PAGE PAYSAGE

Accueil » 2015 » juillet

Archives Mensuelles: juillet 2015

CETTE ROSACE SUR MA TOMBE (André Breton)

BretonPLUTÔT LA VIE

Plutôt la vie que ces prismes sans épaisseur même si les couleurs son plus pures
Plutôt que cette heure toujours couverte que ces terribles voitures de flammes froides
Que ces pierres blettes
Plutôt ce coeur à cran d’arrêt
Que cette mare aux murmures
Et que cette étoffe blanche qui chante à la fois dans l’air et dans la terre
Que cette bénédiction nuptiale qui joint mon front à celui de la vanité totale
Plutôt la vie

Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
Ses cicatrices d’évasions
Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
La vie de la présence rien que de la présence
Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
Je n’y suis guère hélas
Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir
Plutôt la vie

Plutôt la vie plutôt la vie Enfance vénérable
Le ruban qui part d’un fakir
Ressemble à la glissière du monde
Le soleil a beau n’être qu’une épave
Pour peu que le corps de la femme lui ressemble
Tu songes en contemplant la trajectoire tout du long
Ou seulement en fermant les yeux sur l’orage adorable qui a nom ta main
Plutôt la vie

Plutôt la vie avec ses salons d’attente
Lorsqu’on sait qu’on ne sera jamais introduit
Plutôt la vie que ces établissements thermaux
Où le service est fait par des colliers
Plutôt la vie défavorable et longue
Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux
Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui
Plutôt la vie

Plutôt la vie comme fond de dédain
A cette tête suffisamment belle
Comme l’antidote de cette perfection qu’elle appelle et qu’elle craint
La vie le fard de Dieu
La vie comme un passeport vierge
Une petite ville comme Pont-à-Mousson
Et comme tout s’est déjà dit
Plutôt la vie

(Clair de terre)

Tombe d'André Breton au cimetière des Batignolles (division 31), photo de Claude Lothier

Tombe d’André Breton au cimetière des Batignolles (division 31), photo de Claude Lothier

MÉMOIRE DES POÈTES XI: JEAN ROLLIN (1938-2010), Père Lachaise, division 37

Jean-rollin_1938   Fils du dramaturge Claude Rollin et de Denise Lefroi, qui sera la maîtresse de Georges Bataille (1897-1962, enterré au cimetière de Vezelay) et Maurice Blanchot, Jean-Michel Rollin Roth le Gentil naît le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine. Enfant, il se passionne pour le cinéma de cape et d’épée après avoir vu Le Capitaine Fracasse d’Abel Gance, puis, adolescent, pour les films fantastiques américains, ainsi que pour la littérature populaire. Il s’initie à la réalisation au cours de ses obligations militaires, en tournant des publicités pour le recrutement. Ayant échoué à devenir assistant du grand surréaliste Luis Buñuel (1900-1983, ses cendres sont répandues à Mexico), Rollin, influencé par la déconstruction narrative du Nouveau Roman, s’aventure en plusieurs essais expérimentaux, littéraires, tel Les Amours jaunes (1958) adaptation d’un poème de Tristan Corbière (1845-1875), ou Ciels de cuivre (1961). L’itinéraire marin, projet de film avec Marguerite Duras datant de 1963, ne voit finalement pas le jour. Rollin continue donc à enchaîner courts-métrages et travaux alimentaires, sur les plateaux, où il est embauché comme technicien.

   Le viol du vampire, son premier long-métrage, sorti en mai 1968 à l’occasion des évènements de mai, est un échec retentissant. Né, pour d’étranges raisons, de la jonction de deux moyen-métrages (Le viol du vampire proprement dit et Les femmes vampires), et produit avec très peu de moyens par Sam Selsky, l’œuvre suscite de violentes réactions de rejet. Surréaliste, sensuel et avant-gardiste, Le viol du vampire déçoit la plupart des spectateurs, venus voir un authentique film d’horreur, dans l’esprit des productions anglaises Hammer. Les rares critiques sont féroces, et Rollin veut alors mettre un terme à sa carrière. Il revient néanmoins dès 1969 avec La vampire nue, film magnifique tourné en couleur, avec les jumelles Marie-Pierre et Catherine Castel (qu’on retrouvera dans les productions suivantes), et qui fait la part belle aux obsessions saphiques de l’auteur, ainsi qu’à une sorte d’imaginaire sombre. Peu dialogué, assez lent, le scénario décrit la lutte courageuse d’un jeune homme contre la sanglante société secrète dirigée par son père, défendue par d’étranges personnages à masques d’animaux. Le film, qui convoque à la fois Georges Franju, grand intercesseur de Rollin, et l’expressionisme allemand, évoque une nouvelle fois l’esthétique surréaliste. Le frisson des vampires (1970), où une reine vampire sort d’une horloge, ou encore Requiem pour un vampire (1971), ou deux jeunes filles déguisées en clowns s’enfuient d’un centre éducatif pour atterrir dans un château habité par une secte avide d’hémoglobine, restent dans la même veine érotico-fantastique.

