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Accueil » Cauda Jacques » COMILÉDIE, JACQUES CAUDA, éditions TINBAD, PARIS, 2017 (note de lecture à paraître dans « Diérèse » 74, automne-hiver 2018)

COMILÉDIE, JACQUES CAUDA, éditions TINBAD, PARIS, 2017 (note de lecture à paraître dans « Diérèse » 74, automne-hiver 2018)

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   Deux fœtus dissertant de littérature et de Beaux-Arts dans le ventre de leur mère, peu avant l’accouchement : tel est le synopsis, le pitch de départ de ce volume foisonnant. Ancien réalisateur pour la télévision, Jacques Cauda semble ici pratiquer l’art du montage littéraire, superposant nombre de références, d’extraits, dans une sorte de maelstrom mêlant Joyce, Céline, ou encore Artaud et tant d’autres, issus des siècles précédents, plus ou moins célèbres. On songe naturellement aux Cantos, aux multiples palimpsestes d’Ezra Pound, un long poème mêlant des voix diverses, des troubadours à Li Bai, en passant par les créateurs américains contemporains : une sorte d’histoire de la lecture, donnant à découvrir nombre de textes, pour dessiner les contours d’une bibliothèque idéale. Admirateur de J.L. Godard, J. Cauda donnerait ainsi l’impression de partager une vaste culture, sans chercher nécessairement la cohérence, et en s’écartant du récit classique et en pratiquant le cut up.
Pour autant on ne saurait réduire Comilédie à son érudition, ni en faire une sorte d’ouvrage froid, écrit en jargon universitaire. Car le style de Cauda, précisément, fait fi de la logique, ou plutôt danse sur un air de jazz, comme précisé sur le quatrième de couverture, où se trouvent conviés Albert Ayler ou encore Ornette Coleman. Tantôt en vers, tantôt en glossolalies, l’auteur s’amuse, juxtapose savamment langue polie et obscénités, à grand renfort de néologismes, d’allusions sexuelles ou scatologiques, avec une joyeuse indécence :
les deux pôles
les deux trous
les deux couilles
les deux genres
les deux yeux
les deux seins
les deux mains (p. 132).

   L’érotisme devient vite franche pornographie, conte drolatique délibérément épais, rabelaisien, dans le style d’Oobèse, récit coquin (Z4 éditions, Paris, 2018). Surpris, parfois perdu, le lecteur est pris à témoin dans plusieurs notes de bas de page, remarques qui, loin d’éclairer le sens, paraissent encore l’opacifier, puisque tout échappe à l’enchainement narratif classique.
Comment, donc, considérer ce singulier écrit, que Philippe Sollers refusa dans les années 90? Classé dans la catégorie « roman » par Guillaume Basquin, directeur des jeunes éditions Tinbad, cette folie littéraire tient à la fois de la poésie, de l’essai, des la farce, de l’épopée burlesque, et aussi du livre d’art. Également peintre, Jacques Cauda, outre quelques partitions, insère directement ses propres toiles dans l’imprimé, tout en se jouant de la typographie. C’est dire la richesse, la polyphonie de cette bizarre, et parfois déconcertante, Comilédie, hapax de papier.


4 commentaires

  1. MARTA Monique dit :

    Ca a l’air bien, Etienne.

    Aimé par 1 personne

  2. Très bel article qui donne envie. Bravo. C’est noté. Merci Etienne !

    Aimé par 1 personne

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