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Monthly Archives: juillet 2017

RÉFLEXION LITTÉRAIRE 7: UN ENTRETIEN AVEC MARC-LOUIS QUESTIN

  Poète, essayiste, animateur de la revue Salamandre, éditeur chez Eleusis, créateur du spectacle du « Cénacle du Cygne » auquel je participe chaque dernier jeudi du mois, Marc-Louis Questin nous livre ici ses réflexions littéraires et personnelles, depuis sa maison de Brunoy, dans l’Essonne. Une interview passionnante, réalisée par « Cinémagie créations », une chaîne YouTube créée par le jeune artiste breton Pierre Kerroch, à découvrir et explorer!

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CINÉ-CLUB 3: « MÉLIÈS » PAR GEORGES FRANJU

   Nous avons parlé de Georges Méliès dans notre dernier numéro des « Mémoires des poètes », au début du mois. L’occasion pour nous de présenter ce magnifique court-métrage de Georges Franju (1912-1987), cinéaste inhumé à Dourdan, dans l’Essonne, et dont nous aurons l’occasion de reparler fréquemment, tant il reste lié, dans l’esprit, à l’esthétique surréaliste.

« LA VIE, L’AMOUR, LA MORT LE VIDE ET LE VENT ET AUTRES TEXTES » (ROGER GILBERT-LECOMTE, 1907-1944)

gilbert

LA BONNE VIE

Je suis né comme un vieux
Je suis né comme un porc
Je suis né comme un dieu
Je suis né comme un mort
Ou ne valant pas mieux

J’ai joui comme un porc
J’ai joui comme un vieux
J’ai joui comme un mort
J’ai joui comme un dieu
Sans trouver cela mieux

J’ai souffert comme un porc
J’ai souffert comme un vieux
J’ai souffert comme un mort
J’ai souffert comme un dieu
Et je n’en suis pas mieux

Je mourrai comme un vieux
Je mourrai comme un porc
Je mourrai comme un dieu
Je mourrai comme un mort
Et ce sera tant mieux

QUAND VIENDRA LE JOUR DU GRAND VENT

Le vent remue à peine à la pointe du ciel
Et grandissant en soi
Se pensant plus vivant
Et plus vaste et mouvant de l’instant en l’instant
Le vent effraye
La pointe de feu du ciel Peur

Ton cœur de marbre noir ô rose d’ombre ô nuit
Nourrit par sursauts étouffants trop brusqués
L’arbre tonnant de tes veines
Le spectre de corail de tes artères

Ton cœur sentant qu’on frôle en lui
Au centre cachée
La perle inconnue

Et voici le grand vent qui mêle les étages
De l’espace

Cap d’ombre au seuil des nuits d’où sortir météore
Va-et-vient d’arc-en-ciel sur le cristal du soir
Ce qui va ce qui vient c’est la hache des ailes
Décapitant l’espace ivre de lambeaux noirs
Chaos engloutissant les faces et les masques

C’est le moment du silence qui hurle Éclair
Un frisson de la terre engloutit les marées
Sous le vent des fantômes
La terre est parcourue du frisson de la mort

Aux plages hautes de l’étendue
Dans les antres d’éther du feu
Au roc bouillant céleste
Le grand vent des métamorphoses
Travaille les formes
Monstres multicolores hydres d’Arc-en-ciel
Etoiles de mer et de ciel
Etoiles d’air séparées de l’air par nulle membrane
Changeantes et multiformes idées

Quand le grand vent pénétrera
Nul ne sait la couleur que prendra la lumière
Sur l’aspect de prodige des beaux monstres créés
Quelle éclipse de peur quels incendies d’effroi
Le grand vent allumera
Aux espaces inférieurs où rôde le soleil
Roi des bas-mondes

Roger Gilbert-Lecomte, La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent, et autres textes, préface d’Antonin Artaud, choix et présentation de Zéno Bianu, collection Poésie/Gallimard n°496, 2015, pp.34 et 89.

