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Monthly Archives: juin 2015

BOUFFER DU GRANIT

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« Bouffer du granit »: intraduisible en français, l’expression russe signifie que nous devons nous atteler à une tâche rude, ingrate. C’est un peu le sentiment que j’ai avec l’écriture. Une tâche dure, ingrate, lente, répétitive, qu’il s’agisse de taper sur le clavier, ou de tracer des lignes de ma pénible graphie adolescente dans les méchants calepins que j’achète place de la Réunion, les jours de marché. Parfois (rarement), on s’enfonce comme dans du beurre, et le verbe sort tout seul, fluide, immaculé, tel une évidence, un objet auprès duquel on serait longtemps passé sans le voir, un chemin caché par un bosquet, une personne dont on n’aurait jamais remarqué la beauté… Mais le plus souvent les choses se font à coups de ratures et d’agacements, d’obsessions. Que j’eusse aimé écrire facilement!

UNE BELLE CRITIQUE DE « DISPARAÎTRE » PAR L’ECRIVAIN JEAN-FRANCOIS JACQ

   Ci-dessous une très belle critique de Disparaître, mon premier et unique roman, par Jean-François Jacq, homme de théâtre, blogueur, écrivain, qui publiera prochainement chez Unicité.
Photo prise par l'auteur.

Photo prise par l’auteur.

   Je ne suis pas un lecteur ordinaire, saisi de plein fouet par l’inéluctable se profilant de page à page, hanté par le personnage de Renaud dont la descente m’est, au demeurant, éminemment familière. Ayant connu la rue à l’âge de dix-neuf ans, et ce durant plusieurs années, je ne suis absolument pas en mesure de faire preuve de complaisance à l’égard du roman d’Etienne Ruhaud. Roman, je l’avoue d’emblée, le mot me gêne. Il me dérange d’autant plus que l’auteur nous met face à une histoire romancée, et que nous en dépassons rapidement le cadre, Ruhaud nous invitant à pénétrer l’envers de ce quotidien nauséabond, se suffisant à lui seul pour n’avoir à apporter aucune explication quant aux raisons de la chute de son personnage. Lorsque le processus est en marche, rien ne peut plus l’arrêter. Et c’est l’une des grandes réussites de ce livre.  Ne pas donner à comprendre. Renaud ne m’est pas donc pas étranger (d’où ce rejet  à l’égard du terme roman). Je suis tout près de lui au fil de la lecture de Disparaître, à ses côtés à un point tel que je ressens exactement le vide se faire en son corps, et que je me surprends – ce qui n’est nullement mon habitude de lecteur – à en murmurer les mots, happé par la justesse de la mécanique anthropologique de Disparaître. Sachez-le. Ruhaud ne vous a pas dupé. Ruhaud de nous conter une histoire somme toute banale, puisque c’est ainsi que nous côtoyons ceux dont les corps finissent par éclater sur le pavé. Combien de morts, précisément à Thiais, carré des indigents, dans la plus grande indifférence ? Le lecteur que je suis tient à remercier l’auteur que tu es pour cet immense Disparaître, d’un point de vue littéraire, mon cher Etienne. L’auteur que je suis le considère comme frère de sang de mon récit (Hémorragie à l’errance), traitant de mes années passées à la rue. Pas un seul jour sans que je n’y pense. Et il en sera ainsi jusqu’à ma mort, jusqu’à ce qu’à mon tour, communément à Renaud, peut-être bien dans mon lit mais empreint de la même liquéfaction que ce personnage en résonance avec ce que je suis, jusqu’à ce qu’à mon tour je disparaisse. Un livre de cet acabit ? Il y a bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé.
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Le site de Jean-François Jacq (rajouté au favoris): http://jean-francois-jacq.e-monsite.com/

BLOGORAMA 17: « ARRÊT SUR POÈMES », LE BLOG DE MURIELLE-COMPÈRE DEMARCY

"Trash fragilité", de Murielle Compère-Demarcy, aux éditions du Citron Gare

« Trash fragilité », de Murielle Compère-Demarcy, aux éditions du Citron Gare

   Les quelques lecteurs réguliers de « Page paysage » m’ont vu condamner Facebook avec une certaine vigueur. Il est vrai que le réseau présente bien des aspects déplaisants: photos de vacances publiées, et retrouvées par des collègues, débats politiques et/ou idéologiques vains, étalage ad nauseam du Moi, flicage, etc., etc., etc. Je l’ai dit et annoncé, je me suis surtout réinscrit parce que vous étiez trop rares, chers abonnés, et qu’il me fallait, un peu, diffuser. Et aussi parce que je devais découvrir d’autres créateurs.

