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MÉMOIRE DES POÈTES XXXI: PEGEEN VAIL GUGGENHEIM (1925-1967), Cimetière du Père-Lachaise, division 94 (article paru dans « Diérèse » 75, printemps 2019)

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   Nous avons déjà évoqué la dynastie juive new-yorkaise Guggenheim dans Diérèse 73, lorsque nous avons parlé de Max Ernst et de son épouse, la collectionneuse Peggy Guggenheim, (1898-1979), héritière de la célèbre fondation à Manhattan.

   Mariée une première fois à l’écrivain Lawrence Vail en 1922, cette dernière a deux enfants, Sindbad et Peggeen, née le 18 août 1925 à Ouchy, en Suisse. Pegeen, qui fréquente l’école bilingue de Neuilly, part en Angleterre, puis aux États-Unis dès 1941. Scolarisée à la prestigieuse Lenox School, la frêle jeune fille aux longs cheveux blonds tombe amoureuse du peintre français Jean Hélion (1904-1987), l’un des introducteurs de l’abstraction outre-Atlantique, ami de Piet Mondrian, de Fernand Léger. Les noces sont célébrées en 1946. Le couple, qui a trois garçons, Fabrice, David et Nicolas, se sépare en 1956. Très affectée, Pegeen se réfugie chez sa mère à Venise, en compagnie de Nicolas, le cadet.

   Trois ans plus tard, Pegeen s’installe rue du Dragon, à Paris, avec Ralph Rumney (1934-2002), peintre anglais rencontré à Londres en 1957, lors du vernissage d’une exposition consacrée à Francis Bacon, à la Hanover Gallery. Nouveau réaliste bohème, Rumney a notamment cofondé l’International Situationniste avec Guy Debord et Piero Simondo. Les deux époux ont un fils, Sandro, et déménagent sur l’île Saint-Louis. Peggeen, qui souffre de dépression depuis l’adolescence, parvient néanmoins à créer son propre univers pictural, et travaille intensément. Elle accède ainsi à une forme de reconnaissance. Deux expositions sont prévues, au Danemark et au Canada, mais Pegeen se suicide le 1er mars 1967, en ingérant une dose massive de médicaments, à seulement quarante-et-un ans.

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   [Ce fut à Mexico] que j’appris l’affreuse nouvelle de la mort de ma fille, ma Pegeen chérie, qui était pour moi une mère, une amie et une sœur, déclare Peggy Guggenheim dans son autobiographie (Ma vie, mes folies, 2004, Plon, 1987 pour la traduction française). D’aucuns prétendent que la mère a toujours écrasé la fille, qui en retour lui vouait une admiration sans borne. Par-delà toute rivalité, une salle est toutefois consacrée à Peggeen à la « Peggeen Guggenheim Collection » de Venise. On peut y découvrir de grandes réalisations colorées, quasi-enfantines, révélant un univers torturé, un esprit souffrant, derrière l’apparente naïveté. Belle-fille de Max Ernst (de 1941 à 1946, comme signalé dans l’avant-dernier numéro), Pegeen, qui a fréquenté les plus grands artistes surréalistes, doit également beaucoup à Yves Tanguy, Breton expatrié outre-Atlantique. On retrouve ainsi dans sa peinture des figures improbables, récurrentes, anthropomorphes, ainsi que des personnages affectueux, aux traits apaisés. Le monde que nous propose Pegeen s’affirme un peu plus réel que le vrai puisqu’il semble plus voisin du Paradis Terrestre. Aucune culpabilité ne vient ternir ses couleurs, accabler son dessin déclare pour sa part Raymond Queneau[1]. Pour en savoir davantage, on consultera l’excellente biographie co-écrite par Benjamin Lanot et Benjamin Hélion, petit-fils de la plasticienne, Pegeen Vail Guggenheim (Paris, Sisso éditions, 2010).

   Âme rêveuse,instable, Pegeen repose auprès de ses enfants, dans la sépulture « JULES JEFFERSON VAIL », banal caveau gris orné d’un crucifix, au bord l’allée transversale numéro 3 (juste à côté de la tombe de la spirite « Bonne Maman » (1821-1908), dont la tombe est indiquée sur le plan fourni à l’entrée).

[1] « Préface au catalogue de Pegeen Hélion à la Galeria del Corso »

[2] Œuvres complètes, tome III, bibliothèque de la Pléiade, NRF, Paris.

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« ZOO », à Etienne Ruhaud (un poème de Padrig Grech)

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ZOO

(à Etienne Ruhaud)

 

On naît, on souffre, on meurt. On tue, on est tué.

