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Archives de l'année 2018

LES GNATHES (création personnelle, 10)

LES GNATHES

 

Des insectes échassiers, hauts de trois mètres, perchés sur des pattes noires et poilues.

Le corps évoque une tique avec des antennes et de fortes mandibules : une boule rouge plantée d’yeux immobiles.

   Les femelles pondent des œufs bruns de la taille d’un ballon de basket, sur le fumier ou près d’une source de chaleur. Les habitants disposent des barbelés autour des fours à pain, des élevages, ou parsèment une poudre répulsive pour ne pas avoir de nids.

   A priori, les gnathes paraissent inoffensifs, sinon utiles, puisqu’ils se nourrissent des bêtes crevées, nettoyant la campagne des charognes. Leur mauvaise réputation tient à leur consommation de cadavres. Franchissant l’enceinte des cimetières, les gnathes déterrent les cercueils et dévorent les défunts encore frais, aspirent tripes, moelle et cervelle dans un sinistre bruit de broiement et de succion. Au lendemain, les nécropoles ressemblent à des ossuaires répandus, des tranchées.

   Rien n’y fait : ni hauts murs, ni gardiens, ni poison.

   Jaunes, oblongues, les déjections à goût de mort engraissent champs et prés, fertilisent la terre.

« LE SUCRE DU SACRE », PATRICE MALTAVERNE, éditions Henry, collection « La main aux poètes », Montreuil-sur-Mer, 2017 (article paru dans « Diérèse » 73, été 2018).

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   Évoquer son mariage en poésie. La chose semble peu banale. Patrice Maltaverne l’a faite, décrivant étape par étape sa propre union, depuis « La demande en mariage », jusqu’au « Voyage de noces ». Composé de quarante petits chapitres de deux pages chacun, Le sucre du sacre forme ainsi un bref roman poétique, ou plutôt un « récit poétique », pour reprendre les termes de Jean-Yves Tadié1 ; un livre inclassable, à mi-chemin entre un lyrisme total, profond, et une trivialité soigneusement voulue. Le lecteur suit, enchanté, le périple de l’auteur-narrateur, qui décrit minutieusement les aspects les plus anodins, les plus bassement matériels de l’organisation. Ainsi du poème « Les cartons », où l’on découvre, amusé, comment les deux promis se sont échinés à concevoir des invitations : Ah j’oubliais les cartons. Les cartons d’invitation. C’est encore de l’écriture pour s’abrutir l’esprit déjà endimanché (…) L’objet se présente comme une feuille de papier épais sur laquelle suer des guirlandes de lettres bleues. (page 15). Associant lyrisme et prosaïsme, Patrice Maltaverne adopte un ton unique, très singulier, bigarré, mélange de niveaux de langage, de discours. Des références érudites, classiques, apparaissent parfois, à côté d’allusions à la culture populaire, tel cet Obélix dont le nom est repris sur le quatrième de couverture : Dans une montgolfière bicolore comme la robe d’Obélix en apesanteur sur un fleuve n’inondant jamais nos lits. Comme si on ne pouvait, ou devait parler de soi, de ce moment unique du mariage, qu’avec détachement, humour, et non de façon empesée. Une forme de drôlerie, d’incongruité, jaillit en effet, et brise la solennité écrasante du moment, permet de respirer. Une forme de tendresse, aussi, de romantisme, même, pourrait-on dire, transpire en filigrane : Et vous pouvez toujours partir à la recherche de nos bagues. Elles ont déjà comprimé nos cœurs c’est normal qu’ils éclatent (p. 59). Quelquefois, d’incroyables images, métaphores, surgissent, au milieu des phrases, autant d’éclats, de fulgurances : La blancheur sort vite des ces corps en lumière (p. 46). Poète, mais aussi éditeur, blogueur, revuiste et critique, créateur et animateur du fanzine Traction-Brabant, le Lorrain Patrice Maltaverne signe là une courte autobiographie pleine de vigueur, profondément singulière.

1 Le récit poétique, Jean-Yves Tadié, Gallimard, Paris, 1978.

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11 NOVEMBRE 2018

1914

  Sur le monument aux morts de Quinsac, en Gironde, le sculpteur Gaston Schnegg (1866-1953), représente le visage de son fils Pierre, mort à vingt-et-un ans pendant l’offensive du Chemin aux Dames, et dont le corps ne sera jamais retrouvé.

SURRÉALISTES 28: « LE TEMPLE » DE PAUL DELVAUX (1897-1994)

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« HABILLÉ COMME TU ES » (EDOUARDO PISANI)

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   Il y a quelques temps, je changeai ma photo de profil Facebook. S’amusant de ma pose, de mon nœud-papillon, le chanteur franco-napolitain Eduardo Pisani, alias Edouardo, me composa un petit poème, comme un blason. L’homme, dont j’ai déjà parlé sur le blog, a connu la célébrité, notamment grâce à son morceau Je t’aime le lundi. Laissons-lui donc la parole!

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Habillé Comme Tu es…

Habillé
Comme
Tu es,
On dirait
Que tu vas
À l’enterrement
De Prévert
Ou à celui
De Guitry.
N’as-tu
Pas vu
Qu’il y a
Du rose
Dans le ciel
Ce matin ?

Eduardo Pisani

Lien vers le blog d’Edouardo, « Les poèmes tout nus ».

 

ÉVÉNEMENTIEL DE NOVEMBRE 2018

Chers amis, chers lecteurs,

Vous aurez probablement constaté que je n’ai pas publié la totalité des articles prévus le mois dernier. Il serait long, et peut-être vain, d’en expliquer les diverses raisons.