   L’objectif a été partiellement atteint: j’ai gagné des abonnés, et j’ai rencontré quelques créateurs, et créatrices. Parmi elles, Murielle Compère-Demarcy, très active sur le Net, et auteure de plusieurs recueils, parmi lesquels Trash fragilité, publié par mon ami en poésie Patrice Maltaverne, aux éditions du Citron Gare (j’ai déjà parlé de Patrice ici même, si vous êtes attentifs!). Murielle a accepté ma proposition de Blogorama, et s’est fort bien présentée elle-même. Laissons lui donc la parole!

  Enseignante, documentaliste dans le second degré après avoir été libraire plusieurs années à Paris, Murielle Compère-Demarcy est l’auteur de La F– du Logis, opus de nouvelles mi-réalistes mi-imaginaires paru en août 2014, et de trois recueils de poèmes parus en 2015 : Coupure d’électricité publié en février 2015 aux éditions du Port d’Attache de Marseille, La Falaise effritée du Dire publié aux éditions du Petit Véhicule de Nantes, Trash fragilité paru en juin 2015 aux éditions du Citron Gare de Metz. Auparavant Murielle Compère-Demarcy, qui signait encore de son monogramme MCDem., a publié 2 plaquettes de poèmes chez Michel Cosem éditeur, éditions Encres Vives, dans la collection Encres Blanches (L’Eau-Vive des falaises, en avril 2014, et Je marche—, poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques Darras, édité en août 2014).

   Publiée dans des revues dont elle partage l’état d’esprit et un point de vue sans concession sur le monde (Traction-Brabant, Nouveaux Délits ou encore Le Moulin des Loups, Libelle, Traversées, Poésie/première, Décharge, Verso) elle est par ailleurs rédactrice et écrivain à La Cause Littéraire où elle rédige chroniques, articles et publie quelques créations poétiques.

  Elle anime depuis février 2015 un blog, « Arrêt sur poèmes » dont l’objectif est la diffusion et le partage des écritures poétiques provenant de tout horizons.

   J’ai crée mon blog pour la nouvelle année 2015 pour jeter des ponts vers d’autres écrivant de mon espèce, et avec l’espoir de partager sur le même territoire de l’écriture des points de vue, des coups de rage, des éclaircies. Sans concession. Sans sentimentalisme. Sans lyrisme fleur-bleue ou arbre pleureur.

   Je privilégie les voies singulières où la littérature circule assez dans les relais de la parole ou de l’écrit pour se faire sentir viscérable, dans le flux d’un quotidien où, déplacer ou broyer / résorber avant qu’il ne soit trop tard des caillots de noir dans le sang qui asphyxierait notre avancée, nos escapades vitales vers la lumière, paraît plus que nécessaire.

   Je lis un livre de poèmes comme j’ouvre sur la lumière la fenêtre du jour et de mes insomnies. C’est tout dire.

   Sur mon blog figurent des liens vers des sites-phares d’éditeurs comme les blogs des éditions du Citron Gare de Patrice Maltaverne, de Nouveaux Délits de Cathy Garcia, des blogs de journalistes littéraires rencontrés comme celui d’Alexandra Oury-Blaire ou les chroniques du journaliste-écrivain Philippe Lacoche, et bien d’autres liens encore. La rubrique « Des blogs, des blogs, des blogs », « Des revues, des revues, des revues« , ou « Des livres, des livres, des livres » partagent des coups de cœur, diffusent des pépites d’auteurs-poètes ou écrivains : Matthias Vincenot, Eric Dubois, François Teyssandier, Xavier Frandon, Thieery Radière, Christophe Esnault, Marilyne Bertoncini. Je publie également des Textes du Jour, Citations du Jour, Livres du Jour –sortes de textes marqués au rouge dans l’Agenda Perpétuel qu’est l’Agenda de la Poésie.

« Arrêt sur poèmes », le blog de Murielle-Compère Demarcy:

http://poeviecriture.over-blog.com/

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BONNE PENSÉE DU MATIN

arthur-rimbaud-une-saison-en-enfer-1873-9680bÀ quatre heures du matin, l’été,
Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bosquets, l’aube évapore
L’odeur du soir fêté.

Mais là-bas dans l’immense chantier
Vers le soleil des Hespérides,
En bras de chemise, les charpentiers
Déjà s’agitent.

