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Archives de l'année 2015

NO FUTURE

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« Christ mort », Antonello da Messina

    J’évoquais hier la figure tragique de David Douche, alias Freddy, dans La vie de Jésus de Bruno Dumont. Il se trouve que j’ai revu le film, disponible en streaming, dans la nuit. Les impressions que j’en avais retirées une première fois sont à peu près les mêmes: une grande tristesse, une description minutieuse, ultra-réaliste, d’un Nord de moi inconnu. Je n’y ai vu, à l’époque, aucun mysticisme. Ma formation intellectuelle d’alors? Je pourrais évidemment développer, à ce propos. Simplement, outre le fait que je n’ai aucune capacité théologique, et que cela paraîtrait déplacé, j’ai pris le parti de ne jamais évoquer ici même le moindre sujet d’ordre politique ou religieux. Je m’adresse en effet à un public divers, ai des lecteurs de gauche comme de droite (les seconds étant plus rares dans le monde de la culture, et ne pouvant assumer publiquement leurs idées), et n’ai pas la formation spirituelle pour m’y livrer. Reste que le titre même de l’oeuvre (La vie de Jésus), n’a évidemment rien d’innocent, surtout sous la plume et dans la bouche d’un professeur de philosophie passé à la réalisation. On pourrait évoquer notamment les plans fixes du ciel, la présence d’une icône accrochée non loin du corps martyrisé par le sarcome de Kaposi d’un jeune sidéen… Je laisse cela aux spécialistes.

 

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   Le destin bref et tragique de David Douche n’est pas sans me rappeler celui de Pierre Blaise, bûcheron de son état, et acteur dans l’incroyable Lacombe Lucien de Louis Malle, film sur la collaboration que beaucoup connaissent, et dont, une nouvelle fois, je ne livrerai ni résumé, ni analyse approfondie. Comme David Douche, Pierre Blaise n’était pas un acteur professionnel. Comme David Douche, il reste l’homme d’un seul film. Comme David Douche, il est mort tragiquement à vingt ans seulement, suite à un accident de voiture absurde, dans la Renault 17 Gordini qu’il s’était offerte grâce au tournage. Comme David Douche, enfin, Pierre Blaise, avec son accent du Midi, dégage une force brute, primale, une sincérité totale. Son jeu prend encore une résonance particulière en moi: brièvement professeur de français en lycée, j’ai voulu partager ma passion pour ce film avec des élèves de quinze ans, et n’ai essuyé que de prévisibles lazzi. Plus encore, Lacombe Lucien me rappelle évidemment le Lot, d’où reste originaire ma famille, et où elle vit encore. Je connais évidemment mal ce Nord qu’évoque Dumont dans La vie de Jésus, et qui reste actuellement sous les feux de l’actualité pour des raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas ici. En revanche, les chemins bordés de pierres et de chênes parcourus par Lucien dans le film de Louis Malle me sont évidemment familiers, de même que cette façon de parler et d’être, cette bonhommie dégagée par l’acteur, comme pour conjurer la cruauté de l’Histoire, sa définitive violence. La brièveté du parcours terrestre de Blaise comme de Douche ajoutent-elles au charme du film, à sa réputation? On aimerait ne pas le souhaiter, et pourtant c’est un fait. Il y a là quelque chose de terriblement tragique, dans la continuité même de l’œuvre. Ni Douche, ni Blaise n’ont joué ailleurs, n’ont fait souche. Leur présence brûlante, torturée, n’aura habité qu’un seul film. Aucun prolongement, mais aucune déperdition.

DAVID DOUCHE, « LA VIE DE JESUS »

2015429-le-film-la-vie-de-jesus-637x0-1… Cela fait déjà un bon moment que je n’ai pas produit d’article nécrologique, chers lecteurs. D’autres textes suivront pourtant, notamment, si tout va bien, dans le mensuel local L’ami du vingtième, où j’ai déjà fait paraître mon travail autour d’Hans Bellmer et Unika Zürn, comme signalé précédemment.

