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MÉMOIRE DES POÈTES XXIX: CLAUDE COURTOT (1939-2018), Cimetière du Père-Lachaise, jardin du souvenir, division 77 (article à paraître dans « Diérèse » 74)

  21/06/1991. STUDIO: CLAUDE COURTOT, ECRIVAIN

   Né le 6 janvier 1939 à Paris, dans le XIVème arrondissement, agrégé de Lettres classiques dès 1961, Claude Courtot est nommé professeur au lycée Ronsard de Vendôme. Trois ans plus tard, soit en 1964, il envoie son Introduction à la lecture de Benjamin Péret à Jean-Louis Bédouin (1929-1996). Celui-ci le présente à André Breton, le 28 novembre 1964 dans le bar parisien « La Promenade de Vénus ». Dès lors, renonçant à un projet de thèse consacré au mouvement, Claude Courtot se lance dans la création littéraire et l’action politique auprès de Jean Schuster (1929-1995, inhumé au cimetière de Pantin), et participe à toutes les actions du groupe en compagnie de Philippe Audouin, Marc Debenedetti ou encore Jean-Claude Silbermann, signant de nombreux articles dans la revue L’Archibras dirigée par ce même Schuster. Très actif lors des évènements de mai 68, C. Courtot, qui a noué des liens avec les surréalistes tchèques, organise l’exposition « Principe de plaisir » à Prague, juste avant l’arrivée des chars russes. Il publie un second essai, cette fois consacre à René Crevel (1900-1935, inhumé au cimetière de Montrouge), dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » chez Seghers, en 1969. Conscient de l’impossibilité pour le surréalisme de se renouveler, ne croyant plus au sens de l’aventure collective, il prend acte, non sans amertume, de la dissolution du mouvement en 1969, et participe à la revue Coupure deux ans durant.

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   En 1971 paraît Carrefour des errances chez Joël Losfeld, ouvrage plus personnel rassemblant douze courts textes. Prends garde : les rabatteurs de l’amour et de la poésie commencent à nous encercler… y écrit-il notamment. Suit un silence d’une dizaine d’années. Courtot, qui enseigne les lettres à Paris, au lycée Janson-de-Sailly, prononce par ailleurs de nombreuses conférences sur le surréalisme à l’étranger. En 1980, il assiste Milan Kundera pour une retraduction de La Plaisanterie, et, en 1982, reprend la plume pour écrire les poèmes de La voix pronominale. D’autres livres suivront, parmi lesquels Une épopée sournoise, récit publié chez José Corti en 1987, ou encore Les Ménines, texte hybride mêlant portraits et manifestes.

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   Je suis l’unique thème de ce que j’écris, déclare Courtot, qui désire fixer sur le papier sensible l’image fugitive des chimères et des fantômes qui [le] hantent. De fait, l’homme a consacré plusieurs essais à des figures proches ou loin du surréalisme, mais l’essentiel de son œuvre demeure autobiographique. On lui doit ainsi une longue et passionnante Chronique d’une aventure surréaliste, publiée en quatre tomes chez l’Harmattan à partir de 2012. S’y côtoient des souvenirs liés au groupe, des impressions de voyage, des morceaux d’actualité.

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   Président de l’association « Les amis de Benjamin Péret », très actif, Claude Courtot, qui vit à Saint-Ouen depuis de nombreuses années, décède à Saint-Denis le 9 août 2018, des suites d’un cancer, à l’âge de soixante-dix neuf ans. Ainsi s’éteint un des derniers grands témoins de la grande époque. Ses cendres sont répandues dans la jardin du souvenir (division 77), et non dans la Méditerranée, comme Antoine Vallin, professeur de Lettres classiques mélancolique parti à la recherche du mythique Caius Cornelius Gallus, dans le roman L’Obélisque élégiaque (éditions François Bourin, Paris, 1991) : Il se proposait de retourner en Campanie au printemps suivant. Il emporterait les cendres d’Antoine et les jetterait dans la mer d’Italie, quelque part entre le Pausilippe et Pompéi. (p. 193)

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SURRÉALISTES 26: ALINE GAGNAIRE (1911-1997)