Dans leur désert de mousse, tranquilles,
Ils préparent les lambris précieux
Où la richesse de la ville
Rira sous de faux cieux.

Ah ! pour ces Ouvriers charmants
Sujets d’un roi de Babylone,
Vénus ! laisse un peu les Amants
Dont l’âme est en couronne

Ô Reine des Bergers !
Porte aux travailleurs l’eau-de-vie.
Pour que leurs forces soient en paix
En attendant le bain dans la mer, à midi.

MEMOIRE DES POETES VIII, JEAN DE BRUNHOFF (Père-Lachaise 2)

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DIVISION 65

   Fils d’un éditeur d’art, Jean de Brunhoff naît dans la capitale le 9 décembre 1899, à la veille du XXème siècle. Mobilisé en 1917, il ne monte pas au front, et, en 1921, étudie à l’Académie parisienne de la Grande Chaumière, dans l’atelier d’Othon Friesz, où il rencontre de nombreux peintres. En 1924, il épouse la sœur de l’un d’eux, la pianiste Cécile Sabouraud. Dotée d’une riche imagination, cette dernière raconte à leurs trois enfants l’histoire d’un éléphanteau orphelin, qui, parti à pied en ville pour échapper aux chasseurs, revient en voiture dans la brousse, où il est couronné roi. Jean de Brunhoff décide d’en faire un album illustré à usage familial, privé. Enthousiastes, son frère Michel de Brunhoff, et son beau-frère Lucien Vogel, tous deux dans la presse, publient le livre en grand format sous le titre L’Histoire de Babar le petit éléphant, en 1931, aux éditions du Jardin des Modes. L’ouvrage connaît un incroyable succès, et Hachette, qui rachète les droits en 1936, diffuse Babar outre-Manche et outre-Atlantique. Hélas, Jean de Brunhoff n’en profite guère, puisqu’il meurt le 16 octobre 1937 d’une tuberculose osseuse foudroyante, à l’âge de trente-huit ans, après avoir composé cinq épisodes. Né en 1929, son fils Laurent de Brunhoff poursuit néanmoins les aventures du pachyderme, et les adapte pour la télévision française en 1969, avant de s’installer en 1985 aux États-Unis, où Babar est toujours aussi populaire. Son père est enterré sous une tombe familiale, surmontée d’un élégant sarcophage à pattes de lion, tel un souvenir d’une jungle qu’il ne connaissait pas, mais représentait fort bien. En 2006, sa famille a fait don des dessins préparatoires de Babar à la Bibliothèque nationale de France, et en 2011, treize millions d’exemplaires des soixante-quinze albums sortis, traduits en vingt-sept langues, se sont vendus dans le monde. Citons, pour finir, la chanson des éléphants, vieille rengaine des mammouths, glossolalie dont les personnages de la célèbre série ne connaissent pas eux-mêmes le sens :

Patali Dirapata, Cromda Cromda Ripalo, Pata Pata, Ko Ko Ko

Bokoro Dipoulito, Rondi Rondi Pepino, Pata Pata, Ko Ko Ko

Emana Karassoli, Loucra Loucra Ponponto, Pata Pata, Ko Ko Ko.

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MEMOIRE DES POETES VII: CIMETIERE DE PANTIN (2), ILARIE VORONCA (1903-1946)

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    J’ai évoqué, la semaine dernière, la sépulture d’André Hardellet, enterré à Pantin, dans le plus grand cimetière d’Europe. Je parle aujourd’hui d’un autre homme malheureux, le poète juif roumain Ilarie Voronca, inhumé cette fois dans la division 110 de ce monstrueux ensemble, et auteur de vers sensibles.