 

 

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Cimetière de Reims. Photographie de Saghi Sam

 

BLOGORAMA 24: « HOUELLEBECQ AU MILIEU DES GOUFFRES HUMAINS »

…. Où nous retrouvons Michel Houellebecq! Un blog fort intéressant, glané au hasard de mes pérégrinations électroniques, et concocté par une doctorante du Québec. Beaucoup d’articles très riches autour de l’écrivain français le plus célèbre de son temps. Je reproduis ci-dessous l' »A-propos ». Comme toujours, le site sera référencé dans mon propre blogroll (sites amis), et je mets le lien à la fin du résumé.

Soumission

 

   Isabelle Dumas est doctorante à L’Université de Montréal en littératures de langue française en cotutelle avec Paris 3-Sorbonne Nouvelle. Elle est également chargée de cours à l’U. de Montréal depuis 2013. Ses études doctorales portent sur l’oeuvre de Marcel Proust (voir http://www.marcelproustrecherche.wordpress.com) et sont financées par le FRQSC. Elle est spécialiste des romans de Houellebecq (M.A. de l’Université du Québec à Rimouski, études financées par la bourse Joseph-Armand-Bombardier du CRSH), est auteure d’un roman (Disloc) ainsi que de quelques nouvelles, et s’intéresse de près à la création littéraire. Elle a donné des conférences sur Proust et Houellebecq à Rimouski, à Montréal et à Longueuil, et a participé à plusieurs colloques au Québec et en France où elle a présenté des communications sur Proust et Houellebecq. Elle a publié des articles et des comptes rendus dans des ouvrages collectifs (coll. Classiques Garnier) et dans des revues (dont Histoires littéraires, @nalyses et Découvrir). Elle est aussi depuis 2013 responsable bénévole du comité des expositions du Groupe de peintres Alizarin, fondé en 1984. Elle est curieuse, fonceuse, et engagée à faire vivre, dans la mesure de ses moyens, la littérature.
« Houellebecq au milieu des gouffres humains » est un blogue, créé en juillet 2013, entièrement consacré à l’écrivain français. Il propose des analyses, des actualités, des critiques d’ouvrages, des citations commentées, des photos (dont des clichés inédits) ainsi que des liens vers des entrevues avec l’auteur, des articles de presse, etc. (rubrique « Blogroll »).
Courriel : isadumas.udem@gmail.com

« LES SURRÉALISTES » 2,  JACQUES HÉROLD (JACQUES BLUMER), 1910-1987 

 

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« Vénus anadyomène à l’approche de Cythère », vers 1930.

 

 

MÉMOIRE DES POÈTES XVI: GEORGES MÉLIÈS (1861-1938), Cimetière du Père-Lachaise, division 64 (article paru dans Diérèse 70, printemps-été 2017)

