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BLOGORAMA 28: RICHARD KHAITZINE

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   Ce blogorama présente un site original, consacré par une fille à son père. Lydia Khaitzine, fille du regretté Richard, écrivain atypique disparu en 2013, veut en effet faire connaître et reconnaître l’œuvre relativement confidentiel de ce penseur anticonformiste, attiré par différentes activités de l’esprit. Laissons lui donc la parole.

   Le blog de Richard Khaitzine a été créé pour faire part de son activité littéraire mais pas uniquement… celui-ci se voulait ludique et culturel au sens large. Richard Khaitzine était scénariste, écrivain, conférencier, historien et journaliste. Il se définissait comme un agitateur d’idées, un penseur libre. Celui-ci s’était spécialisé dans l’étude des philosophies, des religions, des mythes et du symbolisme sous toutes ses formes. Après son décès, sa fille Lydia Khaitzine a repris le blog de son père dans un but de perpétuer sa mémoire et de promouvoir sa pensée et ses oeuvres. Ce blog était un moyen aussi d’annoncer aux lecteurs et à tous ceux qui le connaissaient… tous projets concernant Richard Khaitzine.

Le blog de Richard Khaitzine (cliquer sur le lien)

NB; Nous serons probablement amenés à reparler de Richard Khaitzine. En attendant, les plus courageux (motivés?), peuvent consulter sa page Wikipédia.

Page Wikipédia consacrée à Richard Khaitzine.

CINÉ-CLUB 8: « HÔTEL DES INVALIDES » (GEORGES FRANJU), 1951

  Déjà le 22 novembre. Il y a quelques jours, nous célébrions comme chaque année l’armistice de 14-18. Et à l’heure où Au revoir là haut, le film de Dupontel, fait un tabac dans les salles, poursuivons notre cycle « Franju » en diffusant ce court-métrage tourné en 1951 au Musée de l’Armée, réquisitoire contre les horreurs de la guerre. Pas de sang, pas de combats, ou presque. Juste le commentaire, terrible, dit par Michel Simon, sur une musique de Maurice Jarre.

BABYLONE (création personnelle 2)

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Antiquités mésopotamiennes, Musée du Louvre.

 

   J’ai toujours ressenti une énorme mélancolie en songeant aux civilisations mortes. Enfant, en tous cas, j’imaginais que les peuples avaient gardé quelque chose de leurs attributs antiques. Ainsi étais-je surpris, en voyant l’équipe grecque de football, de ne pas croiser des joueurs habillés comme Socrate ou Périclès, avec de longues barbes, des toges, ou des casques à crinière. De même pour les Egyptiens, que j’imaginais accoutrés en pharaons. Dans les années 80, lorsque la république islamique iranienne était considérée comme une menace primordiale, j’étais étonné de voir l’armée de ce vaste et ancien pays avoir des tanks modernes, et de faire le lien entre Khomeyni, personnage menaçant, ennemi déclaré, et l’ancienne Perse. Comme si les ressortissants de cette lointaine contrée devaient habiter de vastes palais parfumés d’encens, avoir d’immenses sérails, et vivre, tel Sardanapale, enturbannés au milieu de félins apprivoisés, avec un mélange de cruauté et de raffinement exotiques, tout une image d’Orient de bazar, confondant Inde, péplums ratés et péninsule arabique. Rien ne m’a plus attristé, au cinéma, que cette scène de Roma, où Fellini met en image la destruction d’une villa étrusque, littéralement bouffée à l’air libre, lors de la construction du métro, dans la capitale italienne. Les fresques, les statues disparaissent. Et les archéologues en demeurent bouleversés, constatant que tout est fini. De même certains touristes japonais doivent-ils se figurer les Français en personnages du XVIIème siècle, portant perruques et bas, très poudrés, ou comme des esthètes XIXème, habitant Montmartre, et ne buvant que du Champagne, de l’absinthe, avec de bonnes manières, des carrosses à chevaux et tous les clichés de l’exécrable Amélie Poulain, qu’on croirait produit par l’Office du tourisme. Ou, pour pousser encore le bouchon plus loin, sous les traits de Gaulois à casque ailé, avant le sacre même de Clovis.

   Hier, alors que j’officiais à mes fonctions de gardien dans le plus grand musée du monde, et que la fatigue me gagnait, une famille d’Orientaux, précisément (sachant que le terme est pesé, car tout est suspect, linguistiquement, dans l’Hexagone), vient me trouver. L’homme doit avoir quarante ans, ou un peu plus, et porte un soupçon de barbe, une négligence ou une flemme. La femme a plutôt un beau visage, avec un nez fort, et elle est habillée comme ses enfants, avec des joggings américains et une paire de Nike flashy. Situé à l’église copte, dans une sorte de réconfortant grenier, ou plutôt cave fraiche, sorte de réserve à sel, je pensais qu’on allait encore me demander où se trouvait le sphinx, la momie.
« Hello, where is Irak, please?
_ Irak?
_ Yes. Oriental antiques. »
Et ma main de saisir le plan en anglais, et non en arabe, pour indiquer les lieux, marqués en jaune foncé.
‘Here. It’s antique Mesopotamia. Bagdad, Babylone. Here is islamic art. It’s différents things.
_ I prefer Babylone. We are not from Bagdad. It’s still Babylone.
_ Ok,, Babylone. When you want. »

Ô VOUS QUI DORMEZ DANS LES ÉTOILES ENCHAÎNÉS (JEAN RISTAT), éditions Gallimard, Paris, 2017.

