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Archives Mensuelles: février 2018

« L’AMI DU 20ème », 1. LA RUE MONTE-CRISTO.

Chers lecteurs,

  Sur « Page paysage », nous avons déjà évoqué L’ami du XXème, ce journal auquel il m’est arrivé de collaborer à plusieurs reprises ces deux dernières années, et qui évoque l’actualité de l’arrondissement. Théoriquement, en 2018, année déjà entamée, je devrais publier un article mensuel en évoquant des noms de rue. Une nouvelle chronique paraîtra donc régulièrement sur le blog, intitulée « L’ami du vingtième ».

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RUE MONTE-CRISTO (article paru en juin 2017)
Nombre d’entre nous ont lu Le Comte de Monte-Cristo, ou vu une adaptation filmique. À défaut, beaucoup ont eu la chance de contempler la célèbre île, et de visiter son château, au large de Marseille. Achevé en 1844, Auguste Maquet, le célèbre roman-fleuve, qui décrit les aventures de l’extravagant Edmond Dantès, de sa chute et de sa vengeance, sous Napoléon, demeure l’un des livres français les plus lus au monde.
Dans un précédent numéro, nous avons évoqué la rue Lucien Leuwen, qui emprunte son nom à un autre roman, cette fois signé Stendhal. Située non loin, la rue de Monte-Cristo doit elle aussi son appellation à une grande œuvre de fiction du XIXème siècle. Ouverte en 1889, et agrandie par la suite jusqu’à atteindre 213 mètres, la voie débouche très logiquement sur le boulevard Alexandre Dumas.

Site du journal « L’ami du 20ème ».

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BLOGORAMA 31: « ALTERATIO », LE BLOG DE JEAN-CLAUDE GOIRI

  Auteur né en 1967, autodidacte, créateur des éditions Tarmac et de la revue Festival Permanent des Mots, (cf. notre article sur le recueil de Thierry Radière publié chez Tarmac), le Nancéen et Basque Jean-Claude Goiri nous fait l’honneur de parler de son adresse « Alteratio », blog poétique. Laissons lui donc la parole, pour ce 31ème blogorama!

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ALTERATIO, j’écris pour que mon corps prenne moins de place.

  Aleratio, la part de l’autre, est un blog où j’inscris des textes qui peuvent se concevoir comme une forme de calcul démontrant quelle est la place que l’autre prend en moi, jusqu’à quel point peut-il intervenir et provoquer un changement, jusqu’ à quel endroit participe-t-il de mon être physique et mental.
  Ne connaissant pas la réponse, je tente de comprendre par l’écriture au moins le questionnement de l’autre, de décrire son intervention, de laisser voir son altération sur moi, de ne pas le garder au loin mais de le faire vivre en moi.
   Parce que l’écriture, pour moi, dessine des fissures longilignes propres à laisser passer une lumière aussi faible soit-elle. Ou au mieux, des failles dans lesquelles il faut pouvoir se mouvoir.
   Ainsi j’écris pour que mon corps prenne moins de place afin de me glisser partout et de devenir autre chose qu’un corps encombrant et malhabile, dépendant de ses besoins, afin de me faufiler dans toute ouverture ou dégradation à même de créer un être libre.
Tout cela finalement, devient une suite de binarités :
– L’autre et moi.
– Le corps et la créativité.
– Les deux versants d’une faille.
– Le codage informatique.
– La liberté et les besoins.

   Et je crois en la capacité libératrice et révolutionnaire de l’écriture, de l’art et de la philosophie.

   La liberté est un besoin.

« Alteratio », le blog de Jean-Claude Goiri (cliquer sur le lien)

MÉMOIRE DES POÈTES XXIII: LARS BO (1924-1999), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 86, COLUMBARIUM, case 18581 (article paru dans « Diérèse » 72, printemps 2018)

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   Né le 29 mai 1924 à Kolding, dans le Jutland, d’un père architecte et aquarelliste amateur, Lars Bo étudie d’abord à l’université des Arts appliqués de Copenhague, puis auprès du peintre figuratif Peter Rostrup Bøyesen (1882-1952), au Statens Museum for Kunst , avant d’intégrer l’École danoise de design, de 1941 à 1943. Ses dessins paraissent alors dans la presse. Résistant, Lars Bo gagne Odense, sur l’île Fionie, puis, après la guerre, voyage en Europe, pour finalement s’installer à Paris, dès 1947. Il y apprend la gravure auprès d’Albert Flocon (de son vrai nom Albert Mentzel, 1909-1994) et de Johnny Friedlaender (1912-1992), tous deux Allemands et antinazis à l’Atelier de l’Ermitage, et parfait sa formation à l’Atelier 17, créé par Stanley William Hayter (1901-1988). Ayant exposé en Suède et dans son pays natal, Lars Bo se lance dans une carrière d’illustrateur, en 1952, tout en collaborant, un temps, au journal Le Monde. Il connaît alors un très vif succès, et ses images accompagnent des auteurs très variés, tels Voltaire, Nerval, Robert Giraud (1921-1997), Boris Vian (1929-1959), ou encore son compatriote Hans Christian Andersen. Également écrivain, il publie le roman fantastique, toujours inédit en français, Det vidunderlige hus i Paris (La merveilleuse maison de Paris), en 1954, ainsi que deux livres pour enfants : Sous les yeux de l’Afrique, carnet de chasse et L’Oiseau de Lune. En 1969, il retourne à Copenhague et réalise les décors du Lac des Cygnes sur une chorégraphie de Flemming Flindt, pour le théâtre national. Reconnue aux États-Unis, dans toute l’Europe et au Japon, son œuvre, qui compte plus de 400 gravures, est très proche, par ses thématiques, par le primat de l’imaginaire, du surréalisme. Lars Bo nous a quittés le 21 octobre 1999 et repose désormais dans la case 18581.