"Le viol du vampire", 1968

« Le viol du vampire », 1968

   L’Américain Lionel Wallman, qui va produire les films suivants, convainc Rollin d’introduire quelques scènes d’amour hétérosexuelles, puis de s’orienter vers le genre érotique, en pleine expansion au début des années 70. En 1973, le nouvel échec commercial de La rose de fer, autre récit énigmatique et vampirique se déroulant sur la côte normande et dans le cimetière d’Amiens, amène le cinéaste à « commettre », sous pseudonyme, des navets pornographiques softs, parmi lesquelles Jeunes filles impudiques (1973), et Tout le monde il en a deux (1974), où nous retrouvons le mannequin Joëlle Cœur. Rollin, qui glisse un soupçon d’épouvante dans Phantasmes, en 1975, n’a pas renoncé pas pour autant à son travail d’auteur. Réalisé en 1974 avec davantage de moyens, comptant Jean-Pierre Bouyxou, personnage fétiche des plateaux underground, au casting, Les démoniaques, où le spectre de jeunes filles victimes de naufrageurs pourchassent leurs bourreaux, et Lèvres de sang (qui connaîtra une double version nettement plus hardcore, avec l’acteur-poète Jean-Loup Philippe, Suce-moi vampire), se heurtent pourtant toujours à l’indifférence, voire au mépris, de la critique. Contraint à la production de séries B, théoriquement plus populaires, Rollin tourne alors beaucoup, et notamment des films de zombies, parfois intéressants, parmi lesquels Les raisins de la mort (1977), avec la plantureuse actrice X Brigitte Lahaie, Le lac des morts-vivants (1981), sous pseudonyme, ou encore La morte vivante (1982). Il s’illustre aussi dans le thriller, avec La nuit des traquées (1980), et Les trottoirs de Bangkok (1984), récit sensé se dérouler en Thaïlande, mais entièrement filmé dans des hangars… au milieu du XIIIème arrondissement ! Signalons enfin une comédie qui n’a pas fait date, Ne prends pas les poulets pour des pigeons (1985), avec Michel Galabru, sur un scénario de Jean-Claude Benhamou, et un authentique drame, non-fantastique, qui raconte l’errance de deux jeunes fugueuses, Les échappées (1981). La capacité de Rollin à réaliser rapidement et avec un budget minimal des œuvres de commande attire alors l’attention de Marius Lesoeur, producteur d’Eurociné, et que le cinéaste espagnol Jésus Franco (1930-2013) a abandonné du fait qu’il ne lui fournissait pas suffisamment de fonds. Outre ses propres films, Rollin se voit proposer de reprendre les rushs de Franco (ce qui provoque la fureur de l’intéressé), et de « compléter » certaines productions bancales ou inachevées, tel Emmanuelle 6, en 1988. Lui qui aime faire une courte apparition dans certaines scènes, joue également pour des amis, tels Norbert Moutier, spécialiste de cinéma bis, Jean-Pierre Putters, fondateur de « Mad movies », ou encore Quelou Parente, auteure de plusieurs courts métrages fantastiques.