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ÉVÉNEMENTIEL DE SEPTEMBRE 2018

Chers amis, chers lecteurs,

   Les quelques habitués auront peut-être remarqué que je n’ai rien publié depuis le 13 août dernier. Contrairement à ce que j’annonçais sur Facebook, je me suis finalement décidé à faire une pause estivale. D’une part, peu de gens lisent « PAGE PAYSAGE » en août, d’autre part j’ai jugé important d’interrompre un peu le flux. Les billets reprennent donc avec la rentrée, dans l’ordre habituel. Signalons également la présence d’une nouvelle rubrique, sous forme de vlog. J’ai récemment acquis un peu de matériel vidéo, et commence à le maîtriser. Plusieurs images suivront donc, toujours en rapport avec la littérature et le surréalisme. Mais venons-en aux évènements:

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  Je serai a priori présent au Café poésie de Meaux, organisé par notre ami Pascal Mora, le 22 septembre. Toutes les informations pratiques figurent sur l’image ci-dessus.

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Comme indiqué ci-dessus, Frédéric Tison, auteur de magnifique essai Selon Silène, présentera son travail le mercredi 26 septembre au François Coppée, derrière Montparnasse.

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  Organisé par Lord Mandrake, alias Marc-Louis Questin, le traditionnel Cénacle du cygne, mêlant danse, courts-métrages et poésie, se tiendra comme toujours à la Cantada II, au 13 rue Moret (75011 PARIS, métro Ménilmontant), le 27 septembre à partir de 20h30. Il y sera question de William Burroughs, symbole beatnik et grand junkie devant l’Eternel.

   Bonne rentrée à tous!

 

 

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SURRÉALISTES 25: FRANCIS MEUNIER (1924-1995)

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Musée d’art moderne de Cordes-sur-Ciel (Tarn)

« SELON SILÈNE », FRÉDÉRIC TISON, L’Harmattan, 2018.

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   J’aime les rois mous, les princes légers, les petits maîtres et les poètes mineurs. J’aime ces silences, ces murmures – j’entends là les silences, les murmures dans les chroniques, dans les livres célèbres ou célébrés, parmi les paroles humaines convoquées au grand banquet des opinions délébiles: n’y décèle-t-on pas cette sorte de paix blanche, de paix secrète et scintillante qui est celle d’après l’orage? Or il est des orages ignorés, au cœur du silence, qui ne font aucun bruit – j’évoque aussi le calme des pensées et des mœurs, l’absence d’ambition vulgaire, les chatoiements discrets, les rêveries précises et délicates, les propositions sans cri, l’ironie simple – mais aussi les ombres étranges et douces, les eaux qui dorment, les choses sombres, toute la menace sourde et perpétuelle de la vie; ces divinités des bois, les elfes furtifs, les fées malicieuses, peut-être dangereuses. M’attirent les coulisses, la porte dérobée, la cave ou le grenier, l’autre chemin, l’impasse apparente qui soudain, ou lentement, se révèle passage ou traversée. (p. 12-13)

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ÉVÉNEMENTIEL D’AOÛT 2018

Chers amis, cher lecteurs,

Nous n’avons pas d’évènements à annoncer a priori. Un addendum suivra peut-être. En attendant, et pour vous souhaiter un beau mois d’août, nous diffusons ce clip musical, réalisé en URSS en 1969 sur une chanson de l’artiste nanaï (sibérien), Kola Beldy (1929-1993). Les paroles ne sont guère passionnantes, mais la réalisation vaut son pesant de caviar. On y voit notamment la Mer Noire, ainsi que les traditionnelles Lada.

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Вспоминаю тебя, сестричка, Ханина-ранина,
Когда рыбку бью в реке, Ханина-ранина.
Помню я, как сердце мое, Ханина-ранина,
Трепетало, как рыбка на остроге, Ханина-ранина.
Хотел бы тебе лодку рыбы самой вкусной набить, Ханина-ранина…

Traduction :
Je me souviens de toi, ma soeur, Hanina Ranina,
Quand j’attrape le poisson dans la rivière, Hanina Ranina
Je me souviens comment mon coeur, Hanina Ranina
tremblait comme un poisson sur un pic, Hanina Ranina
J’aimerais t’attraper un bateau de délicieux poissons, Hanina Ranina…

 

 

« CE LIEU SERA NOTRE FEU », PASCAL MORA, éditions Unicité, 2018, Itzpapalotl, série mexicaine, 9.