  J’aimerais, aujourd’hui, brièvement parler de David Douche, qui vient de nous quitter à quarante trois ans seulement, dans des conditions assez tristes, et après une vie d’errance. Le papier de La voix du Nord reproduit ci-dessous évoque assez bien son parcours pour le moins chaotique. Contrairement à l’écrivain Jean-François Jacq, qui a brillamment évoqué Disparaître, je n’ai pas connu l’homme. Pas plus que je ne voue un culte inconditionnel à Bruno Dumont, qui souvent m’ennuie, notamment dans Flandres ou dans 29 palms. Nonobstant, La vie de Jésus, au titre trompeur, reste un incroyable film des années 90, un film sur le Nord, sur la misère et la racisme, sans aucun propos moralisateur ni manichéisme. Un film teinté d’un ultraréalisme sombre, total, et où il n’y a ni bons, ni méchants. Ancien professeur de philosophie, Dumont a su donner corps à cette jeunesse perdue, à ces « petits blancs » oubliés dont parle Aymeric Patricot, marginaux qu’incarne à lui seul David Douche, homme d’un seul film; acteur non professionnel. Je ne me livrerai pas ici à un résumé, ni même à une analyse complète. Voyez ce film plus que jamais d’actualité, ou revoyez le.

(ARTICLE TIRÉ DE « LA VOIX DU NORD ». Tous droits réservés)

Hazebrouck : de « La Vie de Jésus » à la rue, le tragique destin de David Douche

Publié le 09/12/2015

PAR SIMON CAENEN

Il était le héros du film « La Vie de Jésus », le premier film de Bruno Dumont. David Douche, qui a grandi dans une famille d’accueil à Bailleul, est décédé avec son épouse dans la nuit de lundi à mardi, dans un feu d’appartement. Son passage au cinéma aura été la courte parenthèse d’une vie cabossée

L’image qu’on a de David Douche est celle de Freddy, ce chômeur touchant du premier film de Bruno Dumont : La Vie de Jésus. Nous sommes en 1997, le jeune homme alors âgé d’une vingtaine d’années a été repéré par le réalisateur bailleulois qui cherche des acteurs amateurs, authentiques, instinctifs. Il reçoit un prix d’interprétation en Sicile. Ce sont ses premiers pas au cinéma, et ses derniers.

David Douche est cabossé par la vie. Cet enfant de la DDASS n’a presque pas connu ses parents. Il grandit avec ses deux petits frères dans une famille d’accueil, à Bailleul. François Lesage s’occupe de lui, avec son épouse, aujourd’hui décédée. En regardant les photos, le retraité de 86 ans se souvient : « On avait nos cinq enfants et les trois qu’on accueillait. Mais on les considérait tous comme nos enfants. David était calme. Mais il aimait trop la liberté. »

Une fois adulte, il prend vite son indépendance, stoppe les contacts avec sa famille et mène une vie de vagabond. « Il a été soldat et a déserté », se souvient François Lesage. « C’est lui qui avait le plus de chance, ajoute Jean-François Douche, son plus petit frère. Il était doué, c’était celui qui suivait bien à l’école. »

Après le cinéma, il n’accepte pas le retour à une vie banale et arrête de travailler comme couvreur. Dans un portrait que lui consacre Libération, en 2004, on peut lire : « « Après le tournage, le retour au quotidien est difficile. David Douche peine à se lever le matin, picole trop et manque d’assiduité. Son employeur finit par le licencier. » On apprend dans le même article qu’il aurait pu avoir une deuxième chance. « Après La Vie de Jésus, Téchiné s’est intéressé à lui. Mais au même moment, David entrait en prison pour s’être battu avec des flics. Neuf mois ferme à Loos. »

L’homme avait retrouvé une certaine stabilité depuis quelques années. Il vivait avec Françoise Lefebvre, son épouse, dans un appartement qu’il louait à la commune. Il avait repris contact avec Lionel Douche, son autre frère. « C’était un couple très gentil, souligne ce dernier. Il venait tous les jours car il ne s’en sortait pas. »

David Douche aimait jouer à la belote et pêcher la carpe avec ses amis. « C’était un bon gars, témoigne l’un d’eux. Il me disait qu’il touchait 620 € par mois et que c’était difficile. »

