PAGE PAYSAGE

Accueil » 2015 » décembre

Monthly Archives: décembre 2015

2015 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2015 de ce blog.

En voici un extrait :

Un métro New-Yorkais contient 1.200 personnes. Ce blog a été visité 6 300 fois en 2015. S’il était un métro New-Yorkais, il faudrait faire 5 voyages pour les déplacer tous.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Publicités

UNE PREMIÈRE SOIRÉE AU CÉNACLE

cénacle du cygne

… Une belle première soirée au Cénacle du Cygne hier, en compagnie de mon éditeur François Mocaër, et de mon amie Prisca Poiraudeau, qui a lu son dernier recueil, Le miroir des chiens fantômes. J’ai, pour ma part, lu mon petit bestiaire, qui paraîtra normalement l’an prochain chez La Porte.

  Organisé par l’écrivain Marc-Louis Questin chaque mois dans la cave de la Cantada II (13 rue Moret, Paris 11, station Ménilmontant), l’évènement rassemble des plasticiens, des danseurs, des acteurs et des auteurs, dans une grande liberté de ton mais avec malgré tout une certaine préférence pour le monde gothique. Le prochain rendez-vous aura lieu le 26 janvier à 20 heures. Je ne monterai pas sur scène pour l’occasion, mais serai présent pour applaudir mon ami Jean Hautepierre.

JOYEUX NOËL À TOUS! BON NADAL!

« LES SAPINS », Guillaume Apollinaire

apollinaire

Les sapins

Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
À briller plus que des planètes

À briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses

Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Au vent des soirs d’automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne

Des rangées de blancs chérubins
Remplacent l’hiver les sapins
Et balancent leurs ailes
L’été ce sont de grands rabbins
Ou bien de vieilles demoiselles

Sapins médecins divaguants
Ils vont offrant leurs bons onguents
Quand la montagne accouche
De temps en temps sous l’ouragan
Un vieux sapin geint et se couche

Guillaume Apollinaire (Alcools, 1903)

LECTURE AU CÉNACLE DU CYGNE (le 29 décembre)

downloads

 

  Chers amis, chers lecteurs,

  Je lirai quelques uns de mes poèmes mardi prochain, le 29 décembre, au « Cénacle du cygne », soirée polyvalente mêlant littérature, cinéma, musique, danse et lectures, organisée par Lord Mandrake, alias Marc-Louis Questin, dans le bar gothique « La Cantada II », à partir de 20 heures. Pour des raisons familiales, je ne pourrai hélas pas rester longtemps, et serai là plutôt au début (vers 20 heures, donc). Serons aussi présents mes amis Prisca Poiraudeau et Jean Hautepierre. Entrée et participation libres.

Adresse: La Cantada II, 13 rue Moret, 75011 PARIS, métro Parmentier ou Ménilmontant.

HIVER

richepin_03

Jean Richepin (1849-1926)

 

Première gelée

Voici venir l’Hiver, tueur des pauvres gens.

Ainsi qu’un dur baron précédé de sergents,
Il fait, pour l’annoncer, courir le long des rues
La gelée aux doigts blancs et les bises bourrues.
On entend haleter le souffle des gamins
Qui se sauvent, collant leurs lèvres à leurs mains,
Et tapent fortement du pied la terre sèche.
Le chien, sans rien flairer, file ainsi qu’une flèche.
Les messieurs en chapeau, raides et boutonnés,
Font le dos rond, et dans leur col plongent leur nez.
Les femmes, comme des coureurs dans la carrière,
Ont la gorge en avant, les coudes en arrière,
Les reins cambrés. Leur pas, d’un mouvement coquin,
Fait onduler sur leur croupe leur troussequin.

Oh ! comme c’est joli, la première gelée !
La vitre, par le froid du dehors flagellée,
Étincelle, au dedans, de cristaux délicats,
Et papillotte sous la nacre des micas
Dont le dessin fleurit en volutes d’acanthe.
Les arbres sont vêtus d’une faille craquante.
Le ciel a la pâleur fine des vieux argents.

Voici venir l’Hiver, tueur des pauvres gens.

