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Archives Mensuelles: mars 2020

VICTOR BOBO

Demain matin, dès l’aube, vers mon chalet d’montagne,
En jeep je partirai, quand personne ne m’attend,
J’irai par l’autoroute polluant la campagne,
Je ne puis demeurer à Paris plus longtemps.

Je roulerai l’oreille fixée sur France Inter,
En écoutant Raoult, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, à toute vitesse, l’air ébahi…
Vide, comme la province sans le wifi.

Je ne regarderai ni les calvaires paumés
Ni même les villageois par moi contaminés
Et quand j’arriverai je mettrai la télé

CNEWS, FRANCE 24, ou BFM TV….

 

« PLUTÔT LA VIE » (A.B.)

paul dermée

Le poète belge Paul Dermée (1885-1951) et sa femme, Céline Arnauld née Carolina Goldstein, (1886-1952), qui se suicida un an après sa mort.

  Je racle les archives de Paris sur internet. Retrouve des gens par mail, par coups de fil aux ayant-droits. De sympathiques vieillards, généralement, compréhensifs, résilients, égrainant les souvenirs d’une voix chevrotante, avec des éclats, parfois, des sursauts d’émotion, récitant des vers, des extraits totalement oubliés, profondément confinés dans les réserves de la BNF. Et ce même si souvent on n’a pas envie de réveiller des deuils, de révéler des conflits familiaux, qu’on se fait l’effet d’être un fouille-merde. J’aime ce travail d’enquête autour du mouvement volatil que fut le surréalisme. Le travail historique, technique, auquel je n’étais pas préparé. J’aime le surréalisme en tant que fuite vers le rêve, refus du réel brut et immédiat permettant de supporter le quotidien. Cette évasion vers un passé futuriste, onirique, comme une façon de survivre dans la cité. Cette façon de se tourner délibérément vers le songe.

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   Étant sur Facebook pour retrouver des amis d’enfance et parler de culture, je n’aime pas évoquer mon activité professionnelle. Tout travail salarié m’est d’abord toujours apparu comme étant une nécessité, à accomplir avec sérieux, car somme toute on est rémunéré, et puis je crois à la nécessité de l’État. Alors quand ce n’est pas trop pénible…

    Au fond, j’aurais aimé un otium définitif, à la mode romaine. Rester toute ma vie une sorte de consommateur littéraire subventionné, animant des blogs, tournant des vidéos au caméscope, discutant jusque tard dans la nuit de questions esthétiques en remplissant des carnets Moleskine, et voyager dans les pays de l’Est en car. Outre le fait que ça reste adolescent, on m’aurait vite traité de parasite. Et puis de toute manière c’est impossible, sauf à gagner au Keno, ou à hériter, tels Pieyre de Mandiargues ou Raymond Roussel… Agent muséal, pour ne pas dire gardien de musée (comme on préfère parler de « technicien de surface » plutôt que de « balayeur »), il semblerait que je sois par un devoir d’astreinte, ce qui paraît tout-à-fait normal (après tout, le personnel médical est lui aussi mobilisé). Le spectacle de Paris complètement vide a certes quelque chose d’un peu nord-coréen, et au fond cette déconnexion a du bon, tel une pause dans une ville surpeuplée, en perpétuelle compétition… Même si on craint la suite (économiquement, s’entend).

« LA POMPE A SANG », JEAN GAUDRY (1933-1991)

gaudry
été
le coquet coquelicot
décalqua quelques claques de rouge
sur le mouvant visage
des blés blonds ondulant
envoûtés par le vent.
GERCES, PJ. Oswald, 1957, page 33
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à Lydie Chapovaloff
réelle vint Lydie bel et divin lit d’ailes
m’extraire de vos puits sans chaîne ni margelle
où broyé par vos riens je crevais sans chandelles
du cirque dégarni de gradins et de ris
d’où ne suaient que supplices et sources taries
tu fis bouger la cire et rentrer la hernie
décrochant de sa croix et mon X et mon nid
le ciel clos s’envahit de lumière et de vie
et l’extase remplace en l’indécis lavis
l’adorable carcasse agacée de la nuit
où vèlaient mes désirs mes vélos et l’ennui (page 15)
je ne veux plus de mes os
je ne veux plus de ma chair
je ne veux plus de ma lampe
de la lampe qui m’éclaire
je veux éteindre les étreintes
et ne veux que la crainte
je veux tuer les plaintes
et crever les enceintes
boire les vertes absinthes
les vers les abbés et les saintes (p. 11)
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« DANS LA VALISE EN CARTON », JEAN-FRANÇOIS VEILLARD, collage, 2019.

veillard

ANGST 44

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