Quel souvenir gardait-il de La Vie de Jésus ? « Ah bon, il a joué dans un film ?, répondent-ils. Il n’en a jamais parlé. » Dans Libération, David Douche a une phrase très forte. On peut lire : « David Douche, lui, se demande encore si tourner avec Dumont a finalement été une chance : Je me pose souvent la question. Je n’ai toujours pas la réponse. »

PAR-DELÀ BIEN ET MAL

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« Wer mit Ungeheuern kämpft, mag zusehn, dass er nicht dabei zum Ungeheuer wird. Und wenn du lange in einen Abgrund blickst, blickt der Abgrund auch in dich hinein. »

 

Jenseits von Gut und Böse, 1886. Viertes Hauptstück. Sprüche und Zwischenspiele

« Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »

Par-delà le bien et le mal, Une philosophie de l’avenir, Nietzsche, 1886

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PARUTIONS EN REVUE

launeChers amis, chers lecteurs,

Je reviens vers vous après une pause d’à peu près deux semaines, retrait volontaire lié aux évènements récents. Signalons brièvement, deux parutions:

  • Dans le journal local L’ami du vingtième vendu dans les kiosques de l’arrondissement parisien en question: un article consacré à la tombe d’Hans Bellmer et Unika Zürn, au Père-Lachaise (article précédemment publié sur la blog, et partiellement remanié).
  • Dans Diérèse n°66, à paraître, un long article consacré au cimetière de Pantin, où se trouvent notamment les tombes des poètes André Hardellet et Ilarie Voronca.

Bonne semaine à tous!

diérèse 66

PS: Une exposition consacrée aux soixante-dix ans de L’ami du vingtième se tient actuellement, et jusqu’au 4 décembre (c’est-à-dire vendredi), à la mairie de l’arrondissement, 6 place Gambetta (métro Gambetta, ligne 3). Diérèse est disponible sur commande, en envoyant un chèque de 18,50 euros, à Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77380 OZOIR-LA-FERRIÈRE.

Site de « L’ami du 20ème »

Blog de « Diérèse »

HOMMAGE AUX MORTS DE PARIS (et d’ailleurs)

Je pense aux matelots oubliés dans une île,
Aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encor !

(Charles Baudelaire)

VENDREDI 13 NOVEMBRE 2015

Rue de la Fontaine au Roy. Photographie personnelle.

Rue de la Fontaine au Roy. Photographie personnelle.

   Vendredi, vers 22 heures, j’ai appris les attentats un peu par hasard, en consultant les résultats du Loto sur Internet. J’ai d’abord su, comme chacun d’entre nous, qu’il y avait eu une attaque armée simultanée dans le dixième arrondissement, et à Saint-Denis, à proximité du stade. Je n’entrevoyais certainement pas, alors, la gravité de la situation. Un de mes premiers réflexes a été d’envoyer un SMS à mon ami réalisateur Stéphane R., qui vit non loin du Petit Cambodge, rue d’Aix, ainsi qu’à ma petite cousine, domiciliée, avec son mari, rue de la Fontaine au Roy. Puis j’ai suivi, au fil du web, ce qui se passait, tout en envoyant d’autres SMS à mes proches, afin de les rassurer, ou de les protéger, autant que possible. D’abord, ce fut un défilé ininterrompu de voitures de police, d’ambulance, cours de Vincennes, puis le bruit des hélicoptères qui m’avait déjà marqué, lors de l’attaque de l’Hypercacher en janvier. Une nuit étrange, dans une ville en état de siège. Le Louvre ayant rapidement fermé, je me suis rendu, le lendemain, sur les lieux du drame, devant le Bataclan que je connais si bien, et en d’autres endroits de Paris que j’ai toujours fréquentés, toujours aimés.