Au début, au milieu, à la fin, la souffrance.

On fuit dans le délire où le rire s’élance,

s’effondre en pleurs au pied du mur, pantin fluet.

 

Les superbes lépreux n’ont toujours pas mué :

brandissant leurs moignons, ils louent la providence

au Bal des Culs-de-jatte où l’amour se cadence,

& c’est beau de les voir danser le menuet.

 

Ce spectacle distrait les débiles mentaux,

les CRS trempant un œil dans leur porto

qui lâchent quelques rots en bâfrant leurs lasagnes.

 

Moi mort, tranchez ma viande & jetez-la aux chiens

pour qu’ils la chient joyeux, par la verte campagne,

marquent leur territoire & odorent l’humain.

« PATRICK OU L’HISTOIRE D’UNE MUTATION », ANTOINE DELAHAYE (édition Books on Demand). Un article de Patrick Stalenq.

  En janvier, j’ai publié deux critiques/notes de lecture (une lecture de Sérotonine, du célébrissime Houellebecq, et une autre de Ce vide nous blesse la vue, de Denis Montebello). Ce mois-ci je pose en quelque sorte le stylo pour laisser la parole à mon collègue, ami et musicien, fin lecteur, Patrick Stalenq. Auteur d’un morceau de bossa nova publié jadis sur « PAGE PAYSAGE », ce dernier nous a offert un article sur Patrick, premier roman du compagnon d’une autre collègue et amie, elle-même poétesse. Un roman que je n’ai pas encore lu, mais que j’ai acquis, via le géant Amazon, sur ma liseuse Kindle. Laissons donc Patrick Stalenq nous parler de Patrick (tout court). Le livre est disponible sur plusieurs sites marchands.

   Je reproduis également ci-dessous le quatrième de couverture, qui donne une idée de l’intrigue, ainsi qu’un teaser consacré au livre (réalisé par Manon Roth):

  Patrick est seul. Il rumine et insulte tout le monde. Son passe-temps préféré ? La télé-réalité. Y a rien de mieux pour l’oublier, cette foutue réalité ! Bien sûr, il y a la voisine qui le taraude. Et surtout, ces rêves où il saigne et croise des chimères… Tant pis, il faut vraiment qu’il se démène ! Godzilla rôde… Et les étrangers nous piquent notre boulot ! Cet homme raciste et peureux va se retrouver dans une situation étrange où il sera plongé dans une des plus incroyables aventures intérieures.

 

Patrick   Aujourd’hui, Anthoine a écrit son premier roman.
C’est un guide touristique.

   Vous allez découvrir un pays que personne n’a jamais visité, inquiétant,
volcanique, sans fleurs. Rien que des animaux dignes de vos meilleurs
cauchemars.
   Un pays de monstres, de chimères, de pulsions, que Patrick va transcender
malgré lui, avec courage, incompréhension, instinct, peut-être espérance.
Car ce solitaire attend, perdu dans le spectacle d’une ville où triomphe la
solitude, où chacun n’a plus d’autre choix que l’indifférence ou la haine.
Une métamorphose va se produire, inattendue.
Renaîtra-t-il?
   Aujourd’hui, Anthoine nous propose un roman aéré, minimaliste : une
partition du silence, où chaque note doit être écoutée dans l’entièreté de son
enveloppe incertaine, tantôt drôle, érotique, troublante, gênante, ou violente.
Laissons-nous guider par cette musique de l’errance, qui lentement nous
mène au choc improbable .
   Aujourd’hui, Anthoine nous invite au voyage initiatique sans but. C’est le
voyage qui compte, avec l’air, les trous d’air, les contre-temps en tous
genres, les couleurs qui fascinent par leur absence, les moments de détente,
préludes aux pires dissonances jamais entendues dans aucun de nos rêves .
Je veux dire que, dans ce récit d’aventures, la forme touche le fond, lequel se
confond alors avec la forme, laquelle se transforme à son tour, et le tout,
sans qu’on ne confonde jamais rien. Tout est maîtrisé. Métré. Millimétré.
Cartographié.

   Aujourd’hui, Anthoine nous offre pour son premier roman virgule une sonate.
Goutez l’air, goûtez le silence, lisez, sans oublier de fermer les yeux.
Et si vous revenez, serez-vous meilleur?

  Aujourd’hui, tentez donc l’expérience.

Pour acquérir l’ouvrage sur Amazon (cliquer sur le lien)

Un morceau du guitariste Patrick Stalenq (cliquer sur le lien)

 

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