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Archives du 20/06/2015

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MEMOIRE DES POETES VIII, JEAN DE BRUNHOFF (Père-Lachaise 2)

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DIVISION 65

   Fils d’un éditeur d’art, Jean de Brunhoff naît dans la capitale le 9 décembre 1899, à la veille du XXème siècle. Mobilisé en 1917, il ne monte pas au front, et, en 1921, étudie à l’Académie parisienne de la Grande Chaumière, dans l’atelier d’Othon Friesz, où il rencontre de nombreux peintres. En 1924, il épouse la sœur de l’un d’eux, la pianiste Cécile Sabouraud. Dotée d’une riche imagination, cette dernière raconte à leurs trois enfants l’histoire d’un éléphanteau orphelin, qui, parti à pied en ville pour échapper aux chasseurs, revient en voiture dans la brousse, où il est couronné roi. Jean de Brunhoff décide d’en faire un album illustré à usage familial, privé. Enthousiastes, son frère Michel de Brunhoff, et son beau-frère Lucien Vogel, tous deux dans la presse, publient le livre en grand format sous le titre L’Histoire de Babar le petit éléphant, en 1931, aux éditions du Jardin des Modes. L’ouvrage connaît un incroyable succès, et Hachette, qui rachète les droits en 1936, diffuse Babar outre-Manche et outre-Atlantique. Hélas, Jean de Brunhoff n’en profite guère, puisqu’il meurt le 16 octobre 1937 d’une tuberculose osseuse foudroyante, à l’âge de trente-huit ans, après avoir composé cinq épisodes. Né en 1929, son fils Laurent de Brunhoff poursuit néanmoins les aventures du pachyderme, et les adapte pour la télévision française en 1969, avant de s’installer en 1985 aux États-Unis, où Babar est toujours aussi populaire. Son père est enterré sous une tombe familiale, surmontée d’un élégant sarcophage à pattes de lion, tel un souvenir d’une jungle qu’il ne connaissait pas, mais représentait fort bien. En 2006, sa famille a fait don des dessins préparatoires de Babar à la Bibliothèque nationale de France, et en 2011, treize millions d’exemplaires des soixante-quinze albums sortis, traduits en vingt-sept langues, se sont vendus dans le monde. Citons, pour finir, la chanson des éléphants, vieille rengaine des mammouths, glossolalie dont les personnages de la célèbre série ne connaissent pas eux-mêmes le sens :

Patali Dirapata, Cromda Cromda Ripalo, Pata Pata, Ko Ko Ko

Bokoro Dipoulito, Rondi Rondi Pepino, Pata Pata, Ko Ko Ko

Emana Karassoli, Loucra Loucra Ponponto, Pata Pata, Ko Ko Ko.

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MEMOIRE DES POETES VII: CIMETIERE DE PANTIN (2), ILARIE VORONCA (1903-1946)

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    J’ai évoqué, la semaine dernière, la sépulture d’André Hardellet, enterré à Pantin, dans le plus grand cimetière d’Europe. Je parle aujourd’hui d’un autre homme malheureux, le poète juif roumain Ilarie Voronca, inhumé cette fois dans la division 110 de ce monstrueux ensemble, et auteur de vers sensibles.

Division 110 : De son vrai nom Eduard Marcus, Ilarie Voronca naît le 31 décembre 1903 à Brâlia, en Roumanie, au sein d’une famille juive. Étudiant en droit, il collabore dès 1922 à divers mouvements littéraires, puis fonde en 1923 75 HP avec la peintre surréaliste Victor Brauner (1903-1966). La revue se caractérise notamment par une grande audace typographique, et Voronca y définit les principes de la « Pictopoésie », superposition de surfaces géométriques, différenciées selon les couleurs et les reliefs ou les mots inscrits soutiennent par leur rythme le sens de la composition plastique. Passé par plusieurs autres groupes d’avant-garde, dont Dada, l’écrivain se fera par la suite chantre de l’intégralisme, synthèse des tendances qu’il a lui-même incarnées : le vrai mot, personne ne l’a dit encore : cubisme, futurisme, constructivisme, ont débouché sur le même point hardi : la SYNTHÈSE écrit-il ainsi dans le numéro 6/7 de la revue Punct, en 1925. Fuyant les « ténèbres balkaniques », Voronca et sa femme Colomba s’installent à Paris en 1933. Ils obtiendront la nationalité française cinq ans plus tard. Voronca, qui travaille pour une compagnie d’assurances afin de survivre, écrit directement dans la langue de Molière, et veut désormais dépasser l’individualité pour devenir le chantre de la foule. Sous l’Occupation, il se cache à Marseille, avant de participer au maquis de Rodez, puis de rentrer dans la capitale. Ayant composé plus d’une vingtaine de livres, en roumain et en français, reconnu comme un grand par ses pairs mais rongé par un mal secret, Ilarie Voronca se suicide au soir du 4 avril 1946, à quarante-deux ans seulement. Un prix littéraire, organisé dès 1951 dans le Rouergue, porte désormais son nom.

   Dans une superbe monographie, Voronca, le poète intégral[1], Christophe Dauphin raconte comment son collectif, crée en 2010, a honoré la mémoire du poète en sauvant une tombe très dégradée, et menacée de disparition. Posée sur une dalle en marbre veiné, flambant neuf, une plaque ornée du visage inspiré de Voronca accompagné d’une plume et de deux colombes reproduit les vers suivants, comme pour conjurer le désespoir : Rien n’obscurcira/La beauté de ce monde. Savourons également ces deux magnifiques quatrains, tirés de La poésie commune, et publiés en 1936 :

Nous approchons de la mer, des lumineux rivages

D’où chacun peut voir le lever des soleils, des îles.

Toutes ces voix d’enfants arrêtent les naufrages

Le vent les fait venir avec d’autres parfums, des villes.

 

Que faire encore ? Autour d’une nouvelle tristesse

Comme une écriture inconnue, tout-à-coup sur une page.

On joue à colin-maillard : « Ferme les yeux. Qui est-ce ?

Devine. » Et c’est la mort qui couvre ton visage.

N.B. : la tombe d’Ilarie Voronca (1903-1946), est indiquée sur le plan fourni à l’entrée du cimetière.

[1] Editinter/Rafaël de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2011.

Tombe d'Ilarie Voronca en 2010, avant le travail de restauration opérée par Christophe Dauphin et à son collectif.

Tombe d’Ilarie Voronca en 2010, avant le travail de restauration opérée par Christophe Dauphin et son collectif.

La même tombe, en décembre 2014.

La même tombe, en décembre 2014.

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