O-vous-qui-dormez-dans-les-etoiles-enchaines

Sonnent les sept heures au petit matin gris et

Bas de janvier lorsqu’endormi il repose dans

Une débauche de lumière sur la table

Déjà comme un gisant nu offert aux couteaux

Et aux ciseaux à découdre ce que nature

Soigneusement au fil des saisons avait cousu

À découper les chairs et scier la cage où

Le cœur se cache comme un oiseau affolé

Les bras grands ouverts le voici offert viande

De boucherie et dans l’écartement des membres

Disjoints le vent bleu et âpre de l’hiver souffle

Dans la tête vif et mort tout à la fois

Lorsque s’ouvre la fenêtre du thorax l’ar

Tère se rompt comme un cordage usé et le

Sang en flammes tourbillonnantes s’épand sur ce

Confus carnage ah effacez les images et

Retournez le malheur comme un gant dites-moi

Que le printemps toujours revient

(« Éloge funèbre de Monsieur Martinoty », p. 20-21)

 

 

 

 

 

 

 

ÉVÉNEMENTIEL DE NOVEMBRE 2017 (addendum)

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   Le 27 novembre, à 19h30, une soirée « Art brut » est prévue chez « Atout livres » (203 bis avenue Daumesnil, 75012 PARIS, station Daumesnil). Reprenons simplement la description de la librairie.

   Le gazouillis des éléphants (ed Sandre) : un livre fantastique sur l’art brut ! Un tour de France des réalisations les plus improbables, des jardins, maisons et espaces privés « artistiquement modifiés » !
   Ni universitaire ni conservateur de musée, Bruno Montpied mène depuis les années 1980 des recherches sur l’art brut. Collaborateur de nombreuses revues (Raw Vision, Plein Chant, Création Franche…), il est aussi l’auteur du remarqué Éloge des jardins anarchiques (L’Insomniaque, 2011, livre désormais épuisé, qui a donné lieu à une cinquantaine d’interventions dans des médiathèques à travers la France) et l’animateur du site « Le Poignard subtil », qui fait référence dans ce domaine.
Il prépare Le Gazouillis des éléphants depuis une vingtaine d’années.

  Il va de soi que j’en serai. Me contacter par mail ou par téléphone si intéressé (e)!

MÉMOIRE DES POÈTES XX: NUSCH ÉLUARD (1906-1946), Cimetière du Père-Lachaise, division 84. (Article paru dans Diérèse 71, automne 2017) 

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DIVISION 84

   Née le 21 juin 1906 à Mulhouse, alors ville allemande, fille d’un couple de forains, Maria Benz est très vite surnommée « Nusch » par un père aimant, qui l’initie à l’acrobatie et aux arts du cirque. Engagée par un théâtre berlinois à quatorze ans seulement, la jeune fille revient ensuite en Alsace, avant de travailler comme hypnotiseuse au Théâtre du Grand Guignol, rue Chaptal à Paris, tout en se livrant occasionnellement à la prostitution. Nusch, qui habite alors une misérable chambre de bonne près de Saint-Lazare depuis 1928, se fait aborder boulevard Haussmann par René Char et Paul Éluard, le 31 mai 1930, non loin des Galeries-Lafayette. Les deux amis emmènent Nusch dans un café, et lui offrent à manger. Charmée par la culture et par la personnalité d’Éluard, la comédienne vient habiter chez lui, rue Becquerel, puis rue de la Fontaine, dans le même immeuble que Breton, en union libre (pour reprendre l’expression de Clair de terre). Le poète, qui vit douloureusement son divorce avec Gala (1894-1982), mère de sa fille Cécile et future épouse de Dali, et qui trompe ouvertement Nusch, se marie néanmoins avec cette dernière le 21 août 1934. Physiquement affaibli, en proie à de graves difficultés financières, Éluard, qui a dédié La Vie immédiate à Nusch, vit en sa compagnie une aventure amoureuse et érotique intense, déclarant notamment, Je vis dans une lumière exclusive, la tienne, ou encore, Même quand nous sommes loin de l’autre, tout nous unit . Parallèlement, Nusch devient modèle pour Man Ray, entretenant une liaison avec lui, ainsi qu’une relation saphique avec Ady Fidelin, jeune Guadeloupéenne, maîtresse du photographe. En 1935, le recueil Facile est ainsi orné des images de Nusch, que Man Ray filme, en 1937, dans La Garoupe, court-métrage aujourd’hui perdu, et où figure également Pablo Picasso. Devenu intime du couple, le peintre, qui aurait eu des rapports particuliers avec Nusch, dîne fréquemment dans leur appartement, boulevard des Grands-Augustins, et les accompagne, l’été, à Mougins, en Provence. De magnifiques portraits, signés de la main du génie espagnol, nous sont ainsi parvenus. Fascinés par Nusch, Dora Maar (1907-1997), Joan Miró (1893-1983) ou encore René Magritte (1898-1967) immortalisent également la muse, égérie du groupe surréaliste.
En septembre 1939, P. Éluard, alors âgé de quarante-trois ans, est mobilisé au sein de l’administration militaire à Mignières dans le Loiret. Nusch le rejoint, avant de le suivre dans le Tarn, en juillet 1940, où l’armée l’a envoyé. Le 19 juillet 1940, le couple file à Carcassonne, où les attend leur ami Joë Bousquet (1897-1950), poète paralysé suite à une blessure, reçue au cours de la Grande Guerre. Revenu à Paris, ils habitent un petit logement au 35 rue de la Chapelle (rebaptisée Marx-Dormoy en 1945). En 1942, Éluard, qui a redemandé son adhésion au parti communiste français, entre en clandestinité, et publie de nombreux tracts et textes subversifs, que Nusch transporte dans des boîtes à bonbons. Tous deux sont successivement cachés chez Michel Leiris (inhumé dans la division 97), et Georges Hugnet (1906-1974), rue du Long, dans le XVIIème arrondissement. Réfugié à Vézelay chez les éditeurs Christian et Yvonne Zervos jusqu’à la Libération, l’auteur, tête de proue, avec Aragon, de la Résistance, donne de nombreuses conférences en Europe, toujours accompagné de sa muse. Le 28 novembre 1946, alors en Suisse, il apprend le décès brutal de Nusch, victime d’une hémorragie cérébrale au domicile de sa belle-mère, Suzanne Grindel, et en compagnie de sa belle-fille, Cécile. Terrassé, le poète, qui devait mourir six ans plus tard, et qui est inhumé dans la 97ème division, nous laisse ces quelques vers bouleversants :

Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six
Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop : le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d’un supplice.

    Disparue à quarante ans seulement, sans enfants, Nusch, qui nous a laissé quelques collages, longtemps attribués par erreur à son mari, n’a pas écrit, mais aura beaucoup inspiré. Dotée d’une beauté trouble, et d’un accent germanique qui prêtait à plaisanteries, l’ancienne fille de rue prend toute sa place dans le mouvement, aux côtés de Kiki de Montparnasse (dont la tombe, auparavant au cimetière de Thiais, a disparu), ou de Nadja (de son vrai nom Léonie Delcourt, morte folle pendant l’Occupation, et inhumée au cimetière de Bailleul dans le Nord). Selon Chantal Vieuville : Silhouette fine et délicate, elle [Nusch] impose son image au Panthéon des grandes figures féministes des Surréalistes, telle une muse au service d’une révolution artistique. Elle repose aujourd’hui sous une tombe blanche fort sobre, indiquant uniquement son nom et son prénom, et régulièrement fleurie.

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LA GESTE DE DRACULA EN COTENTIN, GUY GIRARD, CHEZ L’AUTEUR, SAINT-OUEN, MARS 2017 (pour acquérir le recueil, écrire à guy.girard10@sfr.fr). Note de lecture à paraître dans « Diérèse » 72, en février 2018.

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Un magnifique frontispice de Pierre-André Sauvageot.

Dracula dans le Cotentin : il fallait y songer. Peintre surréaliste, mais aussi auteur, Guy Girard l’a imaginé, décrivant le parcours du prince des vampires au bord de la Manche, pendant une semaine. Chacun des sept petits poèmes en prose correspond ainsi à un jour précis : « Lundi », « Mardi », et chaque étape de la créature est décrite, de manière assez précise, de l’île de Tombelaine, jusqu’au port de Cherbourg. La parole se déploie dès lors en une série d’images riches, audacieuses, dans une belle coulée lyrique, qui évoque à la fois des éléments presque triviaux du quotidien comme ce car de ramassage scolaire (p. 11), ou mythiques, tels la Dame blanche ou l’épiphyse de Merlin (p. 10). Une forme de réalisme semble infuser le royaume de l’imaginaire, tandis que se déploient diverses métaphores, dont certaines évoquent la pratique de l’écriture automatique, du cadavre exquis, tel cet étrange crapaud retiré d’un bol de punch (p. 5). Pour autant tout a l’air extrêmement maîtrisé, pensé, travaillé. Les phrases s’enchaînent, légères, dans une sorte de tourbillon verbal, en apparence libre, mais tout entier tendu par la logique du récit. Nous suivons bel et bien Dracula jusqu’au dimanche, et tout fait sens. On ne peut évidemment s’empêcher de penser, entre autres, à la prose lyrique d’Arcane 17, ou des Vases communicants. Par-delà la filiation, non reniée, au surréalisme, Guy Girard trace sa propre route, de recueil autopublié en recueil autopublié, loin des grosses machines éditoriales, ou même des circuits poétiques habituels, avec un humour et une originalité rares. Orné d’un magnifique frontispice signé Pierre-André Sauvageot, et représentant notre héros devant le Mont Saint-Michel, ce nouvel opuscule semble nous rappeler que l’esprit de Breton n’est pas mort, et continue à vivre, par-delà la théorie.

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