  Que dire, sinon ce que tout le monde sait? Ce blog étant culturel avant tout, je n’ai aucun message d’ordre géopolitique ou autre à délivrer, aucune information inédite à donner. Je vais donc m’efforcer de poursuivre ce travail dès demain, en rédigeant d’autres billets littéraires. Par-delà les images terribles diffusées en boucle à la télévision, gardons en mémoire, malgré tout, cette si belle photo du Bataclan coiffé d’un toit en forme de pagode, et prise vers 1900. D’insouciantes opérettes d’Offenbach, des pièces de boulevard s’y jouaient alors, bien loin du sifflement des balles

(source: Wikipédia)

(source: Wikipédia)

Paris, 13 novembre, état de siège.

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« LA NUIT SERA BLANCHE ET NOIRE » (NERVAL)

  Il y a quarante ans, dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini était assassiné sur la plage d’Ostie. Tué à coups de bâton, écrasé par sa propre voiture de sport. Ainsi s’achevait une existence brève, passionnée et sombre. De nombreux doutes subsistent: qui a tué le poète? S’agit-il d’un complot, d’un meurtre politique, ou d’une simple aventure sexuelle ayant mal tourné? Pareilles incertitudes font naturellement le régal des complotistes. Loin de nous l’idée de répondre à ces questions, ni même de dresser une biographie complète de ce fascinant auteur, cinéaste et écrivain, quand d’autres s’y emploient fort bien. Disons juste que j’ai eu le bonheur de croiser Pasolini, ou plutôt son reflet, un matin de juillet 2015, dans une station de métro, à Naples, ville qu’affectionnait probablement cet enfant du Nord.

Pier Paolo Pasolini, stazione di Materdei, Napoli.

Pier Paolo Pasolini, stazione di Materdei, Napoli.

Le jour de ma mort

Dans une ville, Trieste ou Udine,
le long d’une allée de tilleuls,
au printemps quand les feuilles
changent de couleur,
je tomberai mort
sous le soleil qui brûle
blond et haut,
et je fermerai les yeux,
laissant le ciel à sa splendeur.

Sous un tilleul tiède de verdure
je tomberai dans le noir
de ma mort qui dispersera
les tilleuls et le soleil.
Les beaux jeunes garçons
courront dans cette lumière
que je viendrai de perdre,
essaimant des écoles,
les boucles sur le front.

Je serai encore jeune
en chemise claire,
les cheveux tendres en pluie
sur la poussière amère.
Je serai encore chaud,
et courant sur l’asphalte
tiède de l’allée,
un enfant posera sa main
sur mon ventre de cristal.

(La meilleure jeunesse, Suite frioulane © poésie/Gallimard, 1995, p. 45)

Il giorno della mia morte

In una città, Trieste o Udine,
per un viale di tigli,
quando di primavera
le foglie mutano colore,
io cadro’ morto
sotto il sole che arde,
biondo e alto,
e chiudero’ le ciglia
lasciando il cielo al suo splendore.

Sotto un tiglio tiepido di verde,
cadro’ nel nero
della mia morte che disperde
i tigli e il sole.


I bei giovinetti
correranno in quella luce
che ho appena perduto,
volando fuori dalle scuole,
coi ricci sulla fronte.

Io saro’ ancora giovane,
con una camicia chiara,
e coi dolci capelli che piovono
sull’amara polvere.

Saro’ ancora caldo,
e un fanciullo correndo per l’asfalto
tiepido del viale,
mi posero’ una mano
sul grembo di cristallo.

Un article assez complet sur la mort de Pasolini, dans « Télérama » (cliquer sur le lien)

Biographie de Pasolini sur Wikipédia (cliquer sur le lien)

BLOGORAMA 21: « PEUT(-)ÊTRE », LE BLOG POÉTIQUE DE JULIEN BOUTONNIER

photos en tete 6  Jeune auteur résidant à Toulouse, Julien Boutonnier a accepté notre demande d’information, et nous livre ainsi quelques informations sur un blog entièrement poétique. Laissons lui donc la parole:

   J’ai créé ce blog « peut(-)être » en février 2012. Le nom « peut(-)être » renvoie à la fois, par l’opération du trait d’union entre parenthèses, à l’incertitude et à la possibilité, lesquelles se conditionnent l’une l’autre. Cette alliance d’un non savoir et d’une ouverture reste, je crois, un motif essentiel de l’écriture.