  Comme je l’ai annoncé dans le vlog (cf. précédent billet), je lirai donc des textes lors de la soirée « Acharniste » du 9 novembre (20h30 à la Cantada II, rue Moret, Paris XI), en compagnie d’Yves Gaudin, de Léonel Houssam et de Patrick Mosconi notamment. Et je viendrai au salon de la revue le 10, soit le lendemain, après 18h (espace des Blancs-Manteaux, rue Vieille du Temple, Paris IV, station Saint-Paul). Enfin, je serai de retour à la Cantada II le jeudi 22 septembre à partir de 20h30 pour lire d’autres textes, en compagnie de Lord Mandrake, alias Marc-Louis Questin, organisateur du Cénacle du Cygne, soirée plurielle. Tout est indiqué dans la vidéo (en précisant que le 9 novembre tombe un vendredi, et non un jeudi, comme j’ai pu le dire). Pour me contacter: er10@tutanota.com ou er10@hotmail.fr

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      Signalons également le traditionnel Café poésie de Meaux, organisé par mon ami Pascal Mora. Tout est indiqué ci-dessous (sur l’affiche). Hélas, exerçant une activité salariée, je ne pourrai être présent.

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   Signalons enfin deux parutions en revue. La première est un article de mon cru, consacré à la rue Philidor, paru dans le journal local L’ami du 20ème, disponible en kiosque et dans les paroisses. La seconde parution sera disponible vers le 27 novembre, dans Diérèse. Il s’agit d’articles critiques et de mini-biographies autour du Père-Lachaise. J’y évoque notamment le dernier livre de Denis Montebello, celui de Pascal Mora (cf. ci-dessus), et un ouvrage de Jacques Cauda. Chacun de ces textes sera reproduit ci-dessus avec l’aimable autorisation de Daniel Martinez, animateur du périodique. Hélas je ne dispose pas d’une photo de couverture en format image. Je partagerai un visuel lors de l’événementiel de décembre si tout va bien. Pour commander le numéro 74; envoyez un chèque de 18 euros à l’ordre de Daniel Martinez (8 avenue Hoche, 77380 Ozoir-la-Ferrière).

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VLOG 2: ACTUALITÉ DU BLOG, RENCONTRES, LECTURE DU « BESTIAIRE » (ÉVÉNEMENTIEL DE NOVEMBRE, 1)

ATTENTION! Une erreur s’est glissée dans la vidéo. Contrairement à ce qui est annoncé, le 9 novembre tombe un vendredi, et non un jeudi.

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« POÈMES PRÉHISTORIQUES », OLIVIER MASSÉ, L’HARMATTAN, 2013 (article paru dans « Diérèse » 73, été 2018). 

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   Imaginer la vie à l’âge de pierre : la chose a déjà été tentée dans le champ romanesque et cinématographique, mais probablement jamais en poésie. Chroniqueur régulier pour Diérèse, l’Aquitain Olivier Massé s’y est essayé. À l’instar de Rosny Ainé dans La Guerre du feu, l’auteur se met ainsi dans la peau d’un homme des cavernes. Divisé en trois parties (« En plaine et en forêt », « Dans la caverne » et « La tribu »), ce bref volume semble plutôt bien documenté, puisqu’il retrace avec force détails ce que devait être la vie quotidienne d’un chasseur-cueilleur. O. Massé, fasciné par l’art pariétal périgourdin, connaît manifestement bien une période qu’il décrit avec précision, par étapes : depuis la chasse, dépeinte notamment dans « Les Bisons », jusqu’aux rites propres au groupe, à travers un poème tel « La danse » : La nuit tombe à peine/C’est que nous n’avons pas/Assez dansé (p. 51). S’il ne détaille pas les rites religieux (la chose étant impossible, puisque la spiritualité de ce temps nous demeure inconnue), O. Massé donne corps à un mystérieux « chaman », dans la pièce du même nom : Un cheval fou traverse mon esprit/Quelques mots ont ouvert la porte de l’enclos/L’espace inconnu/Et maintenant dans la plaine/Mille bruits de sabot (p. 32-33). Comme dans chaque croyance primitive, les animaux dessinés sur les parois de la grotte occupent une place centrale, et incarnent chacun une fonction, dans le panthéisme abrupt de la tribu : Au centre du mur deux rennes face à face/Aucun ne leur ressemble/Bisons chevaux cerfs et taureaux/Tournent autour/Force et beauté face à face/Face contre face/Avec tendresse. Il en va de même des éléments naturels : l’herbe, le feu, l’eau s’intègrent à ce paganisme archaïque, à la force du ciel (p. 27). Pour autant, O. Massé ne compose pas là un pur ouvrage documentaire, aride et froid, mais bien un recueil poétique, inspiré et vivant. Ainsi le rapport aux animaux, souvent empreint de violence (car il s’agit bien de chasser, de tuer pour la viande), est-il parfois mêlé de fascination, voire de tendresse. En harmonie avec un monde enchanté, divin, l’homme préhistorique-créateur, imitateur mais aussi démiurge, fait partie du Tout, ne paraît pas dissocié du milieu naturel, de la steppe. Un fort lyrisme, apparaît ainsi tout au fil des pages, tantôt joyeux, tantôt mélancolique, notamment lorsque sont évoqués les oiseaux du désastre (p. 49).

   Écrits en vers libres, brefs et sobres, savamment rythmés, ces Poèmes préhistoriques ne constituent pas seulement une curiosité, un hapax littéraire, mais bien un ensemble cohérent, émouvant ; et qui nous plonge dans l’esprit et le corps de nos lointains ancêtres, quelque part, très loin.

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SURRÉALISTES 27: « ELEGY FOR THE OLD SOUTH », CLARENCE JOHN LAUGHLIN (1905-1985), ÉTATS-UNIS.

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