Nue,_jean_rollin-1969

  Reconnu dans les milieux arty américains comme un créateur atypique, son travail se diffuse peu à peu en vidéo outre-Atlantique, mais pas en France, où les salles obscures de quartier disparaissent les unes après les autres pour laisser place à de grands complexes où les petites productions sont absentes. S’éloignant progressivement de la caméra faute de moyens, Rollin prend la plume pour explorer plus avant un univers original, unique. Plusieurs romans, là aussi fantastiques, souvent gore, tels La petite ogresse, Gargouillis glauque[1], ou Billes de clown[2] voient ainsi le jour. Devenu directeur de collection chez Florence Massot et Fleuve noir, Rollin tourne un peu pour la télévision, grâce à Canal +, et réalise aussi des films beaucoup plus personnels, aux antipodes des séries B précédemment citées. On retrouve ainsi l’écriture des premiers films dans Les deux orphelines vampires (1997), La fiancée de Dracula (2002), et surtout la magnifique Nuit des horloges (2007), sorte de testament esthétique et spirituel, alternance de réflexions philosophiques et de morceaux poétiques, riches de nombreuses références aux films du début. La hardeuse Ovidie y incarne la jeune Isabelle. Ayant reçu en héritage la maison d’un vieil oncle écrivain et réalisateur, le mystérieux Michel Jean (double assumé de Rollin), Isabelle sera poursuivie par des spectres au Père Lachaise, allégories des propres idées fixes de l’auteur. Ni cette Nuit des horloges, ni l’ultime Masque de la méduse (2010), où jouent l’épouse et la petite fille de Rollin, ne sortent cependant en salle. Atteint d’un cancer, l’homme, qui commence à être invité dans des festivals, s’éteint le 15 décembre 2010, et se trouve inhumé dans le caveau familial de la 27ème division, dans le cimetière qu’il avait lui-même filmé. À soixante-douze ans. Il laisse derrière lui pas moins de trente-et-un courts et longs métrages, vingt-deux livres, et plusieurs scénarios. D’inégale valeur, souvent décriée, son œuvre, aujourd’hui rééditée en DVD, rencontre un nombre croissant d’adeptes. Plusieurs documentaires lui sont également consacrés, tels Jean Rollin, le rêveur égaré[3], ou Être et à voir[4].

9

[1] Tous deux publiés chez Rafaël de Surtis/Editinter.

[2] Editions Edite, Paris, 2009.

[3] Damien Dupont et Yvan-Pierre Kaiser, sorti en 2011.

[4] Jean-Loup Martin, L’Harmattan, Paris, 2015.

PRO DOURDAN

   7Jamais houellebecquomania n’a été aussi forte que fin 2014. Jamais non plus la parution d’un roman, si provocateur fut-il, n’aura suscité pareil tapage médiatique : en une des principales feuilles issues de la bobosphère, invité sur les ondes et les plateaux-télé, le prix Goncourt 2010 reste incontournable, ou plutôt difficile à contourner.

   Dans un texte publié en 1999[2], l’auteur égratigne copieusement une modeste commune de la Grande Couronne, dont le nom, à l’onomastique suave, évoque généralement une sortie d’autoroute :À Dourdan, les gens crèvent comme des rats (…) on rentre le soir à huit heures, il n’y a pas un magasin ouvert; personne ne vient vous rendre visite, jamais; le week-end, on traîne bêtement entre son congélateur et son garage.

    D’un naturel curieux, et houellebecquophiles non-assumés, mon ami R. et moi-même décidons de visiter la ville, par un bel après-midi de printemps calme et tiède. L’expédition est longue. Une fois pris le RER C, il faut traverser tout le 91, jusqu’au terminus. D’abord, ce sont les extensions d’Austerlitz, ensemble de rails, de câbles et de caténaires, autour de bâtiments tagués, vaguement abandonnés. Ensuite, on longe une rivière (la Marne ?), entourée d’un désordre d’entreprises et d’entrepôts, avant les cités, murailles de béton plantées d’antennes. Juvisy, Savigny… Les agglomérations défilent selon une logique immuable, inconnue du novice. Dourdan-Forêt apparaît enfin, au fond de sa cuvette boisée, suite à une ultime rangée de maisons individuelles pour classe moyenne, munies de jardinets, parfois de balançoires.

  Première impression : celle d’un retour en province, à la campagne, avec cette petite gare grise, et ces vaches, en arrière-plan, broutant le pâturage. « Comme c’est calme ! », glisse R., tandis que nous descendons vers le centre, arrosé par l’Orge. Un pique-nique rapidement avalé, un Ricard et un café en guise de digestif au PMU de la place, à côté de l’église gothique et en face d’une ancienne halle au marché, puis nous visitons le château, fières tours crénelées entourées de remparts, de douves. Sortie de l’audio-guide, une voix féminine vous raconte l’histoire de France, Philippe Auguste, la Guerre de Cent ans, vagues souvenirs scolaires de dates à apprendre par cœur, et de cartes Vidal-Lablache accrochées au tableau noir ; toute mémoire enfouie, soudain ressuscitée. Ça sent la cire et la vieille pierre, une odeur de cave et de mousse, presque rassurante. Après les pièces médiévales, blanches et sereines, on traverse un ensemble disparate et beaucoup plus moderne : des chambres à coucher avec des bergères, des fauteuils crapaud, ainsi qu’un fatras de boiseries baroques, un Moyen-âge reconstitué, trop neuf pour faire vrai. Méthodiquement alignées sur leurs étagères d’ébène, apothicailleries et cornues rappellent la profession de l’acquéreur, riche bourgeois essonnien qu’on imagine assez sous les traits de Monsieur Homais. Quelques poteries (spécialités dourdannaises), un manuscrit du poète et aventurier baroque Jean-François Régnard, mort entre ces murs, un mot de Zola, familier des lieux… Non loin des austères portraits de notables locaux, figures oubliées, l’enluminure du mois d’avril, tirée des Très riches heures du duc de Berry, éclaire la pièce de lumière bleue ; derrière les personnages, gentes dames et preux chevaliers d’indigo vêtus, se dresse le fameux château, celui où nous nous trouvons, immuable dans son bain de soleil[3].

