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Accueil » Arts plastiques » MÉMOIRE DES POÈTES XXII, MAX ERNST (1891-1976), Cimetière du Père-Lachaise, division 87, case numéro 2102 (article à paraître dans « Diérèse » 72, printemps 2018).

MÉMOIRE DES POÈTES XXII, MAX ERNST (1891-1976), Cimetière du Père-Lachaise, division 87, case numéro 2102 (article à paraître dans « Diérèse » 72, printemps 2018).

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PRÉSENTATION DU CRÉMATORIUM/COLUMBARIUM (DIVISION 87) :
Situés au sommet de la colline, dans la partie Est (non loin de la porte Gambetta), le crématorium et le columbarium occupent toute la surface de la 87ème division, soit environ 4900 mètres carrés. En 1883, le conseil municipal de Paris en confie la conception à l’architecte Jean-Camille Formigé (1845-1926). Les travaux durent plus de vingt ans, et le lieu est d’abord dédié à l’élimination des déchets provenant des hôpitaux. Il faut encore attendre la loi du 15 novembre 1887 pour que la crémation humaine soit autorisée, et le 30 janvier 1889 pour qu’un corps soit officiellement incinéré, ce qui est une première en France. Longtemps marginale, cette pratique n’est tolérée par l’église catholique qu’en 1969, et, avant cette date, relève généralement du choix idéologique. Militants de gauche, syndicalistes, anarchistes, libres penseurs et francs-maçons optent ainsi pour la crémation par anticléricalisme. Plus tragique peut être, les premières victimes du sida, tels les intellectuels Jean-Paul Aron (1925-1988), Guy Hocquenghem (1946-1988) préfèrent qu’on brûle leur dépouille, pour, pensent-ils, éliminer toute trace du virus. Notons également la forte représentation de personnes d’origine étrangère. Avec cinq fours, le crématorium réalise aujourd’hui près de 5000 crémations sur demande des familles par an, et 2500 crémations administratives par an, contre seulement 49 en 1889. C’est dire si les mentalités ont changé. Par-delà l’évolution des mœurs, et le phénomène de déchristianisation, le choix de la crémation, nettement moins onéreuse que l’inhumation, repose aussi sur des motifs d’ordre financier.
Actuellement, les cendres des défunts sont bien souvent remises à leurs proches, ou dispersées dans la 77ème section, sur la pelouse ombragée du jardin cinéraire. Nombre de personnes choisissent toutefois de reposer dans le columbarium. Construit suite à une délibération du Conseil municipal, en 1890, le premier columbarium, placé le long du mur d’enceinte du cimetière, ne compte au départ que 300 cases environ. Développé sur quatre faces, autour du crématorium, pour reprendre les termes de Formigé, le nouveau columbarium regroupe ensuite 600 cases en 1893, 850 en 1895, et enfin 40800 environ, réparties sur plusieurs niveaux: deux en sous-sol, et deux à l’extérieur. L’ensemble crématorium et columbarium se compose ainsi maintenant de quatre ailes, entourant une chapelle de goût néo-byzantin, constituée de bandes horizontales en pierre blanches et noires, disposées de manière successive pour former un édifice bicolore, surmonté d’un vaste dôme de gré et de brique, orné des vitraux de Carl Mauméjean (1888-1957), flanqué de trois petites demi-coupoles et de deux grosses cheminées. Le sculpteur franco-polonais Paul Landowski (1875-1961), auteur du célèbre Christ monumental de Rio de Janeiro, a lui réalisé, entre 1943 et 1954, Le retour éternel, magnifique bas-relief d’une des cinq pièces souterraines destinées aux familles. Le lieu est inscrit au recueil des monuments historiques depuis le 17 janvier 1995.

