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Archives Mensuelles: juin 2018

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« DISPARAÎTRE » PAR PATRICE MALTAVERNE (mon propre travail, 4).

   Poète, mais aussi blogueur, critique et éditeur (Le Citron Gare), le messin Patrice Maltaverne nous a gratifié, voici cinq ans, d’un très bel article autour de mon premier, et unique roman, Disparaître, sur le blog « Poésiechroniquetamalle ». Nous aurons l’occasion de reparler de cet auteur très actif sur le Net et ailleurs. Merci à lui!

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   Comment s’en sortir quand on est célibataire, que l’on vient de perdre son emploi, même précaire, et que l’on vit seul en région parisienne ? Renaud est le personnage principal du premier roman d’Etienne Ruhaud, qui se trouve confronté à cette problématique du pire.

   Si cela continue comme ça, d’ailleurs, nous allons assister à la naissance d’un nouveau genre littéraire, comme une sorte de roman d’apprentissage à l’envers. La faute à notre société et surtout à ses décideurs, qui savent très bien s’occuper de la jeunesse, en pensant d’abord à eux-mêmes ! Ainsi, sans le vouloir, « Disparaître » peut être vu comme une oeuvre engagée dans une dénonciation, même a minima, de ces ravages sociaux.

   Ici, la réponse à la question de la survie en milieu urbain tient dans un seul mot : disparaître, qui donne le titre du roman.

   Mais je ne peux vous en révéler davantage, auquel cas ce texte n’aurait plus de mystère pour vous.

   J’ai en tout cas beaucoup aimé « Disparaître » pour plusieurs raisons : d’abord, l’excellente connaissance et description des paysages urbains, qui ne se limitent pas aux seuls immeubles et rues qui les desservent, mais également à moult friches industrielles ou immobilières situées au milieu de nulle part…

   Ensuite, l’auteur sait très bien rendre la solitude en milieu urbain, quelque chose de profondément déshumanisé, où seules les pensées ont encore une consistance humaine.

   Enfin, le style de l’auteur, qui reste dans la retenue, ajoute encore à la crédibilité du chemin de croix de Renaud.

   Ainsi, « Disparaître » constitue une description fidèle des conditions de vie d’aujourd’hui, entre réussite scolaire et faillite sociale, à laquelle est trop souvent destinée notre génération perdue.

   Pour en savoir plus sur ce livre, vendu au prix de 13 €, vous pouvez vous renseigner sur le site de son nouvel éditeur basé dans la région parisienne, Unicité, http://www.editions-unicite.com/, dont le mail est editionsunicite@laposte.net

L’article sur le blog de Patrice Maltaverne (cliquer sur le lien)

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ROSARIO CASTELLANOS (1925-1974) ITZPAPALOTL, série mexicaine, 8.

   Née à Mexico, mais issue d’une famille originaire du Chiapas, région où elle a passé une partie de son enfance et à laquelle elle se réfère tout au long de son oeuvre, Rosario Castellanos (1925-1974) est un écrivain majeur de la littérature mexicaine du vingtième siècle. Elle a écrit des romans, des pièces de théâtre, des essais, des contes et de la poésie.

   Diplômée de philosophie, profondément engagée et féministe, elle a lutté, dans toute son œuvre, à la fois pour les droits des populations amérindiennes, et pour la cause des femmes, face à une société mexicaine encore archaïque, même dans les milieux intellectuels. Titulaire de postes prestigieux dans des universités et des organismes d’état, puis liée à la vie diplomatique de son pays, elle a terminé sa courte vie (elle est morte à 49 ans, victime d’un accident domestique) comme ambassadeur du Mexique en Israel.

   Sa vie personnelle fut assez tourmentée : dépressive , elle a connu plusieurs fausses couches, et vécu une très longue relation chaotique et douloureuse avec son mari, le philosophe Ricardo Guerra* (comme nous pouvons en juger par le beau texte ci-dessous) :

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Ajedrez

Porque éramos amigos y, a ratos,
nos amábamos;
quizá para añadir otro interés
a los muchos que ya nos obligaban
decidimos jugar juegos de inteligencia.

Pusimos un tablero enfrente de nosotros:
equitativo en piezas, en valores,
en posibilidad de movimientos.
Aprendimos las reglas, les juramos respeto
y empezó la partida.

Henos aquí hace un siglo, sentados,
meditando encarnizadamente
cómo dar el zarpazo último que aniquile
de modo inapelable y, para siempre, al otro.

 

 

Jeu d’échecs

Parce que nous étions amis, et que par moments
nous nous aimions ;
Peut-être pour ajouter un interêt nouveau
A ceux, multiples, qui nous liaient déjà
Nous avons décidé de jouer à des jeux de stratégie.

Nous avons placé un échiquier entre nous
Avec, pour chacun, autant de pièces, équivalentes,
Et de possibilités de déplacements.
Nous avons appris les règles, avons juré de les suivre
et la partie a commencé.