   Dans le train direct pour Dourdan/Une jeune fille fait des mots fléchés, lisons nous cette fois dans « Paris-Dourdan »[4]. De retour vers la capitale, en sens inverse du texte, nous ne croisons aucune donzelle amatrice de sudoku, pas plus que nous n’avons croisé de SDF à Dourdan, paisible trou de verdure, pour paraphraser, avec l’humilité requise, Arthur Rimbaud. Les génies connaissent parfois leurs faiblesses, et nul n’est décidément infaillible, pas même Houellebecq.

Le château de Dourdan

Le château de Dourdan

[1]Configuration du dernier rivage, Flammarion, 2013.

[2] Renaissance, Ibid.

[3] Certains fâcheux, historiens trop précis, y voient plutôt le château de Pierrefonds, mais qu’importe.

[4] Renaissance, Ibid.

Dans le métro de Naples..

Pier Paolo Pasolini

Pier Paolo Pasolini

MÉMOIRE DES POÈTES X: HANS BELLMER ET UNICA ZÜRN (Père-Lachaise 3)

Hans Bellmer and Unica Zürn

 

CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, (16 rue du Repos, 75020 PARIS métro Père-Lachaise, ligne 2)

DIVISION 9

Hans Bellmer (1902-1975) et Unica Zürn (1916-1970)

  Né le 13 mars 1902 à Kattowitz, en Silésie allemande[1], Hans Bellmer fuit très vite une enfance morose pour se réfugier dans l’imaginaire artistique, en compagnie de son frère Fritz, et se trouve contraint, très jeune, d’accomplir divers travaux manuels pénibles. Puritain et tyrannique, son père l’inscrit, contre son gré, dans une école d’ingénieurs berlinoise, afin qu’il embrasse la même carrière que lui. Bellmer, qui côtoie les spartakistes, et fréquente les Dadaïstes, abandonne l’université technique en mai 1924, et, sur les conseils du peintre George Grosz, entame une formation de typographe. Devenu illustrateur aux éditions Malik-Verlag, il rencontre une première fois les surréalistes lors d’un voyage à Paris, en 1925-1926. De retour à Berlin, il ouvre une agence publicitaire, et, en 1928, se marie avec Margarete Schnelle. En 1933, à l’arrivée du pouvoir des nazis, Bellmer décide de ne plus rien faire qui puisse être utile à l’État, et ferme son entreprise, tandis que son père, lui, adhère au NSDAP[2]

"Poupée" d'Hans Bellmer

« Poupée » d’Hans Bellmer

En 1934, il conçoit sa célèbre « poupée », sculpture d’1 mètre 40, représentant une jeune fille chaussée d’escarpins noirs sur des chaussettes blanches, aux membres articulés autour d’une grosse boule représentant l’abdomen, et pourvue d’un cou amovible. Exhibée par le pouvoir dans les expositions d’« art dégénéré »[3], l’œuvre, qui sera abondamment analysée par les psychanalystes comme une projection sadomasochiste, permet, selon son créateur, d’accéder à la mécanique du désir, et fera l’objet d’infinies variations. Bellmer, dont la femme meurt en 1938, s’installe à Paris, et participe aux expositions surréalistes. Ressortissant allemand, et donc suspect aux yeux de l’administration, il est arrêté, et emprisonné au camp des Milles, en Provence, en compagnie notamment de Max Ernst. Ayant échoué à partir aux États-Unis, il se réfugie dans la clandestinité jusqu’à la Libération. Il collabore ensuite avec Paul Éluard (enterré dans la 97ème division), et publie les images d’une seconde « poupée », dans le désormais célèbre ouvrage Jeux de la poupée, paru en 1949. Prises par ses propres soins, les photographies sont en outre peintes à l’aniline, pour former un ensemble coloré. Parallèlement, l’homme poursuit un travail intense d’illustrateur et de graveur, ce monument étrange et noir, dont parle André Pieyre de Mandiargues[4] (enterré dans la 13ème division).

Une exposition d'"art dégénéré", à Berlin.

Une exposition d' »art dégénéré », à Berlin.