Voici venir l’Hiver dans son manteau de glace.
Place au Roi qui s’avance en grondant, place, place !
Et la bise, à grands coups de fouet sur les mollets,
Fait courir le gamin. Le vent dans les collets
Des messieurs boutonnés fourre des cents d’épingles.
Les chiens au bout du dos semblent traîner des tringles.
Et les femmes, sentant des petits doigts fripons
Grimper sournoisement sous leurs derniers jupons,
Se cognent les genoux pour mieux serrer les cuisses.
Les maisons dans le ciel fument comme des Suisses.
Près des chenets joyeux les messieurs en chapeau
Vont s’asseoir ; la chaleur leur détendra la peau.
Les femmes, relevant leurs jupes à mi-jambe,
Pour garantir leur teint de la bûche qui flambe
Étendront leurs deux mains longues aux doigts rosés,
Qu’un tendre amant fera mollir sous les baisers.
Heureux ceux-là qu’attend la bonne chambre chaude !
Mais le gamin qui court, mais le vieux chien qui rôde,
Mais les gueux, les petits, le tas des indigents…

Voici venir l’Hiver, tueur des pauvres gens.

(La chanson des gueux, 1881)

 »PAROLES DES FORÊTS », Pascal Mora, éditions Unicité, 2015 (article paru dans « Diérèse » 66, hiver 2015)

   1540-1

   Illustré par de beaux clichés végétaux, ce troisième recueil de Pascal Moral s’inscrit dans la lignée d’Étoile nomade (L’Harmattan, 2011). Évoqué par nos soins dans Diérèse n°58 (hiver 2012, p. 314-315), le précédent livre ressemblait à une série d’instantanés sensibles, de paysages, de «poésimages » pour reprendre les termes de l’auteur, également photographe. Pareillement, ce nouvel opus, publié par les soins d’Unicité, évoque la nature, mais aussi la ville, en une série de vers libres, tantôt longs, tantôt plus courts, toujours riches en sensations, en visions, pour former une longue ode, en quatre grandes parties, quatre grands textes. Constitué d’une seule et vaste pièce, emportée par l’enthousiasme, le souffle poétique, « Chênes » explore les sous-bois, nous parle de nos racines, en termes métaphoriques dans une union heureuse, cosmique, avec la Nature : Sur la face du tronc,/Filaments de sentiers brisés sur terres tremblantes,/Isthmes et presqu’îles formant écailles de tortue,/L’arbre se raconte (p.13). Sans perdre ce lien primal avec la Terre, « Voyage dans le grand temps » s’aventure cette fois aux confins de la mémoire, mêlant endroits, anecdotes, souvenirs proches et lointains, à la manière des fameux Cantos de Pound : Montvernot, diapason de brume/Vitraux harmoniques aux couleurs d’aube/Communiant sur les chemins qui respirent/Avec la lenteur des pierres (p. 35). Troisième pan, troisième tableau du quadriptyque, « La clairière centre du monde », qui rappelle le nom du site animé par le poète (clairiere.net), porte un titre programmatique : lieu primordial, essentiel, lieu où, comme le dit fort bien Irène Duboeuf dans sa préface, « se dévoilent les secrets » la clairière permet de se retrouver, de se recentrer sur soi-même, tout en rétablissant un lien premier avec l’univers. Loin d’être de simples aquarelles un peu mièvres, ou un peu superficielles, les poèmes de Pascal Mora procèdent en effet d’une approche mystique qu’on ne saurait réduire à une pratique un peu figée, ritualisée, à une sorte de délire illuminé ou à un paganisme panthéiste quelque peu naïf. Évoquant tout à la fois les figures prophétiques de Jésus ou de Bouda, le poète use aussi du verbe pour accéder à une forme de sagesse, un rapport heureux avec le Tout ; et cette fusion se produit précisément dans la clairière, au milieu, là où se font entendre les « paroles des forêts ».
Quatrième et dernière partie du recueil, « Retour au temps » colle au réel pour nous parler de voyages lointains, sur l’esplanade du Temple notamment (p. 87), sans pour autant négliger, oublier, le milieu urbain longuement dépeint à travers Étoile nomade : Le mouvement permanent des chantiers/Qui précipite la prospérité des ruines. Les corneilles portent leurs gouffres qui bougent/Vers les fabriques (p. 73). Poésie jeune, poésie neuve, poésie lyrique, en tous points éloignée de l’abstraction ou du jeu linguistique, l’écriture de Pascal Mora ré-enchante le Monde.

%d blogueurs aiment cette page :