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Monthly Archives: août 2016

« SURVIVRE », MICHEL BUTOR, éditions AEncrages & Co, 2011 (article initialement paru dans « Diérèse » 54, automne 2011)

    Michel Butor, que j’ai eu la chance de rencontrer une fois, et qui était charmant, vient de nous quitter. Ci-dessous, en guise d’hommage, un article de mon cru paru il y a six ans déjà.

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   Le titre du dernier recueil de M. Butor n’a rien de programmatique. Lumineux, Survivre  célèbre le monde et le règne naturel, à la fois la Terre, les animaux, les plantes, les montagnes, mais aussi la mer, très présente dans « Jade », la deuxième partie : végétation minérale / les algues se sont crispées/ dans un glaçon chaleureux/les courants des océans. Fraîche, intuitive, la plume de Butor procède ainsi d’une sorte de panthéisme joyeux, doublé d’une foi en l’avenir, d’un irréfutable optimisme, y compris à l’égard de la technologie : des avions mieux adaptés/des fusées intelligentes/qui puissent les emporter. L’amour participe discrètement de cette fête sensuelle, de cette euphorie : Ma peau se mêle à ta peau/tes yeux coulent sur mes yeux/je vois à travers ton ventre. Seule la vieillesse, la crainte de la déchéance physique, semblent pouvoir assombrir l’horizon du paisible écrivain, bien que l’idée de mort paraisse acceptée à l’image d’une fin heureuse, le terme d’un long et beau voyage : Ce qui diminue sûrement/c’est le nombre des jours qui restent. Maelstrom de métaphores, de couleurs, Survivre est écrit dans un style limpide et pourtant sans prosaïsme. Les textes tranchent ainsi avec certaines productions actuelles, parfois presque illisibles. Essayiste anticonformiste et auteur expérimental, M. Butor choisit ici l’octosyllabe sans rime, soit une forme relativement classique, comme il le dit d’ailleurs lui-même à la fin du livre, définissant son propre art poétique avec humour : Quand on atteint les quatre-vingts/On écrit en octosyllabes/si je deviens nonagénaire/je saurai compter jusqu’à neuf. Ornée des toiles de Georges Badin, et publié par les soins d’AEncrages & Co, en Bretagne, cette plaquette est toute entière portée par l’allégresse et ouvre d’autres perspectives de lecture. Souvent réduit à son rôle de pionnier du Nouveau Roman, M. Butor se révèle également être un poète délicat et sensible, chantre de la Nature et du simple plaisir de vivre.

RETOUR SUR « DISPARAÎTRE » (réflexion sommaire)

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   Parfois on se demande si on a fait quelque chose d’abouti. Je ne dis pas ça pour qu’on me rassure mais c’est une vraie question. Orné d’une photo de la gare du Nord, prise depuis la ligne 2 par mon amie Marianne Vinégla Camara, Disparaître est sorti il y a trois ans, grâce à François Mocaër et aux éditions Unicité (Gallimard avait aimé l’idée, et puis c’est tout). Dans sa préface, Dominique Noguez parlait d’un « roman de la crise ». Je demeure très touché que l’écrivain ayant fait connaître Houellebecq, grand romantique libéral de ce nouveau siècle, (et qui m’a écrit par mail après avoir reçu le livre), ait parlé en termes élogieux de ce qui se voulait d’abord un récit poétique. De fait, j’y évoquais le parcours catastrophique d’un étudiant apathique devenu précaire, à la Poste de Nanterre, de ceux qu’Aymeric Patricot appelle les « petits blancs » dans son essai éponyme, sachant que le terme est polémique (comme tout ce qui est vrai aujourd’hui). L’absence de perspective et de foi propre au personnage, l’absence de cause religieuse ou politique, constituaient le fil directeur d’un parcours tristement banal, de la banlieue Ouest jusqu’au cimetière de Thiais. Au moment de l’écriture je voulais surtout évoquer les SDF et les paysages urbains, ces paysages fer, les ensembles multiculturels de la petite ceinture. L’introduction assez rapide d’un personnage ressemblant fort au dynamique François Bon, et animant un atelier d’écriture à la fac de Limoges, ne devait rien au hasard, évidemment. Désormais certains éléments me paraissent datés.D’une part, Paris s’est encore dégradé, évidemment, et la donne terroriste a laissé son empreinte de sang. D’autre part les lieux eux-mêmes ont changé. Mon propre quartier a muté, puisque les squats y ont laissé la place aux bâtiments du Ministère, et que le tramway s’est installé, le long de Montreuil. Chinagora même, qui était alors abandonnée, et où plusieurs affaires sordides s’étaient déroulées, a été réhabilité. Les chiffres de vente du bouquin sont par contre toujours aussi faibles, mais ça c’est encore autre chose. Le prochain roman sera plus saignant, plus direct peut être plus long et plus construit aussi car certains éléments me semblent trop brefs et sommaires. Dépasser le politiquement correct ne serait pas une mince affaire. Pourtant tout est là. Parler de l’époque en vrai, sans provocation ni idée préconçue. Juste dire les choses.