  C’est en 1953 qu’Hans Bellmer rencontre Unica Zürn, lors d’une exposition organisée dans la capitale. Née le 6 juillet 1916 à Berlin-Grünewald dans un milieu fortuné, fille du journaliste-voyageur Ralph Zürn, cette dernière a d’abord été scripte aux studios de l’UFA (Universum Film AG), puis, à partir de 1936, scénariste et réalisatrice de films publicitaires. Sa mère s’étant remariée Heinrich Doehle, ministre d’Hindenburg puis haut dignitaire du IIIème Reich, Unica, qui connaît alors de nombreuses liaisons amoureuses, est introduite dans les milieux nazis. En 1942, elle épouse Erich Laupenmühlen, commerçant avec lequel elle aura deux enfants, et qu’elle quittera en 1949, suite à de nombreuses infidélités. Elle fréquente dès lors les milieux artistiques, et écrit de nombreuses nouvelles pour les journaux, ainsi que des contes radiophoniques.

Unica Zürn

Unica Zürn

  Hans Bellmer et Unica Zürn emménagent dans une modeste chambre de la rue Mouffetard, dans le cinquième arrondissement, et vivent chichement. Présentée par son nouveau compagnon au groupe surréaliste, Unica réalise de nombreux dessins et anagrammes, publiés en recueil dans sa ville d’origine. Plusieurs expositions sont organisées à Paris. La jeune femme, qui abandonne rapidement la peinture, décide de ne se consacrer qu’au dessin et à l’écriture, et crée de nombreuses, et énigmatiques, chimères. Sa santé mentale se dégrade hélas rapidement, et elle fait plusieurs tentatives de suicide, entrecoupées d’internements, en diverses cliniques, d’abord outre-Rhin, puis en France, à Paris, La Rochelle, ou encore en banlieue. Témoignage sur ces années noires, L’Homme-Jasmin, écrit entre 1963 et 1965, traduit dans la langue de Molière en 1971, et préfacé par Pieyre de Mandiargues, doit beaucoup à une rencontre avec Henri Michaux, en 1957, année durant laquelle son ami a lui-même publié Petite anatomie de l’inconscient ou petite anatomie de l’image, un traité esthétique. En 1969, Bellmer, qui a fait une crise cardiaque, devient hémiplégique, et sombre dans un mutisme définitif. Très affaiblie, Unica écrit alors Sombre printemps, bref et bouleversant récit à la troisième personne, relatant une enfance allemande, des premiers fantasmes sexuels ainsi qu’une scène d’inceste. Début 1970, elle trouve la force de composer Crécy, un journal de souvenirs, ainsi que Livre de lecture pour les enfants. Outre des lettres au psychiatre Gaston Ferdières, qui a aussi soigné Artaud (et qui se trouve enterré au cimetière d’Hericy, en Seine-et-Marne), Unica Zürn poursuit de nombreux projets. La dépression met néanmoins un terme brutal à son œuvre : le 7 avril 1970, elle rédige une lettre de rupture à Bellmer, puis se rend à leur domicile, au 4 rue de la Plaine, au-dessus de l’actuel Monoprix-Nation, pour se jeter dans le vide. Paralysé, Bellmer, qui souffre d’un cancer de la vessie, meurt lui six ans plus tard, le 23 février 1975, très seul. Les deux amants reposent aujourd’hui ensemble, sous une dalle de marbre noir, sobre, en face de la conservation. Mon amour te suivra dans l’Éternité (Hans à Unica), peut-on lire sur leur tombe.

Au 4 rue de la Plaine, Paris XX.

Au 4 rue de la Plaine, Paris XX.

[1] La ville se trouve actuellement en territoire polonais, et s’appelle Katowice.

[2] Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, parti national-socialiste des travailleurs allemands, en abrégé, parti nazi.

[3] La qualification d’«art dégénéré » (en allemand Entartete Kunst), désigne les productions contemporaines, considérées comme décadentes au regard de l’«art héroïque » officiel, figuratif. Une première exposition d’art dégénéré est organisée à Munich en juin 1937, et attire jusqu’à deux millions de visiteurs. Y figurent notamment Chagall, Nolde, Picasso ou Kokoschka, ainsi que la totalité des peintres expressionnistes, tels Max Beckmann, George Grosz ou Otto Dix. Le concept est ensuite étendu à certains écrivains, dont les livres sont brûlés, à certains compositeurs (Bartok, Schönberg…) à certains genres musicaux (le jazz et le swing), et au cinéma (Fritz Lang, Max Ophüls, Billy Wilder). De nombreuses œuvres sont détruites.

[4] « Morale de la gravure », préface à L’œuvre gravé, éditions Denoël, Paris, 1969.

