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Archives du 14/11/2017

LA GESTE DE DRACULA EN COTENTIN, GUY GIRARD, CHEZ L’AUTEUR, SAINT-OUEN, MARS 2017 (pour acquérir le recueil, écrire à guy.girard10@sfr.fr). Note de lecture à paraître dans « Diérèse » 72, en février 2018.

dracula

Un magnifique frontispice de Pierre-André Sauvageot.

Dracula dans le Cotentin : il fallait y songer. Peintre surréaliste, mais aussi auteur, Guy Girard l’a imaginé, décrivant le parcours du prince des vampires au bord de la Manche, pendant une semaine. Chacun des sept petits poèmes en prose correspond ainsi à un jour précis : « Lundi », « Mardi », et chaque étape de la créature est décrite, de manière assez précise, de l’île de Tombelaine, jusqu’au port de Cherbourg. La parole se déploie dès lors en une série d’images riches, audacieuses, dans une belle coulée lyrique, qui évoque à la fois des éléments presque triviaux du quotidien comme ce car de ramassage scolaire (p. 11), ou mythiques, tels la Dame blanche ou l’épiphyse de Merlin (p. 10). Une forme de réalisme semble infuser le royaume de l’imaginaire, tandis que se déploient diverses métaphores, dont certaines évoquent la pratique de l’écriture automatique, du cadavre exquis, tel cet étrange crapaud retiré d’un bol de punch (p. 5). Pour autant tout a l’air extrêmement maîtrisé, pensé, travaillé. Les phrases s’enchaînent, légères, dans une sorte de tourbillon verbal, en apparence libre, mais tout entier tendu par la logique du récit. Nous suivons bel et bien Dracula jusqu’au dimanche, et tout fait sens. On ne peut évidemment s’empêcher de penser, entre autres, à la prose lyrique d’Arcane 17, ou des Vases communicants. Par-delà la filiation, non reniée, au surréalisme, Guy Girard trace sa propre route, de recueil autopublié en recueil autopublié, loin des grosses machines éditoriales, ou même des circuits poétiques habituels, avec un humour et une originalité rares. Orné d’un magnifique frontispice signé Pierre-André Sauvageot, et représentant notre héros devant le Mont Saint-Michel, ce nouvel opuscule semble nous rappeler que l’esprit de Breton n’est pas mort, et continue à vivre, par-delà la théorie.

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