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Archives du 20/11/2017

BABYLONE (création personnelle 2)

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Antiquités mésopotamiennes, Musée du Louvre.

 

   J’ai toujours ressenti une énorme mélancolie en songeant aux civilisations mortes. Enfant, en tous cas, j’imaginais que les peuples avaient gardé quelque chose de leurs attributs antiques. Ainsi étais-je surpris, en voyant l’équipe grecque de football, de ne pas croiser des joueurs habillés comme Socrate ou Périclès, avec de longues barbes, des toges, ou des casques à crinière. De même pour les Egyptiens, que j’imaginais accoutrés en pharaons. Dans les années 80, lorsque la république islamique iranienne était considérée comme une menace primordiale, j’étais étonné de voir l’armée de ce vaste et ancien pays avoir des tanks modernes, et de faire le lien entre Khomeyni, personnage menaçant, ennemi déclaré, et l’ancienne Perse. Comme si les ressortissants de cette lointaine contrée devaient habiter de vastes palais parfumés d’encens, avoir d’immenses sérails, et vivre, tel Sardanapale, enturbannés au milieu de félins apprivoisés, avec un mélange de cruauté et de raffinement exotiques, tout une image d’Orient de bazar, confondant Inde, péplums ratés et péninsule arabique. Rien ne m’a plus attristé, au cinéma, que cette scène de Roma, où Fellini met en image la destruction d’une villa étrusque, littéralement bouffée à l’air libre, lors de la construction du métro, dans la capitale italienne. Les fresques, les statues disparaissent. Et les archéologues en demeurent bouleversés, constatant que tout est fini. De même certains touristes japonais doivent-ils se figurer les Français en personnages du XVIIème siècle, portant perruques et bas, très poudrés, ou comme des esthètes XIXème, habitant Montmartre, et ne buvant que du Champagne, de l’absinthe, avec de bonnes manières, des carrosses à chevaux et tous les clichés de l’exécrable Amélie Poulain, qu’on croirait produit par l’Office du tourisme. Ou, pour pousser encore le bouchon plus loin, sous les traits de Gaulois à casque ailé, avant le sacre même de Clovis.

   Hier, alors que j’officiais à mes fonctions de gardien dans le plus grand musée du monde, et que la fatigue me gagnait, une famille d’Orientaux, précisément (sachant que le terme est pesé, car tout est suspect, linguistiquement, dans l’Hexagone), vient me trouver. L’homme doit avoir quarante ans, ou un peu plus, et porte un soupçon de barbe, une négligence ou une flemme. La femme a plutôt un beau visage, avec un nez fort, et elle est habillée comme ses enfants, avec des joggings américains et une paire de Nike flashy. Situé à l’église copte, dans une sorte de réconfortant grenier, ou plutôt cave fraiche, sorte de réserve à sel, je pensais qu’on allait encore me demander où se trouvait le sphinx, la momie.
« Hello, where is Irak, please?
_ Irak?
_ Yes. Oriental antiques. »
Et ma main de saisir le plan en anglais, et non en arabe, pour indiquer les lieux, marqués en jaune foncé.
‘Here. It’s antique Mesopotamia. Bagdad, Babylone. Here is islamic art. It’s différents things.
_ I prefer Babylone. We are not from Bagdad. It’s still Babylone.
_ Ok,, Babylone. When you want. »

Ô VOUS QUI DORMEZ DANS LES ÉTOILES ENCHAÎNÉS (JEAN RISTAT), éditions Gallimard, Paris, 2017.

O-vous-qui-dormez-dans-les-etoiles-enchaines

Sonnent les sept heures au petit matin gris et

Bas de janvier lorsqu’endormi il repose dans

Une débauche de lumière sur la table

Déjà comme un gisant nu offert aux couteaux

Et aux ciseaux à découdre ce que nature

Soigneusement au fil des saisons avait cousu

À découper les chairs et scier la cage où

Le cœur se cache comme un oiseau affolé

Les bras grands ouverts le voici offert viande

De boucherie et dans l’écartement des membres

Disjoints le vent bleu et âpre de l’hiver souffle

Dans la tête vif et mort tout à la fois

Lorsque s’ouvre la fenêtre du thorax l’ar

Tère se rompt comme un cordage usé et le

Sang en flammes tourbillonnantes s’épand sur ce

Confus carnage ah effacez les images et

Retournez le malheur comme un gant dites-moi

Que le printemps toujours revient

(« Éloge funèbre de Monsieur Martinoty », p. 20-21)

 

 

 

 

 

 

 

ÉVÉNEMENTIEL DE NOVEMBRE 2017 (addendum)

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   Le 27 novembre, à 19h30, une soirée « Art brut » est prévue chez « Atout livres » (203 bis avenue Daumesnil, 75012 PARIS, station Daumesnil). Reprenons simplement la description de la librairie.

   Le gazouillis des éléphants (ed Sandre) : un livre fantastique sur l’art brut ! Un tour de France des réalisations les plus improbables, des jardins, maisons et espaces privés « artistiquement modifiés » !
   Ni universitaire ni conservateur de musée, Bruno Montpied mène depuis les années 1980 des recherches sur l’art brut. Collaborateur de nombreuses revues (Raw Vision, Plein Chant, Création Franche…), il est aussi l’auteur du remarqué Éloge des jardins anarchiques (L’Insomniaque, 2011, livre désormais épuisé, qui a donné lieu à une cinquantaine d’interventions dans des médiathèques à travers la France) et l’animateur du site « Le Poignard subtil », qui fait référence dans ce domaine.
Il prépare Le Gazouillis des éléphants depuis une vingtaine d’années.

  Il va de soi que j’en serai. Me contacter par mail ou par téléphone si intéressé (e)!

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