 

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MAX ERNST (1891-1976) case numéro 2102
Après avoir évoqué les Allemands Hans Bellmer et Unika Zürn (11ème division), parlons de Max Ernst, lui aussi originaire d’outre-Rhin, et qui a fait le choix de la crémation. Fils du peintre Philipp Ernst, Maximilien, dont le nom de famille signifie «sérieux » (ernst en allemand), naît le 2 avril 1891, à Brülh, en Rhénanie, non loin de la frontière. Ayant rapidement abandonné ses études de philosophie à l’université de Bonn, il se consacre à l’art, et croise le groupe du Blaue Reiter (le Cavalier Bleu), en compagnie d’August Macke et de Wassily Kandinsky, avec qui il expose à Berlin dès 1913. La rencontre d’Apollinaire et de Delaunay s’avère déterminante. Venu vivre à Montparnasse, alors centre des avant-gardes européennes, Ernst sert dans l’artillerie durant la grande Guerre, sous uniforme allemand, d’abord en Russie, puis en France, avant d’épouser en 1918 l’historienne d’art juive Louise Straus (1894-1944, morte au camp d’Auschwitz), avec laquelle il vivra une relation tumultueuse jusqu’en 1927, et qui lui donnera un fils, Jimmy. Il rencontre Paul Klee en 1919, et expérimente différentes nouvelles méthodes picturales, dont de nombreux collages, avant de créer en 1920 le collectif Zentrale W/3 avec Jean Arp (1886-1966) et Johannes Theodor Baargeld (1892-1927), qui, à travers La Chamade, revue à laquelle collaboreront Breton, Éluard et Aragon, exposent de nouvelles conceptions esthétiques. Ouverte à la brasserie « Winter » (« Hiver » dans la langue de Goethe), à Cologne, la deuxième exposition Dada provoque un scandale, et la police doit fermer l’établissement pour trouble à l’ordre public. Ernst, qui a exposé des collages collectifs, réalisés avec Arp (collages baptisés abréviation de « Fabrication de Tableaux Garantis Gazométriques »), se brouille alors avec son père. Ayant également organisé la première exposition internationale dadaïste à Berlin fin juin 1920, il rencontre Breton, Arp et son épouse Sophie Tæuber lors de vacances dans le Tyrol quelques temps plus tard, et fait la connaissance de Tristan Tzara (1896-1963).

   fatagaga

   L’homme retourne à Montparnasse en 1922, et loge chez le couple Éluard. Là, il invente la technique du frottage, équivalent pictural de l’écriture automatique, et qui consiste à laisser courir un crayon à papier sur une toile, elle-même posée sur un parquet ou sur une table en bois. Les figures ainsi esquissées engendrent des chimères, des monstres. Parallèlement débute sa collaboration avec Joan Miró, notamment pour la création des décors du chorégraphe Serge de Diaghilev. Toujours novateur, Ernst lance en outre la technique du « grattage », qui consiste à déposer le pigment directement sur la toile. Parti en Italie en 1933, année de la prise du pouvoir par Hitler, Ernst réalise d’innombrables collages, illustrant ainsi divers ouvrages français, publiés en intégralité dans Une semaine de bonté ou les sept éléments capitaux, un ensemble de cinq volumes parus dès 1934.

ernst semaine
Peintre, graveur, Ernst aborde également la sculpture après avoir croisé la route d’Alberto Giacometti. C’est ainsi une nouvelle phase de son œuvre, un nouvel aspect, qui apparaît. Évoquons notamment, à quelques stations de métro du cimetière, le magnifique Grand assistant, dressé au flanc Nord de Beaubourg, à l’entrée du quartier de l’Horloge, devant le Flunch, mystérieux figurant d’une autre mythologie, mi-homme, mi-bête, mi-oiseau. Installé avec Leonora Carrington (1917-2011), grande figure du surréalisme international, à Saint-Martin-d’Ardèche à partir de 1937, Ernst est activement soutenu par la riche héritière américaine Peggy Guggenheim (1898-1979), qui expose ses œuvres dans sa galerie londonienne.