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« FLORE ET BESTIAIRE IMAGINAIRES », DANIEL HABREKORN, L’HARMATTAN, PARIS, 2015 (article paru dans « Diérèse » 72, printemps 2018).

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  Illustré par Hélène Nué, Vladimir Mavounia-Kauka, et Daniel Habrekorn lui-même, ce livre relativement long et fourni n’est pas qu’un recueil, mais aussi une sorte d’essai poétique autour du bestiaire. Dans une intéressante préface, l’auteur évoque effectivement plusieurs noms s’étant prêté au genre, du Moyen-Âge à nos jours, ou presque, d’Hildegarde de Bigen à Francis Hallé, en passant par Victor Hugo, ou même par Franquin, créateur de Spirou et Fantasio. Désirant décrire diverses bestioles, et trouver l’inspiration dans une littérature ancienne ou récente, D. Habrekorn ne semble en effet pas rétif à la littérature populaire, tant que celle-ci nourrit sa propre inspiration. Ainsi retrouvons nous certaines chimères imaginées par des prédécesseurs, telle la fameuse « vouivre » de Marcel Aymé, elle-même issue d’une légende franc-comtoise. Inventif, drôle, audacieux, D. Habrekorn, qui admet avoir quelques intercesseurs, n’en reste pas moins un créateur original, capable de mettre sur pied toute sorte d’animaux, dans une démarche que nous qualifierons de démiurgique. Sorte de dictionnaire, de cabinet de curiosités littéraire, le volume s’apparente également à un abécédaire, puisque les êtres sont classés dans l’ordre alphabétique (du mystérieux Abyssus iratus, au Zèbre noir, simple version noircie du zèbre ordinaire, page 178). Trois autres chapitres complètent le livre. Dans les Résolutions de quelques grandes énigmes de la nature (p. 183-210), l’auteur s’amuse à répondre à de fausses énigmes, tel : « Comment l’hydre dévore le crocodile » (p. 208), en citant une nouvelle fois abondamment diverses sources livresques, tout un zoo littéraire. Dans Publicité à l’adresse des animaux & des plantes, l’écrivain fait de la réclame pour de fausses boutiques, de faux articles, comme ces Leurres pour chasse à courre, de la rue du Renard, dans le IVème arrondissement, boulettes de senteur jetées çà et là dans la forêt, et destinées au gibier souhaitant échapper au chasseur. Dans ses Petites annonces pour les mêmes, cette fois, D. Habrekorn conçoit quinze offres amoureuses et/ou érotiques, soigneusement numérotées : Bernard-l’ermite partagerait avec Bernarde vaste coquille située dans un golf enchanteur (p. 228).
Relevant de la pataphysique, dans son aspect pseudo-scientifique, et du surréalisme, ce singulier volume trouverait volontiers sa place dans l’Anthologie de l’humour noir, signée Breton, et mériterait assurément la prix « 30 millions d’amis » (présidé par Michel Houellebecq). Usant d’une langue parfois nouvelle, de nombreux néologismes, l’érudit D. Habrekorn sait se montrer lyrique, et audacieux : De la famille des couillodères, ce pugéphile des raimouilles se distingue de l’Abyssus abyssum commun par l’astracance de ses deux joufles qui le rend moins profond et plus irritable (page 15). Derrière la fantaisie, la drôlerie, la bouffonnerie, se cache également une critique de l’époque, relativement subtile, notamment lorsque se trouve évoqué l’iPhonus bifurcus, bête très nuisible qui plonge le parasité dans une sorte d’ahurissement, de torpeur imbécile (page 89). Intemporel et actuel à la fois, savant et sensible, ce vaste Bestiaire, procède, plus que tout, d’une remarquable originalité.

« MESSAGE D’OR », « DIE GOLDENE BOTSCHAFT », MATHIAS GOERITZ, (Itzpapalotl, série mexicaine, 4)

 

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  D’origine allemande, l’architecte et poète Mathias Goeritz (Gdansk,1915 – Mexico, 1990), a émigré en 1949 au Mexique, où il a passé l’essentiel de sa vie. Il y a réalisé la plupart de ses oeuvres architecturales, dans des lieux emblématiques (Musée d’Art Moderne, Ciudad Satellite, etc.). Il est considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands artistes mexicains contemporains. Artiste polyvalent, il a composé en 1965 des Poèmes concrétistes, parmi lesquels figure le célèbre Mensaje de oro (Message d’or). Cette construction poétique est aussi un jeu linguistique sur le mot oro (or) qui en espagnol est un palindrome. … Initialement publiés sur papier, les douze poèmes du Message d’or ont été apposés en 1966 sur douze carrés recouverts d’or (Claudine Sigler).