Division 110 : De son vrai nom Eduard Marcus, Ilarie Voronca naît le 31 décembre 1903 à Brâlia, en Roumanie, au sein d’une famille juive. Étudiant en droit, il collabore dès 1922 à divers mouvements littéraires, puis fonde en 1923 75 HP avec la peintre surréaliste Victor Brauner (1903-1966). La revue se caractérise notamment par une grande audace typographique, et Voronca y définit les principes de la « Pictopoésie », superposition de surfaces géométriques, différenciées selon les couleurs et les reliefs ou les mots inscrits soutiennent par leur rythme le sens de la composition plastique. Passé par plusieurs autres groupes d’avant-garde, dont Dada, l’écrivain se fera par la suite chantre de l’intégralisme, synthèse des tendances qu’il a lui-même incarnées : le vrai mot, personne ne l’a dit encore : cubisme, futurisme, constructivisme, ont débouché sur le même point hardi : la SYNTHÈSE écrit-il ainsi dans le numéro 6/7 de la revue Punct, en 1925. Fuyant les « ténèbres balkaniques », Voronca et sa femme Colomba s’installent à Paris en 1933. Ils obtiendront la nationalité française cinq ans plus tard. Voronca, qui travaille pour une compagnie d’assurances afin de survivre, écrit directement dans la langue de Molière, et veut désormais dépasser l’individualité pour devenir le chantre de la foule. Sous l’Occupation, il se cache à Marseille, avant de participer au maquis de Rodez, puis de rentrer dans la capitale. Ayant composé plus d’une vingtaine de livres, en roumain et en français, reconnu comme un grand par ses pairs mais rongé par un mal secret, Ilarie Voronca se suicide au soir du 4 avril 1946, à quarante-deux ans seulement. Un prix littéraire, organisé dès 1951 dans le Rouergue, porte désormais son nom.

   Dans une superbe monographie, Voronca, le poète intégral[1], Christophe Dauphin raconte comment son collectif, crée en 2010, a honoré la mémoire du poète en sauvant une tombe très dégradée, et menacée de disparition. Posée sur une dalle en marbre veiné, flambant neuf, une plaque ornée du visage inspiré de Voronca accompagné d’une plume et de deux colombes reproduit les vers suivants, comme pour conjurer le désespoir : Rien n’obscurcira/La beauté de ce monde. Savourons également ces deux magnifiques quatrains, tirés de La poésie commune, et publiés en 1936 :

Nous approchons de la mer, des lumineux rivages

D’où chacun peut voir le lever des soleils, des îles.

Toutes ces voix d’enfants arrêtent les naufrages

Le vent les fait venir avec d’autres parfums, des villes.

 

Que faire encore ? Autour d’une nouvelle tristesse

Comme une écriture inconnue, tout-à-coup sur une page.

On joue à colin-maillard : « Ferme les yeux. Qui est-ce ?

Devine. » Et c’est la mort qui couvre ton visage.

N.B. : la tombe d’Ilarie Voronca (1903-1946), est indiquée sur le plan fourni à l’entrée du cimetière.

[1] Editinter/Rafaël de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2011.

Tombe d'Ilarie Voronca en 2010, avant le travail de restauration opérée par Christophe Dauphin et à son collectif.

Tombe d’Ilarie Voronca en 2010, avant le travail de restauration opérée par Christophe Dauphin et son collectif.

La même tombe, en décembre 2014.

La même tombe, en décembre 2014.

LES « PETITES FABLES » RELIÉES! (Un grand merci à mon amie Claudine)

La mairie du XIXème arrondissement, en face des Buttes-Chaumont

La mairie du XIXème arrondissement, en face des Buttes-Chaumont

  Chaque année, l’association « Les métiers d’antan », consacrée à la reliure d’art, organise une exposition à la mairie du XIXème arrondissement (5-7 place Armand Carrel), bâtiment en briques rouges orné de grandes fresques Pompier, en face des Buttes-Chaumont. Ce 4 juin, le thème choisi était « Le Bestiaire, quel qu’il soit… » , et mon recueil des Petites fables était à l’honneur, grâce à mon ancienne collègue, et surtout amie Claudine Bertrand. Couverte d’un cuir gris profond sobre et élégant, la plaquette était en outre ornée, en page intérieure, d’un étrange et passionnant dessin, sorte de petite créature hybride, surprenante. Merci, donc, à Claudine et à son compagnon, l’ami Marc, pour ce beau moment de partage, et surtout bravo!

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L’intérieur du recueil. A noter, ce beau papier rouge, en page intérieure.

Un beau cuir gris profond, légèrement granuleux.

Un beau cuir noir, légèrement granuleux.

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Une étrange créature hybride, à l’intérieur, motif totémique, dans l’esprit des « Fables ».

Claudine, l'artiste, dans son élément.

Claudine, l’artiste, dans son élément.

Autres livres qui m'ont marqué: Octave Mirbeau (

Autres livres qui m’ont marqué: Octave Mirbeau (« Le jardin des supplices », « Les 21 jours d’un neurasthénique »…)

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846-1870)

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846-1870)

NB: L’association loi 1901 « Les métiers d’antan » donne des cours de reliure, et organise un concours annuel. Si certains lecteurs sont intéressés (cliquer sur le lien ci-dessous):

L’association « Les métiers d’antan » (créée en 1993)

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