   Le désir qui fut la cause du blog tient à la solitude dans laquelle je me trouvais. Pour comprendre ma démarche, il est donc nécessaire de bien situer celle-ci dans son environnement numérique. Mon entreprise n’a en effet de sens qu’en ce qu’elle trouve sa place au cœur d’autres entreprises d’écriture, lesquelles stimulent, bordent, déplacent la mienne. Cette dimension de partage est un trait essentiel de ma présence sur le web. Elle est comme un axiome, lequel je pourrais énoncer de la sorte : écrire en numérique, c’est lire et relayer le travail des autres autant que produire et diffuser le sien propre.

   Je publie régulièrement sur mon blog, au moins plusieurs fois par semaine. J’essaie de donner à ressentir l’écriture au plus près de l’acte. Des photos peuvent ponctuellement accompagner le texte, mais aussi de la musique, des enregistrements audio. J’essaie d’utiliser au mieux les potentialités qu’offre le numérique, ce qui oblige à une certaine mesure pour éviter la dispersion. J’essaie de transmettre également, par le biais d’un journal , l’esprit de mes tentatives, d’en livrer les principes d’organisation, les sources d’inspiration. Pour certains travaux, je livre les différentes versions qui se succèdent dans le temps pour transcrire au plus près l’avancée de l’écriture.
   Les thématiques qui traversent ce blog sont le trauma, la mort, l’amour, la division du sujet humain, la Shoah, le poème. En résumé, je crois que j’essaie d’explorer la raison d’être. Mes moyens sont la poésie, l’essai, l’aphorisme, la note, dans un contexte numérique.

   J’ai écrit sur ce blog le livre Ma mère est lamentable édité en numérique et papier aux éditions publie.net.
   Outre mon journal, quelques travaux au long cours font la trame de ce blog. Il s’agit du « médaillon » et des « balises ». Ce dernier texte, issu du même rêve qui a provoqué l’écriture de « Ma mère est lamentable », croise les motifs du deuil, du rêve et de la Shoah. Il devrait donner lieu à un site, un livre numérique et un livre papier. Il faut noter enfin qu’on peut lire plusieurs échanges avec des créateurs numériques ; ce sont les « vases communicants ».

Lien vers publie.net, où acheter le livre de Julien Boutonnier

« peut(-)être », le blog de Julien Boutonnier

« Ma mère est lamentable », publie.net

je me suis appuyé contre un frêne. il y a ce ruisseau, presque une rivière, qui fait l’eau dans la pente douce. de temps à autre un corps d’enfant passe, bute contre les pierres, clapote et repart. je ne parviens pas à concilier la solitude. chaque pas dans l’herbe rouge sang est une butée dans l’horreur. et le ciel jusque bas se tait et pèse, et fait des rides au temps qui passe. j’ai perdu jusqu’à. peu tient encore. la guerre est morte. restent certaines heures l’après-midi quand la lumière se heurte à l’ennui. il m’arrive de m’appuyer contre un muret. voir ce qui glisse et tremble. c’est un ventre à la limite que je suis. une viscère qui contemple en dernier. peut-être. et toi tu as passé dans une nuit qui ne reviendra pas. ta voix descelle les roches encore parfois. les éboulis me diront. mais ce n’est plus toi. il y a mes mains aussi, elles regarderont la mort que je deviens. ce poids à la fin. (« Dérives », note 573, billet du blog publié le 2 novembre 2015)

« MY TREE » DE SARA SIADATNEJAD

  Un collègue et ami m’a envoyé ce court-métrage poétique de la jeune réalisatrice Sara Siadatnejad. Tourné au Nord de l’Iran, au bord de la mer Caspienne avec très peu de moyens et une seule actrice (Sara Siadatnejad elle-même), le film a bénéficié de l’aide du célèbre Abbas Kiarostami, auteur du Goût de la cerise. Pour les mélomanes, indiquons que la musique de fin est un extrait de la sonate pour violon en mi mineur de Mozart (deuxième mouvement).

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