"Mon amour te suivra dans l'Eternité (Hans à Unica)'.

« Mon amour te suivra dans l’Eternité (Hans à Unica)’.

LA PRISE DE LA BASTILLE

11760312_960650390666454_7391597831507337953_n

« 14 JUILLET » (Francis Ponge)

9782070321674   Tout un peuple accourut écrire cette journée sur l’album de l’histoire, sur le ciel de Paris. D’abord c’est une pique, puis un drapeau tendu par le vent de l’assaut (d’aucuns y voient une baïonnette), puis – parmi d’autres piques, deux fléaux, un râteau – sur les rayures verticales du pantalon des sans-culottes un bonnet en signe de joie lancé en l’air. Tout un peuple au matin le soleil dans le dos. Et quelque chose en l’air à cela qui préside, quelque chose de neuf, d’un peu vain, de candide : c’est l’odeur du bois blanc du faubourg Saint-Antoine, – et ce J a d’ailleurs la forme du rabot. Le tout penche en avant dans l’écriture anglaise, mais à le prononcer ça commence comme Justice et finit comme ça y est, et ce ne sont pas au bout de leurs piques les têtes renfrognées de Launay et de Flesselles qui, à cette futaie de hautes lettres, à ce frémissant bois de peupliers à jamais remplaçant dans la mémoire des hommes les tours massives d’une prison, ôteront leur aspect joyeux.

BLOGORAMA 18: « TRANCHES DE VI(D)E », LE BLOG DE KEMI OUTKMA (cf. addendum de janvier 2016 en bas de page)

   Publié, comme votre serviteur, chez Unicité, l’ami Kemi Outkma (ne consultez pas l’orthophoniste si vous n’arrivez pas à prononcer), nous fait l’honneur d’un prolixe Blogorama. « Il fait trop chaud pour travailler », dit la publicité pour Pulco citron, avec le cow-boy mexicain dans son hamac. N’ayant rien à ajouter, et sentant mes neurones fondre sous la cuisante canicule de juillet, secondée par la pollution parisienne, je laisse donc la parole à l’intéressé, qui se présente fort bien lui-même.

Kemi au pilori

Kemi au pilori

  Kemi OUTKMA est né en 1977 en Vendée et a jusqu’en 2005 considéré sa vie et fait d’elle une succession d’expériences spontanées. Pendant ses années d’errance (1993-2005) il a fréquenté de nombreux milieux interlopes parfois nommés « underground » et a vécu en divers endroits de France, d’Europe et du Maroc. Depuis 2005 il se tient retiré quelque part dans le Sud-Ouest, et se consacre entièrement à l’écriture, la quête spirituelle et son autonomie vivrière. Déscolarisé à 16 ans, il n’a aucun cursus et est donc autodidacte non par choix mais par voie de conséquence. Son style acide et son humour caustique se veulent à l’image d’un réalisme social contemporain, profondément humain, là où se côtoient dans la plus grande intimité l’horreur et la grandeur, la Lumière au milieu des Ténèbres.

   Il nomme son repaire le Camp de Base, son blog en est la principale balise émettrice ensuite relayée par Facebook, Twitter, etc…

   Il s’agit davantage d’un laboratoire d’expériences littéraires que d’un blog proprement dit puisqu’il n’existe aucune ligne éditoriale ni aucune rigueur dans la fréquence des parutions. Un genre de signal aléatoire, comme un écho résiduel dans le champ magnétique. (certains projets y ont toutefois été « testés » avant d’être lus puis publiés par des éditeurs)

   On y trouve des actus, des infos, des extraits ou des critiques de ses publications*, des extraits de son journal, quelques nouvelles ou micro-nouvelles, de la néo-poésie, des pamphlets, des extraits de correspondance ou encore un cadavre exquis…

   Il appelle son blog « Tranches de vi(d)e » et il signe de ses initiales : K.O. Si on lui demande il se qualifie lui-même de :

   «  Plumitif autodidacte, galérien de la plume, prolo du verbe, incorrigible sale gosse de la scribouille. Miroir de vos travers et mémoire de vos revers. Sampler/émetteur. Rédacteur et assembleur des maux silencieux de mes congénères et de mots licencieux que les cons génèrent. »

https://kemioutkma.wordpress.com/

Cycle(s), roman format papier, 2012, éditions UNICITE

Demain je ne pointe pas, roman format numérique (adaptation de Cycle(s)), 2014, éditions NUMERIKLIVRES

Junkz, recueil de nouvelles format papier, 2014, éditions FORGEURS D’ETOILES

Pentatracks, recueil de nouvelles collectif format papier et numérique, 2014, éditions LA BOURDONNAYE

La ménagerie, feuilleton format papier ou numérique, 2015, éditions LA BOURDONNAYE

kemi junkz

ADDENDUM DU 4 JANVIER 2016: Kemi a désormais ouvert un site internet plus complexe, reprenant les principaux articles du blog précité: Le site de Kemi Outkma

CLAIR DE TERRE

Jakin129906196383_artL’UNION LIBRE

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de
dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de coeur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu.

