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« LES ROSTRES » (création personnelle 9)

LES ROSTRES

Des orgues basaltiques très hauts, rigoureusement identiques et impeccablement hexagonaux, comme un miracle de la Nature, au bord d’une mer opaque, algueuse, sous la falaise noire.

   De loin, on dirait de simples rochers, une excroissance de cailloux phalliques, la sculpture d’un illuminé. Juste de la pierre façonnée on ne sait comment, ni pourquoi. Et pourtant ça vit. Lors des fortes marées, l’orifice noir, recouvert de vase, situé au sommet, s’ouvre sous l’eau. Une langue visqueuse et rouge en sort ; un mollusque immense, conique, muni d’une bouche dentelée, recouvert d’une membrane cartilagineuse, et qui engloutit les poissons, les méduses ou les tortues, ruminés puis recrachés en excréments filandreux, à la surface. Plusieurs pêcheurs, ou plongeurs imprudents, y ont laissé la vie, avalés par le rostre centenaire.

UN COMMENTAIRE AUTOUR DE « DISPARAÎTRE » PAR NADINE GRANDEAU SUR AMAZON (mon propre travail, 6)

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   C’est à l’occasion du Salon des éditeurs indépendants du quartier latin, au lycée Henri IV, que j’ai rencontré Etienne Ruhaud et acheté son livre Disparaître que j’ai commencé de lire aussitôt, sans pouvoir le lâcher. Récit court, incroyablement prenant, presque comme un polar, où un homme perd son emploi à La Poste, donc son logement…On comprend qu’il n’était pas assez productif, compétitif, disons formaté. Il va passer à côté de quelques occasions de s’en sortir, mais né sous une mauvaise étoile (j’ai pensé au film de Rohmer Le Signe du Lion), le destin le rattrapera.
Etienne Ruhaud a un style bien à lui, il décrit la banlieue parisienne, dans une grisaille froide, celle du cœur du personnage qui n’est pas suicidaire, mais lucide. La fin est étonnante et laisse longtemps une mélancolie chez le lecteur. Tout est si précis. On le cherche, mais il disparaît. L’auteur laisse une possibilité au lecteur d’imaginer la suite. Un très beau livre, 112 pages de vraie littérature et une préface de Dominique Noguez.

Lien vers le site Amazon

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« LA LLORONA », Itzpapalotl, série mexicaine, 10 (par Claudine Sigler)

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La Llorona (La Pleureuse) est une célèbre chanson traditionnelle mexicaine de la fin du 19ème siècle (ou du début du 20 ème), dont l’auteur est inconnu.

   Elle est inspirée de la légende de La Llorona dont voici une version populaire : au milieu du XVIème siècle, les habitants de l’ancienne Tenochtitlan fermaient portes et fenêtres, et toutes les nuits certains se réveillaient au son des pleurs d’une femme qui déambulait dans les rues.
Durant les nuits de pleine lune, certains disaient que la lumière permettait de voir que les rues se remplissaient d’un brouillard épais au ras du sol. Ils voyaient aussi une femme, vêtue de blanc et le visage recouvert d’un voile, parcourant les rues à pas lents dans toutes les directions de la ville. Mais elle s’arrêtait toujours sur la grand place pour s’agenouiller et lever son visage vers l’est, puis elle se levait et reprenait sa route. Arrivée sur la rive du lac de Texcoco, elle disparaissait. Peu se risquaient à s’approcher de la manifestation spectrale, car ils apprenaient alors des révélations effrayantes, ou mouraient.

   La notoriété de La Llorona est très grande dans tout le Mexique (ainsi qu’au sud-ouest des États-Unis où réside une forte population de culture hispanique et latino-américaine). Il en existe de nombreuses interprétations, souvent très longues car il y a beaucoup de couplets, et les chanteurs ne choisissent pas toujours les mêmes, et parfois en inventent.
Ici, nous avons privilégié la version la plus simple, chantée par Joan Baez, où l’on retrouve les paroles les plus connues. Ce n’est pas la plus grandiose, ni la plus pittoresque, mais c’est celle qui dégage le mieux, nous semble-t-il, la mélancolie intense qui étreint le cœur:


Et en voici les paroles (en partie) :

La llorona

Todos me dicen el negro, llorona
Negro pero cariñoso
Yo soy como el chile verde, llorona
Picante pero sabroso,

Ay de mí, llorona
Llorona, tú eres mi chunca
Ay de mí, llorona
Llorona, tú eres mi chunca

Me quitarán de quererte, llorona
Pero de olvidarte nunca

Salías del templo un día, llorona
Cuando al pasar yo te ví
Hermoso huipil llevabas, llorona
Que la virgen te creí (…)

Ay de mi llorona, llorona,
Llorona de azul celeste
Ay de mi llorona, llorona,
Llorona de azul celeste

Aunque me cueste la vida, llorona,
No dejaré de quererte .