   Georges_Melies_tomb

   Marie-Georges Jean Méliès, dit Georges Méliès, naît le 8 décembre 1861 à Paris, au 49 boulevard Saint-Martin, dans le 3ème arrondissement, au sein d’une famille très aisée de fabricants de chaussures. Après des études au lycée Michelet de Vanves, puis à Louis-le-Grand, il effectue son service militaire à Blois. Bien qu’aucune trace écrite ne subsiste, la légende veut que l’appelé ait fréquenté le prestidigitateur Robert Houdin dans sa propriété de Saint-Gervais-la-Forêt. Revenu à la vie civile, Georges Méliès, qui désire devenir peintre, travaille quelques temps chez son père, et y apprend des rudiments de mécanique. En 1883, envoyé à Londres pour perfectionner son anglais, le jeune homme vend des corsets dans un grand magasin de confection, et en profite pour apprendre la prestidigitation auprès David Devant, comédien dont il réalise les décors, à l’Egyptian Hall. Revenu à Paris, il épouse Eugénie Génin, riche pianiste d’origine hollandaise, et se produit avec elle à la galerie Vivienne et au cabinet fantastique du musée Grévin notamment. Parallèlement, il poursuit une carrière de journaliste et de caricaturiste, notamment au journal antiboulangiste La Griffe, détenu par son cousin Adolphe Méliès. En 1888, fort des 500 000 francs rapportés par l’héritage familial, Méliès rachète son théâtre à la veuve de Robert Houdin, au 8 boulevard des Italiens. S’y produisent alors de célèbres illusionnistes tel le professeur Carmelli (1850-1919), qui passe pour être d’une habileté inégalée, mais aussi Okita, au style japonisant, au milieu des somptueux décors d’Houdin embellis par Méliès, et peuplés d’incroyables automates. Les soirées s’achèvent par des projections de photographies, sur des plaques en verre, dans une sorte d’ambiance poétique. Parallèlement, Méliès fonde en 1891 l’Académie de Prestidigitation, qui changera plusieurs fois de nom, et qui contribuera à donner un véritable statut à la profession .
Remerciez-moi, je vous évite la ruine, car cet appareil, simple curiosité scientifique, n’a aucun avenir commercial ! lui aurait dit l’un des frères Lumière, ou leur père (les versions divergent), lors de la première projection du Cinématographe, le 28 décembre 1895, à l’Hôtel Scribe, 14 boulevard des Capucines, à Paris. Désirant racheter le brevet de l’invention, Méliès essuie un refus poli, mais ferme. Comprenant quel est le formidable potentiel de l’outil, il achète donc le procédé de l’Isolatographe des Frères Isola (inhumés au cimetière des Batignolles) et le projecteur Theatograph commercialisé par son ami londonien, l’opticien et cinéaste Robert William Paul (1869-1943), avant de fonder sa propre société de production, la Star Films. Le 5 février 1896, à trente-quatre ans, Méliès diffuse ainsi ses propres œuvres, très inspirées par celles des Frères Lumière, dans son propre théâtre. Une seconde vie commence.
L’homme n’a plus seulement envie de filmer le réel, des scènes de rue, mais invente des scénarios, des histoires courtes. Il découvre également le procédé du collage, ancêtre du montage moderne, notamment dans Escamotage d’une dame au théâtre Robert-Houdin, en 1896. Ayant fondé le premier studio de cinéma français dans sa propriété montreuilloise, Méliès filme sa propre équipe théâtrale, des gens trouvés dans la rue, des danseuses devant des décors peints, et bâtit un atelier spécial pour colorier ses images. Passant fréquemment de l’autre côté de la caméra, Méliès devient ainsi une sorte d’athlète complet, tour à tour réalisateur, producteur, scénariste, machiniste et décorateur. Il va jusqu’à réinventer sur pellicule les actualités auxquelles il n’a pu assister, avec le Sacre du roi Édouard VII notamment . Pas moins de six-cents petits « voyages à travers l’impossible » sont ainsi tournés entre 1896 et 1914, autant de petits sketchs poétiques, étonnants, de quelques minutes, généralement projetés dans des foires.
On retient aujourd’hui de cette période essentiellement L’Affaire Dreyfus, Barbe bleue et surtout l’incroyable Voyage dans la Lune. Tourné en 1902 et devenu un classique, Remportant un franc succès, d’une durée de seize minutes (ce qui, pour l’époque, reste exceptionnel), décrivant une merveilleuse aventure dans l’espace, le court-métrage est salué outre-Atlantique. Très admiratifs, les Américains n’hésitent toutefois pas à pirater les bobines, au point que la Star Films ouvre une succursale à New-York, dirigée par Gaston Méliès, frère de Georges, afin de contrôler la diffusion. Ce dernier n’hésite pas à rédiger un article dans la presse, menaçant de poursuivre tous les contrefacteurs. Hélas rien n’y fait. En ce qui me concerne, ne