« LE MONDE OÙ IL VIVAIT ÉTAIT TRISTE »

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   Le monde où il vivait était triste. Un roi dégénéré, des infants malades, des idiots, des nains, des infirmes, quelques pitres monstrueux vêtus en princes qui avaient pour fonction de rire d’eux-mêmes et d’en faire rire des êtres hors la loi vivante, étreints par l’étiquette, le complot, le mensonge, liés par la confession et le remords. Aux portes, l’Autodafé, le silence.. Un esprit nostalgique flotte, mais on ne voit ni la laideur, ni la tristesse, ni le sens funèbre et cruel de cette enfance écrasée. Velázquez est le peintre des soirs, de l’étendue et du silence. Même quand il peint en plein jour, même quand il peint dans une pièce close, même quand la guerre ou la chasse hurlent autour de lui.

(ELIE FAURE « Histoire de l’art »)

PARUTION DU « BESTIAIRE »

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   Enfin heureux! Cette fois le micro-recueil est paru et bien paru, puisque j’ai reçu vingt exemplaires ce matin par la Poste. Quatrième livre et je sais que cela se vendra fort peu, mais quelle importance? Bref. Pour le plus motivés, envoyer un chèque de 3,80 euros à l’ordre d’Yves Perrine (éditions « La Porte », 215 rue Moïse Bodhuin, 02000 LAON). On peut aussi s’abonner aux éditions (6 petits livres pour 22 euros). Si l’un ou l’une d’entre vous veut me faire un service de presse… Contactez moi en MP. J’enverrai l’ouvrage gratuitement et vous rendrai la pareille le cas échéant. Le meilleur à tous, votre ami en poésie.

« DIERESE » 65 DANS « PHOENIX » 21.

   En consultant l’excellent blog de mon ami Daniel Martinez, j’ai constaté que Marie-Christine Masset évoquais Diérèse 65, numéro auquel j’ai participé, dans la revue marseillaise Phoenix (numéro 21, printemps 2016). Je reproduis donc l’article de l’intéressée ci-dessous:

diérèse 65

   Ce numéro est aussi agréable à découvrir que les précédents : pages richement illustrées de peintures, dessins, collages (un collage de Ghislaine Lejard m’a particulièrement intéressée)… L’ensemble comprend neuf rubriques ; le lecteur va à la rencontre de la poésie, de la littérature et des arts. Après une belle réflexion sur « La voix de la traduction », Alain Fabre-Catalan présente Georg Trakl, à qui est dédié aussi un dessin de Max von Esterle. Dans le domaine chinois, le poète Du Mu (803-852) est évoqué et traduit par Guomei Chen. Trois cahiers accueillent quinze poètes. Richard Rognet en ouvre l’ensemble. Line Szöllösi fait entendre les biches qui halètent et la foudre tombée comme un nid. Cette matière à rêver (Isabelle Lévesque) lie en filigrane l’ensemble de ces cahiers. « Récits » accueille trois auteurs ; la rubrique d’Etienne Ruhaud, « Libres propos », évoque le tombeau des poètes. Les cimetières choisis sont ceux de Saint-Mandé où repose Juliette Drouet et de Bagneux (Alfred Jarry). Ici, c’est la pierre tombale qui parle, révèle son histoire. Après la rubrique « Cinéma » vient celle des « Bonnes feuilles », aux nombreuses recensions ! La présentation des éditions Les Deux-Siciles en fin de volume confirme le pouvoir de Diérèse : ouverture à tous les horizons.

Marie-Christine Masset – Phoenix (Printemps 2016 – Numéro 21)

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« Diérèse et les Deux-Siciles, le blog de Daniel Martinez » (cliquer sur le lien)

Site de la revue « Phoenix » (cliquer sur le lien)

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constanta
Hic ego qui iaceo tenerorum lusor amorum
Ingenio perii, Naso poeta, meo.
At tibi qui transis, ne sit grave quisquis amasti
Dicere: Nasonis molliter ossa cubent.

(« Chantre né des amours , et poète du coeur,
Le crime de mes vers a causé mon malheur,
O passant! Si ton coeur fut amoureux et tendre,
Dis; que d’Ovide au moins repose en paix la cendre »)

   … tel est le magnifique épitaphe inscrit sous la statue d’Ovide, sur la place centrale de Constanta, petite ville roumaine au bord de la mer Noire, bijou dace tombant hélas en ruines. Exilé par Auguste pour des motifs demeurés inconnus, l’auteur des Métamorphoses y écrivit les Tristes, suite de suppliques adressées à l’empereur, et demeurées sans réponse. Mort de chagrin en 17 ou 18 après Jésus-Christ sur la petite île de Tomis, l’homme nous a laissé quelques vers d’une lumineuse mélancolie.

  Je reparlerai peut être prochainement de mon passage sur les pas d’Ovide dans un prochain billet. Quoi qu’il en soit, je fais aujourd’hui ma rentrée anticipée, du moins sur le blog, après presque un mois d’absence. Car, comme vous vous en doutez, chers et rares lecteurs, je suis parti quelques temps. D’abord à l’Est, très à l’Est, à Bucarest puis à Sofia, en Bulgarie, puis, moins loin, en Seine-et-Marne, du côté de Fontainebleau, sur les traces du précieux Mallarmé, inhumé à Samoreau, mais aussi de Gaston Ferdière, moins connu, et d’autres poètes résistants au destin tragique.

  « Page paysage » reprend donc son cours. Je vous espère tous en forme. En attendant les prochaines agapes, voici la couverture de mon futur micro-recueil (j’ai renvoyé la maquette trois semaines), à paraître très prochainement chez la Porte.

bestiaire

 

 

 

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