Et nous voici, depuis une éternité, assis,
Calculant dans notre chair
Comment donner le coup ultime qui briserait
Sans appel, et pour toujours, l’autre.

(Présentation et traduction par Claudine Sigler)

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  • Un beau film de la réalisatrice mexicaine Natalia Beristain : Los Adioses (2017, sorti en France assez confidentiellement début mai 2018) relate partiellement la vie intellectuelle et affective de Rosario Castellanos.

BLOGORAMA 34: « L’ATELIER DU PASSAGE » DE FRÉDÉRIQUE GERMANAUD

   Ce 34ème BLOGORAMA accueille Frédérique Germanaud, auteure publiée par les magnifiques éditions de l’Escampette, notamment. Lectrice invétérée, cinéphile, Frédérique a répondu à notre appel Facebook, et nous honore donc de sa présence. Laissons-lui la parole!

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   Créé il y a environ cinq ans, mon blog, l’Atelier du passage est à fonctionnement très libre et très personnel : de périodicité variable, au gré du temps disponible et de mes envies, il n’a d’autre objectif que de partager mes coups de cœur littéraires, en privilégiant les livres peu médiatisés et pour lesquels j’espère gagner quelques lecteurs.
Depuis 6 mois, Marcelline Roux participe à la rédaction des chroniques. Le blog accueille aussi les Cent Jours avec Virginia, journal croisé de Marcelline Roux et de Virginia Woolf. Et puis le blog vient de se doter d’une toute nouvelle rubrique, intitulée J’entends des voix, qui donne la parole aux auteurs. Elle est inaugurée par un entretien avec Jacky Essirard.

   

Lien vers l’Atelier du Passage (cliquer)

COMILÉDIE, JACQUES CAUDA, éditions TINBAD, PARIS, 2017 (note de lecture à paraître dans « Diérèse » 74, automne-hiver 2018)

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   Deux fœtus dissertant de littérature et de Beaux-Arts dans le ventre de leur mère, peu avant l’accouchement : tel est le synopsis, le pitch de départ de ce volume foisonnant. Ancien réalisateur pour la télévision, Jacques Cauda semble ici pratiquer l’art du montage littéraire, superposant nombre de références, d’extraits, dans une sorte de maelstrom mêlant Joyce, Céline, ou encore Artaud et tant d’autres, issus des siècles précédents, plus ou moins célèbres. On songe naturellement aux Cantos, aux multiples palimpsestes d’Ezra Pound, un long poème mêlant des voix diverses, des troubadours à Li Bai, en passant par les créateurs américains contemporains : une sorte d’histoire de la lecture, donnant à découvrir nombre de textes, pour dessiner les contours d’une bibliothèque idéale. Admirateur de J.L. Godard, J. Cauda donnerait ainsi l’impression de partager une vaste culture, sans chercher nécessairement la cohérence, et en s’écartant du récit classique et en pratiquant le cut up.
Pour autant on ne saurait réduire Comilédie à son érudition, ni en faire une sorte d’ouvrage froid, écrit en jargon universitaire. Car le style de Cauda, précisément, fait fi de la logique, ou plutôt danse sur un air de jazz, comme précisé sur le quatrième de couverture, où se trouvent conviés Albert Ayler ou encore Ornette Coleman. Tantôt en vers, tantôt en glossolalies, l’auteur s’amuse, juxtapose savamment langue polie et obscénités, à grand renfort de néologismes, d’allusions sexuelles ou scatologiques, avec une joyeuse indécence :
les deux pôles
les deux trous
les deux couilles
les deux genres
les deux yeux
les deux seins
les deux mains (p. 132).

   L’érotisme devient vite franche pornographie, conte drolatique délibérément épais, rabelaisien, dans le style d’Oobèse, récit coquin (Z4 éditions, Paris, 2018). Surpris, parfois perdu, le lecteur est pris à témoin dans plusieurs notes de bas de page, remarques qui, loin d’éclairer le sens, paraissent encore l’opacifier, puisque tout échappe à l’enchainement narratif classique.
Comment, donc, considérer ce singulier écrit, que Philippe Sollers refusa dans les années 90? Classé dans la catégorie « roman » par Guillaume Basquin, directeur des jeunes éditions Tinbad, cette folie littéraire tient à la fois de la poésie, de l’essai, des la farce, de l’épopée burlesque, et aussi du livre d’art. Également peintre, Jacques Cauda, outre quelques partitions, insère directement ses propres toiles dans l’imprimé, tout en se jouant de la typographie. C’est dire la richesse, la polyphonie de cette bizarre, et parfois déconcertante, Comilédie, hapax de papier.