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« LES BOLETS » (création personnelle 4)

LES BOLETS

   Des champignons de trois mètres de haut, quarante à cinquante mètres de large, au fond d’une vallée encaissée, au milieu d’un pays lointain et pluvieux, peuplé de gens silencieux et bruns.

   Pas de pied. Juste une sorte de soucoupe arrondie, immense, blanche, posée comme ça sur le sol. Une vaste galette spongieuse mais étanche, rainurée de tiges sanguines, et dont l’intérieur reste creux, garni de soies cotonneuses, qui tiennent chaud l’hiver.

   Chaque clan a son bolet, dans lequel il rentre au moyen d’un étroit orifice pratiqué à la base, pour ne pas tuer l’organisme. Toute la famille dort en commun, sans porte ni fenêtre, s’éclairant à l’aide d’un feu, au centre, sur un foyer construit en pierre qui laisse de longues, cruelles taches brunes à la surface. Cela sent le mouillé, le suint. Les tribus adverses n’ont jamais pu détruire les bolets bimillénaires, dont le corps résiste au feu. Flèches et autres projectiles restent ainsi fichés dans la membrane, avant d’être progressivement avalés, formant de légères aspérités qui disparaissent avec les jours.

   L’été, les bolets se reproduisent, s’étendent vers d’autres vallées. Saturé de spores, vague bleue et odorante, urticante, l’air devient irrespirable. Les habitants rejoignent le haut de la montagne, pour quelques semaines, la grande grotte rouge.

SURRÉALISTES 9, « TIR DES AMIS », JEAN-PIERRE SERRIER (1934-1989)

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« UN RUDE HIVER », RAYMOND QUENEAU, 1939.

   Il ne se passe apparemment pas beaucoup de choses dans Un rude hiver : un réactionnaire plein de rancœurs va déjeuner chez son frère, se promène au bord de la mer avec une Anglaise en uniforme, et emmène au cinéma deux enfants qu’il a rencontrés dans un tramway. (Georges Perec)

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   S’avouant franchement malade à son supérieur hiérarchique, Lehameau obtint une après-midi de repos. Après le déjeuner, il prit le tramway et se rendit au cimetière. Il s’arrêta devant des tombes d’Anglais, regardant le nom des régiments, s’intéressant aux provenances. Plus loin des stèles s’ornaient de caractères arabes. Il marchait lentement, s’instruisant. Le vent, le vent soufflait toujours, c’était un dur hiver, les arbres étaient décapés, seules pendues aux croix se conservaient les fleurs artificielles.

   La même dalle de granit portait gravés les noms dorés de Zéphyrine Lehameau, d’Evodie Lehameau et d’Émilie Lehameau, sa mère, sa belle-sœur, sa première belle-sœur, et sa femme. Il s’immobilisa tête nue devant la pierre, les mains croisées, mais il ne priait pas. Il savait bien d’une part que les défunts sont respectables, mais de l’autre il croyait que quand on est mort c’est pour longtemps. Alors il se découvrait se signait croisait les mains, mais il ne priait pas. Il ne priait pas mais ça ne l’empêchait pas de pleurer. Il pleurait le corps immobile, sans hoquets, ni sanglots, comme il en avait l’habitude. Il pleurait ainsi pendant une dizaine de minutes.

   C’était très long, dans le froid.

   Il était tout seul, dans le froid.

   Il pleura donc ainsi pendant une dizaine de minutes, puis il s’essuya le visage, se signa, se recouvrit, s’éloigna. Il poursuivit, sa promenade, lisant les inscriptions, critiquant les épitaphes, étudiant des dates et des parentés. Il musait. Au bout d’une allée il aperçut les derniers restes d’un cortège qui se dispersait.

 

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ÉVÉNEMENTIEL DE FÉVRIER 2018 (ADDENDUM/ERRATUM)

  Dans la version de mon événementiel publiée cette nuit, j’ai omis deux faits: la représentation théâtrale de mon ami Jean Hautepierre, et la représentation musicale de mon autre ami, venu de la Cantada, Yves Gaudin, dit YG, scientifique et comique. Le précédent billet a donc été dûment corrigé. Par ailleurs, plusieurs d’entre vous m’ont demandé ce qu’étaient devenus les acteurs du court-métrage iranien publié sur ce même blog en janvier, Vivre au présent. Signalons simplement que la famille Fallahdoost a été dispersée. Le patriarche, qui récitait le Shanahmeh, poème traditionnel perse, est décédé à la suite de Masoomeh, l’aînée. Ensuite frères et sœurs ont été séparés dans des institutions distinctes, toujours au nord de l’Iran. Ils se revoient néanmoins régulièrement, comme en témoigne la photo ci-dessous.

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