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Un tournant décisif se produit en septembre 1939, suite à l’entrée en guerre de la France. Suspect aux yeux de l’État, « étranger ennemi », l’artiste allemand est interné, avec d’autres intellectuels, au camp des Milles dans les Bouches-du-Rhône, avant de s’envoler pour les États-Unis, en compagnie de Peggy Guggenheim, qu’il épouse en 1942. Il habite ainsi à New York, non loin de Marcel Duchamp ou de Marc Chagall, ainsi que de plusieurs surréalistes tel Breton. En dépit des difficultés du couple, qui se sépare, Ernst continue à produire et à innover, en contribuant notamment au développement de l’expressionnisme abstrait, mouvement incarné avant tout par Jackson Pollock (1912-1956). Fraichement divorcé, Ernst se marie en octobre 1946 avec Dorothea Tanning (1910-2012), et l’accompagne à Sedona, en Arizona. Naturalisé américain, il écrit un traité théorique autour de la peinture, et retourne en Europe dès 1950, avant de devenir satrape du Collège de Pataphysique, au sein du mouvement initié par Alfred Jarry, donc. Hélas ses œuvres sont boudées outre-Atlantique, et l’homme revient à Paris dès 1953, il est définitivement exclu du mouvement surréaliste pour avoir reçu le grand prix de la biennale de Venise, soit pour avoir accepté une récompense officielle. Est-ce pour cela qu’il quitte la capitale? On le retrouve en tous cas à Huismes, en Indre-et-Loire, puis à Seillans, dans le Var, où il continue, inlassablement à créer (notamment les décors d’un théâtre et une fontaine, ainsi qu’un jeu d’échecs géants en verre, baptisé Immortel). Il bénéficie alors du soutien de l’industriel Jean Riboud et se lie d’amitié avec l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, pour lequel il dessine le sigle éditorial. Ernst, qui a été naturalisé français, après avoir été allemand, puis américain, voit son travail reconnu outre-Atlantique, lorsqu’une vaste rétrospective lui est consacrée au nouveau musée new-yorkais Solomon R. Guggenheim, grandes volutes de béton, posées sur la cinquième avenue en 1959 par l’oncle de son ex-femme Peggy. Une autre rétrospective se tient cette fois à Paris, au Grand Palais. Un catalogue complet de ses œuvres sort à l’occasion.

guggenheim

Musée Solomon R. Guggenheim, New York.

   Mauvaise blague, Ernst décède à Paris, au 19 rue de Lille, le 1er avril 1976 dans le domicile qu’il occupe depuis 1962 rue de Lille, au milieu du VIIème arrondissement. Il aurait eu quatre-vingt-cinq ans le lendemain. La case où reposent ses cendres comporte simplement ses dates de naissance et de mort. Abondante, diverse, sa production est exposée partout dans le monde, et plus particulièrement au Centre Pompidou, mais aussi à Seillans, dans le Var, où il vécut, et où trône Le Génie de la Bastille, un autre totem en bronze, dominant la montagne En outre, un musée, contenant près de trois cents œuvres, a été ouvert dans sa ville natale de Brülh, en Allemagne, en 2005.

 

 

Ubu_Imperator

« Ubu imperator », 1923.

 


7 commentaires

  1. MARTA Monique dit :

    Ton article sur Ernst est très intéressant, Etienne. On peut y lire toutes les relations qu’il a eues avec les grands artistes de son époque. Il ne faisait donc pas œuvre solitaire. Intéressants aussi, ses deux mariages, avec des femmes remarquables. Modestie aussi de l’inscription sur sa « tombe ».

    Aimé par 1 personne

  2. sylvie senn dit :

    Dans le labyrinthe des relations de Max Ernst, sa vie est très clairement écrite dans cet article. C’est agréable à lire.

    Aimé par 1 personne

  3. Aigle-Noir- rôtisseur dit :

    Superbe article, merci ! Dommage pour la première femme de Max, elle meurt dans un camp et lui s’envole avec une autre aux USA. Bon ça arrive et cette Peggy Guggenheim, sa deuxième femme, lui fait croquer la grosse pomme…Il reviendra plus tard chez les loosers comme grand nombre d’artistes qui rêvent de l’Amérique mais l’Amerique n’en veut pas et les renvoie dans sa poubelle…
    Un petit bémol sur l’Église , elle était avant-gardiste dans la crémation, pour preuve, une certaine Jeanne d’Arc ( tiens, des ancêtres indiens?) , à Rouen, en 1431…L’Église n’avait pas fait le boulot elle-même, mais c’est elle qui avait ordre donné…

    Aimé par 1 personne

  4. […] DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst) Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien) […]

    Aimé par 1 personne

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