(ANDRÉ BRETON, 1931)

MEMOIRE DES POETES IX: JACQUES-HENRI BERNARDIN DE SAINT-PIERRE (1737-1814) AU PÈRE-LACHAISE

STATUE DE BERNARDIN DE SAINT PIERRE AU JARDIN DES PLANTES DE PARIS

STATUE DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE AU JARDIN DES PLANTES DE PARIS

 

CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, (16 rue du Repos, 75020 PARIS métro Père-Lachaise, ligne 2)

DIVISION 11

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)

  Né le 17 janvier 1737 au Havre, Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre s’enthousiasme dès l’enfance pour Robinson Crusoé, et voyage avec son oncle, capitaine de navire, jusqu’en Martinique. Revenu en Normandie, et écœuré par la vie maritime, il étudie chez les Jésuites, à Caen, à Rouen, et enfin à Versailles, à l’École Royale des Ponts et Chaussées, où il obtient le grade d’ingénieur militaire. Il intègre l’armée à Düsseldorf, mais son insubordination lui vaut d’être révoqué, et de rentrer en France dès 1760. Sans ressources, il retourne brièvement sous les drapeaux l’année suivante, pour se rendre à Malte, alors menacée par une invasion turque, et survit péniblement en donnant des cours de mathématiques à Paris. On le retrouve ensuite intriguant en Hollande, en Russie, à la cour de l’impératrice Catherine, puis en Pologne, où il tombe fou amoureux de la belle-princesse Marie-Caroline Radziwiłł, et enfin en Prusse, à Dresde et à Berlin. En 1766, complètement ruiné, l’homme loue une chambre chez un curé, à Ville-d’Avray, et commence à rédiger ses Mémoires. Ses projets littéraires sont néanmoins interrompus par un nouveau départ, cette fois en Île de France (actuelle île Maurice), en 1768. Bernardin de Saint-Pierre, qui a obtenu un nouveau grade de capitaine-ingénieur, découvre avec tristesse un pays ravagé par la déforestation massive et la spéculation féroce. Ce faisant, il convainc le gouverneur de l’île de protéger les forêts primaires, et lance ainsi l’un des premiers programmes de sauvegarde écologique. Revenu, cette fois définitivement, à Paris en 1771, le botaniste-aventurier fréquente assidûment la Société des gens de Lettres ainsi que le salon de Madame de Lespinasse, où il rencontre d’Alembert, et également Jean-Jacques Rousseau, avec qui il se lie d’une profonde amitié, non sans partager sa mélancolie. En 1773 paraît son Voyage à l’Île de France, à l’île Bourbon et au cap de Bonne-Espérance, par un officier du Roi (Amsterdam et Paris, 2 volumes, in octavo), épais récit sous forme de lettres à un ami. Longuement méditées, et longuement préparées, ses célèbres Études sur la nature sont publiées onze ans plus tard. Bernardin de Saint-Pierre y développe sa théorie du finalisme anthropocentrique, doctrine selon laquelle tout, dans le monde, serait fait pour l’homme, pour son confort. Citons ainsi le chapitre XI de la section Harmonies végétales des plantes avec l’homme :

Il n’y a pas moins de convenance dans les formes et les grosseurs des fruits. Il y en a beaucoup qui sont taillés pour la bouche de l’homme, comme les cerises et les prunes ; d’autres pour sa main, comme les poires et les pommes ; d’autres beaucoup plus gros comme les melons, sont divisés par côtes et semblent destinés à être mangés en famille : il y en a même aux Indes, comme le jacq, et chez nous, la citrouille qu’on pourrait partager avec ses voisins. La nature paraît avoir suivi les mêmes proportions dans les diverses grosseurs des fruits destinés à nourrir l’homme, que dans la grandeur des feuilles qui devaient lui donner de l’ombre dans les pays chauds ; car elle y en a taillé pour abriter une seule personne, une famille entière, et tous les habitants du même hameau.

