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Archives du 30/06/2015

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BOUFFER DU GRANIT

granit

« Bouffer du granit »: intraduisible en français, l’expression russe signifie que nous devons nous atteler à une tâche rude, ingrate. C’est un peu le sentiment que j’ai avec l’écriture. Une tâche dure, ingrate, lente, répétitive, qu’il s’agisse de taper sur le clavier, ou de tracer des lignes de ma pénible graphie adolescente dans les méchants calepins que j’achète place de la Réunion, les jours de marché. Parfois (rarement), on s’enfonce comme dans du beurre, et le verbe sort tout seul, fluide, immaculé, tel une évidence, un objet auprès duquel on serait longtemps passé sans le voir, un chemin caché par un bosquet, une personne dont on n’aurait jamais remarqué la beauté… Mais le plus souvent les choses se font à coups de ratures et d’agacements, d’obsessions. Que j’eusse aimé écrire facilement!

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UNE BELLE CRITIQUE DE « DISPARAÎTRE » PAR L’ECRIVAIN JEAN-FRANCOIS JACQ

   Ci-dessous une très belle critique de Disparaître, mon premier et unique roman, par Jean-François Jacq, homme de théâtre, blogueur, écrivain, qui publiera prochainement chez Unicité.
Photo prise par l'auteur.

Photo prise par l’auteur.

   Je ne suis pas un lecteur ordinaire, saisi de plein fouet par l’inéluctable se profilant de page à page, hanté par le personnage de Renaud dont la descente m’est, au demeurant, éminemment familière. Ayant connu la rue à l’âge de dix-neuf ans, et ce durant plusieurs années, je ne suis absolument pas en mesure de faire preuve de complaisance à l’égard du roman d’Etienne Ruhaud. Roman, je l’avoue d’emblée, le mot me gêne. Il me dérange d’autant plus que l’auteur nous met face à une histoire romancée, et que nous en dépassons rapidement le cadre, Ruhaud nous invitant à pénétrer l’envers de ce quotidien nauséabond, se suffisant à lui seul pour n’avoir à apporter aucune explication quant aux raisons de la chute de son personnage. Lorsque le processus est en marche, rien ne peut plus l’arrêter. Et c’est l’une des grandes réussites de ce livre.  Ne pas donner à comprendre. Renaud ne m’est pas donc pas étranger (d’où ce rejet  à l’égard du terme roman). Je suis tout près de lui au fil de la lecture de Disparaître, à ses côtés à un point tel que je ressens exactement le vide se faire en son corps, et que je me surprends – ce qui n’est nullement mon habitude de lecteur – à en murmurer les mots, happé par la justesse de la mécanique anthropologique de Disparaître. Sachez-le. Ruhaud ne vous a pas dupé. Ruhaud de nous conter une histoire somme toute banale, puisque c’est ainsi que nous côtoyons ceux dont les corps finissent par éclater sur le pavé. Combien de morts, précisément à Thiais, carré des indigents, dans la plus grande indifférence ? Le lecteur que je suis tient à remercier l’auteur que tu es pour cet immense Disparaître, d’un point de vue littéraire, mon cher Etienne. L’auteur que je suis le considère comme frère de sang de mon récit (Hémorragie à l’errance), traitant de mes années passées à la rue. Pas un seul jour sans que je n’y pense. Et il en sera ainsi jusqu’à ma mort, jusqu’à ce qu’à mon tour, communément à Renaud, peut-être bien dans mon lit mais empreint de la même liquéfaction que ce personnage en résonance avec ce que je suis, jusqu’à ce qu’à mon tour je disparaisse. Un livre de cet acabit ? Il y a bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé.
disparaitre jacq
Le site de Jean-François Jacq (rajouté au favoris): http://jean-francois-jacq.e-monsite.com/
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