croyez pas que je me considère rabaissé en m’entendant traité dédaigneusement d’artiste, car si vous, commerçants (et rien d’autres, donc incapables de produire des vues de composition), vous n’aviez pas des artistes pour les faire, je me demande ce que vous pourriez vendre, déclare Méliès à l’époque. Les mots sont magnifiques, mais cruellement révélateurs : ne possédant pas le sens des affaires, le cinéaste perd ses procès face au géant Edison, qui profite d’une histoire de brevet, obtenu sur le sol américain, pour exploiter en toute tranquillité le Voyage dans la Lune, et le manque à gagner est important. Les difficultés commencent : ne parvenant pas à rivaliser avec les grosses sociétés de production, Méliès perd le contrôle éditorial sur ses œuvres au profit de Pathé, qui devient dès 1911 distributeur officiel de Star Films. La femme de l’artiste décède deux ans plus tard. Devenu un simple cinéma, le théâtre Robert-Houdin doit fermer lors de l’entrée en guerre, en 1914, sur ordre préfectoral. Placé dans une situation financière extrêmement critique, Méliès monte, avec l’aide de sa famille, un théâtre, puis un cabaret d’opérette, dans sa propriété de Montreuil. L’aventure dure huit ans, de 1915 à 1923, avant qu’un créancier ne se présente. Pathé rachète la demeure, et tous les films disparaissent, vendus à des forains, ou détruits par Méliès, dans un acte de désespoir. On brûle les bobines pour en extraire l’argent, ou pour en faire du celluloïd, destiné à la confection de talonnettes, pour les Poilus. Ironie de l’Histoire : nous connaissons aujourd’hui les films de Méliès grâce aux copies piratées et aux contrefaçons yankees.
La banlieue entière s’est figée dans le décor préféré du film français. À Montreuil, le studio de Méliès a été démoli. Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruit, déclare mélancoliquement Maurice Pialat dans L’Amour existe, longue prose filmique autour de la banlieue parisienne. Ruiné, amer, Méliès épouse Jeanne d’Alcy (de son vrai nom Charlotte Faës), en 1925. Ensemble, le couple tient une boutique de confiseries et de jouets, gare Montparnasse, tout en recevant des chèques de Bernard Nathan . En 1929, le journaliste Léon Druhot le retrouve et le fait sortir de l’oubli. En 1932, Méliès et son épouse sont accueillis au château d’Orly, maison de retraite de la Mutuelle du cinéma. L’artiste meurt du cancer le 21 janvier 1938, à l’âge de soixante-seize ans. Il repose désormais avec sa femme dans la division 64, dans une tombe blanche portant la mention professionnelle « créateur du spectacle cinématographique », sous un buste signé Gavinelli. Située dans la division 64, non loin du mur de clôture Ouest du cimetière, régulièrement fleurie et ornée de vieilles pellicules, la sépulture figure sur le plan fourni à l’accueil.
Alchimiste de la lumière, pour reprendre les termes de Chaplin, Méliès aura donné son nom à plusieurs rues, à plusieurs établissements et à plusieurs cinémas (à Montreuil et à Toulouse notamment), fait l’objet de nombreux hommages et expositions, et inspiré le groupe électro Air . En leur temps, les surréalistes eux-mêmes ont contribué à découvrir, ou plutôt à redécouvrir, le travail de l’artiste. Fasciné, le réalisateur allemand Hans Richter (1888-1976), a ainsi grandement contribué à sortir Méliès de l’ombre. En février 1937 on projette à nouveau des films de Méliès dans diverses salles. Il est de plus en plus apprécié par la « nouvelle vague » d’alors et par les jeunes poètes. Le Festival est placé sous la présidence d’Edmond Jaloux et se tient à la brasserie Lux, rue de Rennes, près de la gare Montparnasse. Là, sur un papier à en-tête de la Brasserie, le dessinateur Gea Augsbourg brosse un croquis de Méliès, chapeau sur la tête. La feuille est bientôt couverte de signatures : André Breton, Paul Éluard, Maurice Fombeure, Louis Aragon… cet hommage spontané cause une grande joie à grand-père : se voir reconnu comme l’un des leurs par les surréalistes, quelle surprise à soixante-seize ans ! témoigne ainsi Madeleine Malthête-Méliès, dans le livre consacré à son père . De fait, l’univers onirique, décalé, expérimental, du magicien, ne pouvait que fasciner ces jeunes esprits enthousiastes, tournés vers le rêve, l’imaginaire. Bien que n’ayant évidemment jamais participé au mouvement, Méliès semble, indirectement, l’annoncer, et Breton évoque d’ailleurs son cinéma primitif dans une conférence prononcée le 2 mai 1938 à Mexico, quelques jours après la disparition de l’intéressé.

ANGST 11

 

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Photographie Etienne Ruhaud

 

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