1312452-Bernardin_de_Saint-Pierre_Paul_et_Virginie

  Aujourd’hui quelques peu oubliées, et jugées fantaisistes, ces Études connaissent à l’époque un succès immédiat. Brusquement sorti de l’ombre, Bernardin de Saint-Pierre va alors habiter un luxueux appartement, au 21 quai des Grands-Augustins (dans l’actuel sixième arrondissement). L’expérience vécue sur l’île Maurice, et ses peines de cœur, lui inspirent l’écriture de ce qui reste son chef d’œuvre, et aussi le seul de ses livres à être passé à la postérité. Sorti en 1787, ce court roman décrit les malheurs de deux enfants innocents, issus de familles différentes et élevés en tant que frère et sœur, tels Adam et Ève, dans un jardin virgilien, édénique au bord de l’Océan Indien. Amoureuse de Paul, la chaste Virginie est brusquement arrachée à sa terre natale, et envoyée en métropole, pour hériter d’une tante qu’elle ne connaît pas, et recevoir une éducation digne de son rang. Profondément malheureuse loin de son amant, Virginie revient quelques années plus tard, mais, pris dans la tourmente, le vaisseau qui la ramène échoue sur les rochers, sous les yeux de Paul, qui meurt de chagrin. Le pessimisme de l’auteur, qui, dans une vision rousseauiste et préromantique, oppose la civilisation corrompue à une nature idyllique, séduit rapidement ses contemporains. Les adaptations artistiques, gravures et peintures, fleurissent jusqu’au XIXème siècle. En 1841, dans Le curé du village, Honoré de Balzac[1] (1799-1850) parlera d’un des plus touchants livres de la langue française […] par la main du Génie. En 1857, dans Un cœur simple, Gustave Flaubert (1821-1880) prénommera Paul et Virginie les deux enfants de Madame Aubain, et Paul et Virginie fera partie des lectures d’Emma, dans Madame Bovary. Disciple de Flaubert, Guy de Maupassant (1850-1893), évoquera lui aussi Paul et Virginie dans Bel-Ami, en 1885, et, plus récemment, certains ont vu dans Le Chercheur d’or de J.M.G. Le Clézio, une réécriture du fameux récit. Enfin, Jean-Luc Godard rendra un discret hommage à Bernardin de Saint-Pierre dans Pierrot le fou; en 1965, un feuilleton reprenant l’intrigue sera diffusé à la télévision en 1974; en 1992, une comédie musicale sera montée par le metteur en scène Jean-Jacques Debout… C’est dire si Paul et Virginie, composé dans un style ample et poétique, mêlant, selon Sainte-Beuve (1804-1869), la suavité et la lumière, demeure actuel.

   En 1792, Bernardin de Saint-Pierre épouse Félicitée Didot, de trente ans sa cadette, et devient intendant du Jardin des Plantes, où sa statue, accompagnée de celle de Paul et Virginie, se dresse toujours. Sa place est supprimée l’année suivante, et, fin 1794, il est appelé à enseigner la morale à l’École normale de l’an III, créée par la Convention. Piètre orateur, il n’y fera que trois apparitions, et se trouve finalement nommé membre de l’Institut de France en 1795, dans la classe de langue et de littérature, où il se brouille avec ses collègues, notamment Cabanis (1757-1808). Pestant contre l’athéisme, Bernardin de Saint-Pierre soutient à partir de 1797 le culte révolutionnaire de la théophilantropie, qui vise à renforcer la république en donnant une nouvelle foi aux Français, en remplacement du catholicisme, lié au pouvoir royal. Il entre à l’Académie française en 1803.

   Sa première femme qui lui a laissé un fils, Paul, disparu très tôt, et… Virginie, (qui, elle, épousera le général Marie Joseph Gazan), décède en 1800. Bernardin de Saint-Pierre se remarie avec une des filles du libelliste Anne-Gédéon de la Fitte de Pelleport, Désirée, qui elle-même se remariera avec l’homme de lettres Louis-Aimé Martin. Le 21 janvier 1814, l’écrivain-scientifique, s’éteint paisiblement dans sa campagne d’Éragny, au bord de l’Oise, à l’âge de soixante-dix-sept ans. Hormis Paul et Virginie, ses livres ne sont plus guère lus. Évoquons malgré tout La chaumière indienne et Le Café de Surate, deux petits contes satiriques publiés en 1790 et magnifiquement écrits, mais peut être aussi l’étonnante Arcadie, publiée cette fois neuf ans plus tôt, long poème en prose et description utopique d’une république idéale, débarrassée de toute violence. L’homme repose désormais sous une dalle toute simple au pied d’un mur, émouvante de sobriété, et indiquée sur le plan fourni à l’entrée.

IMG_1497

TOMBE DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE (division 11), photographie personnelle.

[1] Enterré dans la 48ème division.

%d blogueurs aiment cette page :