Traduction (par Claudine Sigler) :

La Pleureuse

On m’appelle le Noir, pleureuse,
Noir, mais tendre,
Je suis comme le piment vert, pleureuse,
Piquant mais savoureux,

Pauvre de moi, pleureuse,
Pleureuse, tu es mon tourment
Pauvre de moi, pleureuse
Pleureuse, tu es mon tourment.

On m’empêchera de t’aimer, pleureuse,
Mais jamais de t’oublier .

Un jour, tu sortais du temple, pleureuse,
Quand je t’ai vue passer
Tu portais un beau huipil,
Et j’ai cru que tu étais la Vierge ( …)

Pauvre de moi, pleureuse,
Pleureuse d’azur céleste
Pauvre de moi, pleureuse,
Pleureuse d’azur céleste

M’en coûterait-il la vie, pleureuse,
Je ne cesserai pas de t’aimer.
La Llorona (Chocani) est également chantée en langue nahuatl , En voici quelques vers (en brun):

Nochti nechlilbia tlilictzin, chocani,
tlilictzin pero te tlazohtla.
On m’appelle le Noir, pleureuse,
Noir, mais tendre,

Ne quemin chili celictzin, chocani,
cogoctzin pero huelictzin.
Je suis comme le piment vert, pleureuse,
Piquant mais savoureux,
(…)

¡Ay no chocani!
xihuitic quen ilhuicac.
Pauvre de moi, pleureuse,
Pleureuse d’azur céleste

Masqui no nemiliz nicpoloz, chocani,
saicsemi ni mitztlasohtlaz.
M’en coûterait-il la vie, pleureuse,
Je ne cesserai pas de t’aimer.

« TANT À L’ÉTOILE QU’AU COMPAS » (Hommage à Claude Courtot), par Jean-Claude Silbermann.

   Nous reproduisons ci-dessous un texte de Jean-Claude Silbermann, qui fut l’ami de Claude Courtot, récemment disparu, et inhumé au Père-Lachaise, comme nous l’avons signalé dans un précédent billet. L’hommage à d’abord été publié sur le blog de Daniel Martinez, créateur et rédacteur en chef de la revue Diérèse, dans laquelle nous intervenons régulièrement:

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Illustration de couverture: Jean-Claude Silbermann.

   Le Claude Courtot vient d’appareiller. Il s’éloigne de la côte toutes voiles déployées. Il mouillera au large, car il est aujourd’hui interdit d’accoster à la voile dans les ports — et l’élégance de sa coque et de ses œuvres vives exclut qu’il puisse être doté d’un de ces moteurs auxiliaires qui carburent à l’au-delà. C’est un trois-mâts : sur le mât de misaine est gravé au couteau le mot « liberté », sur le grand mât amour, et sur le mât d’artimon « poésie ». Ce n’est pas un corsaire accrédité par le roi, ni un pirate exclusivement préoccupé de rapines, — et ce n’est pas davantage un yacht de milliardaire. Il navigue de lui-même le Claude Courtot : ordres et injonctions lui viennent de la vague profonde de la mer. Il aime le vent et du vent se moque et le défie. Il lui est arrivé d’aborder aussi bien dans une baie introuvable du fleuve Amazone que sur les quais de Rome où, comme chacun sait, les bars à matelots autour de la fontaine de Trévise précipitent le jour dans la nuit et la nuit dans le jour.
Des hommes de pont aux maîtres voiliers et aux timoniers qui maintiennent le cap et se relaient, il est servi par un équipage nombreux mais sans commandant ni capitaine. André B. est préposé au traçage des routes de navigation, Alphonse de C., Jean-Jacques R., Robert S., ou encore Victor S. et Hubert R… sont maîtres de voiles (un grand bâtiment comme celui-ci demande un équipage choisi et compétent) ; Jean S. en est le bosco (ou maître de manœuvre) ; Benjamin Perret est à la barre, il assure presque toujours le quart de nuit, relayé parfois par Arthur Rimbaud et par Gérard de Nerval ; Jean B., Jorge C., Jean-Marc D., Jérôme D., Gilles G., Gérard R., moi-même et bien d’autres sans doute, en sont les gabiers préposés aux manœuvres de la toile et des ancres et à l’entretien des gréements.
Les ordres et messages venus du fond imposent des parcours inavouables et des chemins impratiqués. Ce qui motive ces directives est obscur et ne se réduit pas au goût de l’aventure, ni même à la simple fonction navigatrice propre à ce type de bâtiment. On pourrait croire que seul le caprice des profondeurs dirige ses appareillages. Mais qu‘elle est l’origine ou la raison d’être d’un tel caprice ? Cette très ancienne vague est issue, il me semble, du grand désir : celui qui conduit la nature, qui jaillit de la mort, qui émerge du néant originel. Ainsi, les bouleversantes demoiselles de hasard gouvernent, pour une part, le Claude Courtot. Elles nagent nues devant sa proue et basculent derrière l’horizon, ou bien elles grimpent dans ses vergues, se faufilent sans pudeur dans son gréement et sont saisies par les nuages au sommet de ses mâts. Pour le reste, pour tout le reste, n’oublions pas que lorsque le caprice se fait nécessité le Claude Courtot est aussi un navire de bataille. Soutenue par son équipage, sa manœuvre, tant à l’étoile qu’au compas, sa manœuvre violente, est dictée par le combat qu’il mène contre tout ce qui, au nom du profit, au nom des honneurs, au nom de Dieu et de l’ordre, ou simplement par résignation, domine les mers presque sans partage aujourd’hui pour faire échec à la liberté, à l’amour, à la poésie.