MÉMOIRE DES POÈTES XXVII: JACQUES BARON (1905-1986), Cimetière du Père-Lachaise, DIVISION 93 (article à paraître dans « Diérèse » 74)

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   Surnommé le « Rimbaud du surréalisme » du fait de sa précocité, Jacques Baron naît à Paris le 21 février 1905, et passe son enfance à Nantes. Revenu dans la capitale vers 1920, il rencontre André Breton et Louis Aragon le 14 avril 1921 dans l’église Saint-Julien-le Pauvre, à l’occasion d’une sortie organisée par Dada. Il est alors accompagné de Roger Vitrac. En octobre de la même année, ses premiers poèmes paraissent dans Aventure, revue dirigée par Marcel Arland, René Crevel Georges Limbour, Vitrac et Max Morise. Rapidement, Baron entre dans le groupe surréaliste, et collabore aux différentes feuilles du mouvement, dont La Révolution surréaliste. Il n’a que dix-neuf ans quand parait son premier recueil, L’Allure poétique, vite salué par Aragon. Ayant rejoint, avec Péret, Breton, et Unik, le PCF en 1927, Baron se tourne vers le trotskisme après son exclusion du groupe le 11 mars 1929 : ulcéré par la personnalité fougueuse de Roger Vailland, et par un de ses articles rendant hommage au préfet de police Chiappe, le pape du surréalisme organisé une réunion autour du thème « Examen critique du sort fait récemment à Léon Trotzky » (sic), et en profite pour congédier Prévert, Man Ray, Yves Tanguy et tous les membres du Grand Jeu. Baron, qui collabore à La Critique sociale, revue fondée par Boris Souvarine, se lie d’amitié avec Georges Bataille.

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   Auteur de plusieurs articles pour la revue Minotaure, ayant réglé ses comptes avec Breton, l’homme poursuit une vie libre. Après s’être engagé dans la marine marchande, avoir parcouru le monde et œuvré comme journaliste radio, il reçoit une forme de consécration en recevant le prix des Deux-Magots, à trente ans seulement, pour son unique roman Charbon de mer, récit à travers lequel il imagine un autre destin pour Rimbaud, qui ne serait pas parti pour Le Harrar. Son intérêt pour les artistes ne faiblit pas, puisqu’il signe plusieurs articles consacrés à Picasso ou encore au sculpteur Jacques Lipchiz. Dans ses mémoires, parues en 1969 et intitulées L’An I du surréalisme, Baron revient sur sa relation avec Victor Serge, sur mai 68 et sur les principales figures du surréalisme, qu’il juge plus ou moins sévèrement. Décédé le 30 mars 1986, à l’âge de quatre-vingt-un ans, Jacques Baron repose désormais aux côtés de sa femme Odette, née Dreyfus, dentiste à Montmartre, sous l’austère caveau noir, un peu usé par le temps, « DREYFUS-BIBARD », qui ne comporte aucun signe religieux. Auteur de nombreux ouvrages, dont l’un est consacré, à l’instar des Tarahumaras d’Artaud, au peuple maya, Baron a en outre écrit une très belle Anthologie plastique du surréalisme, publiée par Philipacchi en 1980, ainsi que de très beaux recueils. Laissons-lui donc la parole :

Si comme on me l’a dit je dois changer de peau
Dans une autre vie
Je serais à vingt ans matelot au long cours
Et j’aimerais une femme qui ne m’aimerait
Peut-être pas
J’aurais du vague à l’âme pour la treizième fois

NB : Pour retrouver la tombe :
Jacques Baron est inhumé avec Odette Baron Dreyfus dans la concession 42CC1901
Compter deux lignes par rapport à la division 92, et vingt tombes par rapport à la division 94.

LES BOURDONS (création personnelle, 8)

LES BOURDONS

 

Énormes insectes, vibrations dans le Ciel.

   Strié d’épaisses soies jaunes et blanches, leur corps mesure environ un mètre cinquante. Les femelles sont plus petites que les mâles, et ont une tache rouge sur la tête. Ils volent avec un vrombissement caractéristique, assourdissant, pareil au b ruit d’un hélicoptère.

   Espèce endémique d’un archipel perdu, les bourdons butinent les grandes fleurs de lave à flanc de cratère, et disparaissent parfois sous l’éruption, étouffés par le soufre, avalés par la boue. Leur pauvre dépouille fossilisée réapparaît parfois des siècles après lors d’un glissement de terrain : pauvre cadavre décoloré, les ailes à jamais pétrifiées par la mort grise.

   Sanglé, sellé, l’animal fait la joie des enfants qui le montent, pour des promenades aériennes autour des volcans, par-dessus l’onde. Des circuits permettent aux jeunes touristes d’explorer les îles à dos de bourdon, des bouchons dans les oreilles et un casque sur la tête, par mesure de sécurité. Liés à la surexploitation, à la fatigue de la bête, les rares accidents recensés sont généralement mortels, et font toujours la une de la presse, sur le continent.

SURRÉALISTES 23: « CHAMBRE D’EAU », KOLJA TATIC (Serbie)

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