  Ce mois-ci nous ne faisons pas appel à notre amie Claudine Sigler, animatrice principale de la rubrique mexicaine « Itzpapalotl », dont nous avons chroniqué le dernier recueil ce mois-ci (cf. plus bas, ou plus haut). En revanche nous citons Pascal Mora, un autre ami, poète et animateur du Café Poésie de Meaux, régulièrement évoqué sur le blog. Pascal a publié il y a quelques mois un troisième livre, dont nous parlerons dans le prochain Diérèse (comme toujours, l’article sera relayé sur PAGE PAYSAGE). Laissons lui donc la parole, à travers ces quelques vers qui évoquent fort justement le Mexique.

Notre critique du recueil « Paroles des forêts ».

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Tenoch, le grand prêtre mexica fit un rêve.
Le dieu de la guerre, Huitzipochtli,
Commandait à son peuple d’explorer
Tous les territoires de l’est.

De construire une cité
Au lieu où ils apercevraient
L’aigle dressé sur un nopal
Dévorant un serpent, les ailes déployées.
Tenochtitlan, la cité de Tenoch
Fut édifiée sur le lac Texcoco
Oracle, ouragan, volcan, séisme.

En tout lieu sera notre feu,
La ville épouse un lieu, son dieu symbole.
Amsterdam, ville du barrage.
Paris sur l’île, Paris la colline
Jérusalem, les cités versées côte à côte.
Lisbonne, le fleuve et l’océan
Rome des sept collines
Istanbul, pont passeur de continents. (page 25)

 

 

 

JACQUES LUCCHESI PARLE DU « BESTIAIRE » (mon propre travail, 5)

 

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Jacques Lucchesi, qui dirige la maison d’édition marseillaise « Port d’attache », et qui écrit de forts beaux poèmes, vient de signer la première chronique consacrée à mon petit « Bestiaire ». Si vous suivez bien, chers lecteurs, j’ai déjà parlé du « Port d’attache » dans un précédent « Blogorama »…

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   Dans son étude sur « Les Chants de Maldoror », Gaston Bachelard soulignait le caractère visqueux du bestiaire ducassien. On peut se demander ce que le vieux philosophe rationaliste aurait pu écrire sur le recueil d’Etienne Ruhaud, simplement titré « Bestiaire ». Car les créatures imaginaires qu’il offre à notre réflexion sont aussi – à l’exception des Centaures – de celles qui rampent et affectionnent l’élément Eau. Voici, par exemple, les biens nommés Ouranis, sortes de « nénuphars colorés qui éclairent la nuit océane », ce qui serait une très jolie chose s’ils n’étaient dotés d’une voracité à toute épreuve. Ou ces Larves dont « les œufs microscopiques forment une vague jaunâtre». Il y a aussi les Caloplans qui adhèrent irrésistiblement aux murs de votre salle de bain. Ou – pire encore – les Truffes, « cônes translucides » qui colonisent les estomacs. Mieux vaut arrêter ici la description de cet univers glauque et inquiétant dont la noirceur et l’humour froid ne sont pas sans rappeler les plus belles pages de Lovecraft. Car Etienne Ruhaud se révèle être un orfèvre du verbe. Il excelle dans la description minutieuse et érudite de ces créatures fantastiques qui semblent tout droit sorties de ses cauchemars d’enfant. On ne peut quitter qu’à la dernière page ce recueil sitôt qu’on l’a ouvert. Ce qui est d’autant plus aisé que l’ensemble ne fait, en tout et pour tout, que treize petites pages. Quelle frustration ! C’est dire que l’on attend impatiemment une suite.

L’article sur le blog des éditions du Port d’Attache (cliquer sur le lien)

Notre blogorama autour des éditions associatives du Port d’Attache

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