Le texte de Jean-Claude Silbermann sur le blog de Daniel Martinez

Notre notice nécrologique autour de Claude Courtot.

 

BLOGORAMA 36: « JOURNAL POUR GOUDRON, GRUMES, VOIX », PAR JEAN-BAPTISTE HAPPE

     Le jeune poète Jean-Baptiste Happe (une trentaine d’années, d’après les quelques informations glanées sur son blog), nous fait l’honneur de présenter son site. Vidéaste, photographe, auteur, l’homme a créé un blog fort intéressant, proche du vlog littéraire. Laissons lui donc la parole, en ces premiers jours d’automne.

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    Il s’agit de certains de mes textes mis en voix et intégrés à des vidéos (une soixantaine à ce jour). Commencé en septembre 2016, ce blog mêle textes écrits, textes lus et vidéos. La vidéo tient lieu d’accompagnement visuel, l’arrière-plan d’une errance sur des routes souvent forestières et perdues, parfois plus fréquentées. Elle berce la diction du texte, déroule son balancement comme la progression d’une recherche en cours, raccrochée à la ligne des routes, à la sève des grands résineux, aux variations des couleurs vertes, jaunes, bleues, grises. Il s’agit d’un journal, une chronique poétique. J’espère (j’aspire, je veux, je prie pour!), qu’un effet esthétique surgisse de la rencontre entre ces textes et les images ambivalentes d’une nature traversée, inatteignable. Ce blog fonctionne -classiquement- par propulsion de signaux lumineux dans fibre optique.

 

 

 

Journal pour goudron, grumes, voix (cliquer sur le lien)

« AMERIKA BLUES », LOUIS BERTHOLOM, EDITIONS SAUVAGES, Collection Askell, Quimper, 2008 (Article paru dans « Diérèse » 45, été 2009)

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   Poète, mais aussi chanteur, Louis Bertholom nous livre ici son neuvième recueil, sous forme d’hommage aux Etats-Unis, ou plutôt aux auteurs de la Contre culture d’Outre-Atlantique. Mêlant prose et vers-libres, Amérika blues convoque ainsi les figures tutélaires de Woody Guthrie (« Ta machine n’a pas fini de tuer les fascistes »), Bukowski (« Hank »), Janis Joplin (« L’hôtel de la zone morte »), et surtout Jack Kerouac, auquel est consacrée la deuxième et dernière partie du livre. Oscillant entre dégoût pour une « Amérique aveugle », raciste, destructrice, et admiration pour les artistes en marge ou les Indiens opprimés, l’auteur s’inscrit parfaitement dans la tradition Beatnik, héritière des Objectivistes, d’Allen Ginsberg, ou Gregory Corso, adeptes de la « poésie orale », loin de la « lourdeur de l’emphase » et des « ergoteries académiques ». L’écriture est ainsi hachée, mêlant extraits de discours, de chansons, de descriptions, dans une sorte de cut up assez limpide, assez direct.
Rythmé, puissant, imagé, Amerika blues fait l’éloge du voyage, des « hobos », ces SDF américains, contraints à l’errance par la crise de 1929, décrits par Steinbeck, puis par Guthrie et Dylan, et condamne les valeurs occidentales traditionnelles, l’éloignement de la Nature propre à nos sociétés industrielles. La tradition amérindienne, chamanique, se trouve ainsi valorisée : « Nous avons rompu la cohérence sacrée (…) Le chaman parle aux entités libres ». Contestataire, parfois violent, le livre laisse également transparaître un certain lyrisme, une certain bonheur, et d’être au monde, une façon de célébrer l’instant présent, le détail, à la manière du haïku, cher à Kerouac R. Brautigan, et à l’auteur lui-même : « Montréal couvre un murmure/d’hiver blanc,/érables, cèdres rouges et jaunes/déroulent leurs dernières vapeurs automnales ». Parfois triste et désabusée, souvent joyeuse et enthousiaste, la plume de Louis Bertholom nous permet en tous cas d’explorer un autre continent, une sorte de face cachée, loin des clichés habituels.

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« LA PIERRE TURQUAISE » (Vlog 1, Etienne Ruhaud, association Myrtho)

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