir du groupe après avoir effacé ledit message, car cela ne rentre pas dans le cadre de nos activités. Alors certes, on m’opposera l’intérêt profond de Breton ou Leiris pour l’Afrique, ainsi que le versant occulte du surréalisme… J’ai préféré néanmoins trancher dans le vif, tout en rigolant bêtement, quinze minutes durant, devant l’écran de mon PC. Je rigolerai peut-être moins s’il me jette un sort. La plaisanterie n’est guère de mise sur de tels sujets.

R.I.P. MICKEY

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   Je viens d’apprendre, avec tristesse, le décès de notre ami Mickey Maousse, qui gérait le bar « La Cantada II », dans le onzième arrondissement. Originaire des Charentes, Mickey accueillait chaque premier mercredi du mois le Cénacle du Cygne, organisé par Marc-Louis Questin. J’y lisais mes propres textes, que Mickey semblait apprécier. Puis le bar a fermé. Une pensée, donc pour notre ami, dont je n’ai jamais connu le vrai nom, mais qui nous aura beaucoup apporté.

LES BÔLCES

  Gigantesques citrouilles roses, plissées, couvertes de traits rouges semblables à des veines. Le tout voilé de soies noires et frisées, poils pubiens végétaux.

  Pareilles à de gros testicules, les bôlces poussent dans les clairières. Comme les truffes, elles tuent les herbes alentours au moyen d’un antibiotique naturel, et se trouvent donc entourées de cailloux. Les adolescentes répandent leurs premières menstrues sur les cucurbitacées afin d’assurer leur fécondité. Une autre cérémonie est organisée au printemps, avant les fiançailles. Les futures épouses posent des couronnes de fleurs sur les bôlces, avant que les hommes ne les cueillent.

  Garni de pépins blancs, le centre est empli de liquide terne, sirupeux. Le goût du fruit évoque le potiron, en plus amer. On en fait des gâteaux, des soupes, des décoctions censées vaincre la stérilité.

TITRE INCONNU, KAROL BARON (1939-2004), Slovaquie (surréalisme)

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