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Monthly Archives: mai 2015

MEMOIRE DES POETES II, Cimetière de Saint-Mandé Nord, Juliette Drouet (1806-1873) et Jacques Grandville (1803-1846)

CIMETIÈRE COMMUNAL DE SAINT-MANDÉ NORD (24 avenue Joffre, 94160 SAINT-MANDÉ, Station Saint-Mandé, ligne 1)

Juliette Drouet, par Alphonse-Léon Noël (1832)

Juliette Drouet, par Alphonse-Léon Noël (1832)

   Créé en 1823, le cimetière communal de Saint-Mandé Nord est bien situé dans le département du Val de Marne (à la différence du cimetière de Saint-Mandé Sud). Parfaitement entretenu, ce petit enclos charmant cerné de hautes résidences, est surtout connu pour abriter la dernière demeure de Juliette Drouet (1806-1873), ce que signale une plaque informative sur le mur d’enceinte. Modèle de la statue représentant Strasbourg place de la Concorde, mais surtout maîtresse de Victor Hugo pendant près de cinquante ans, l’actrice à la troublante beauté renonce à sa carrière dès 1833, pour mener une vie cloîtrée, sous la pression d’un grand homme auquel elle enverra plus de 20000 lettres. Déjà marié, l’écrivain, qui a rencontré son amante lors d’une représentation de Lucrèce Borgia, n’hésite pourtant pas à la tromper, notamment avec la romancière Léonie d’Aunet (1820-1879) puis avec la comédienne Alice Ozy (1820-1893). Fidèle malgré tout, Juliette, qui suit Hugo dans son exil à Bruxelles, puis à Jersey et Guernesey après le coup d’Etat de Napoléon III de 1851, s’éteint à Paris le 11 mai 1873. Elle est enterrée auprès de son unique enfant, Claire (1826-1846), née d’une première relation avec le sculpteur James Pradier, et d’abord inhumée à Auteuil. Mère et fille reposent ainsi l’une à côté de l’autre, dans l’allée du fond, chacune sous une dalle sobre, sans statue ni crucifix. Hugo, qui considère Claire, prématurément emportée par la phtisie, comme sa propre fille, lui dédicace quatre poèmes des Contemplations, parues en 1856. Citons ainsi ces vers superbes, gravés dans la roche :

Voilà donc que tu dors sous cette pierre grise,

Voilà que tu n’es plus, ayant à peine été !

L’Astre attire le lys et te voilà reprise,

Ô vierge par l’azur cette virginité !

L’épitaphe dédié à Juliette a lui aussi quelque chose de sublime :

Quand je ne serai plus qu’une cendre glacée,

Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,

Dis-toi si dans ton cœur ma mémoire est fixée,

Le monde a sa pensée,

Moi j’avais son amour !

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   Non loin des deux Muses, en tournant la tête vers la gauche, on remarque la sépulture du fameux Jacques Grandville (1803-1847), qui, s’il ne fut auteur, illustra bien des livres, en particulier les Fables de La Fontaine, mais aussi Don Quichotte, Les voyages de Gulliver, ou Robinson Crusoé. Né à Nancy dans une famille de comédiens pauvres, et surnommé « Adolphe » par ses proches (du nom de son jeune frère mort deux mois avant sa naissance), Jean Ignace Isidore Gérard choisira « Grandville » comme nom d’artiste. Anticlérical, libéral, Grandville s’affirme précocement comme caricaturiste de presse, notamment dans Le nain jaune, journal satirique, puis, vers 1820, dessine d’étranges créatures hybrides, mi-hommes, mi-animaux. Il s’initie ensuite à la lithographie, alors en vogue, puis monte à Paris en 1833. Le malheur le frappe alors cruellement, puisqu’il perd sa femme, ainsi que trois enfants, disparus tragiquement (âgé de trois ans, le petit Henri s’étouffe avec un morceau de pain en présence de ses parents). Brisé physiquement et mentalement, Grandville, qui s’est remarié, fait une crise de folie lors d’un séjour à Saint-Mandé, en 1847, et décède peu après, à quarante-trois ans seulement, dans une clinique de Vanves. Surprenante, parfois déconcertante, son œuvre, cet appartement où le désordre serait systématiquement organisé, selon Baudelaire, inspirera fortement les Surréalistes. Conformément à ses vœux, il est enterré à côté de sa première épouse, Henriette, et de leurs trois fils, là aussi sous  une dalle toute simple, indiquée par un plan, à l’entrée du cimetière.

« Fables » de La Fontaine, par Grandville.

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BLOGORAMA 15: « LA MAGIE DU MOT » DE JEAN LEZNOD

magie du mot  Les quelques trente-cinq abonnés de « Page paysage » et les lecteurs occasionnels auront peut être remarqué que je m’étais réinscrit sur Facebook. J’ai longtemps hésité à le faire, tant on perd de temps précieux sur le réseau social, et tant on peut, parfois, s’exposer, dérivant vers une sorte de nombrilisme de l’écran en racontant sa vie à des inconnus. Bref… Mon but demeure avant tout de diffuser l’écrit, d’étendre un tant soit peu mon lectorat.

  Le premier effet, positif, de la chose, fut de gagner quelques abonnés. Le second effet, de retrouver des figures littéraires connues (j’entends « de moi connues »), et d’en découvrir d’autres, qui me firent d’électroniques demandes d’amitié. Tel est le cas de Jean Leznod, jeune écrivain parisien, qui s’est spontanément prêté au jeu du Blogorama, cette rubrique consistant à présenter des sites littéraires. Laissons le donc parler de « La magie du mot », blog varié, riche de proses poétiques extrêmement différentes:

   La magie des mots www.magiedumot.com est un dictionnaire des mots bien particulier, rédigé et constitué par Jean Leznod. Un mot, souvent une photo accompagnatrice, une phrase, quelques phrases, mais pas plus, pour en exprimer le sens, celui qui passe par la tête, en toute liberté..

 Vous y trouverez une large gamme d’écrits : de la poésie, de la prose et des histoires courtes, fonction du mot choisi et de l’inspiration du moment.

  Aux dires des lecteurs, certains textes sont hilarants, d’autres profonds ou sensibles. A vous de choisir le bon mot convenant à l’humeur du jour. Vous avez un vaste choix qui, de plus, s’étayera au fil du temps qui passe. Et si ce dictionnaire des mots un peu à part vous séduit,  n’hésitez pas à vous abonner, pour en suivre ses pérégrinations burlesques ou profondes.

« La magie du mot », blog de Jean Leznod.  (cliquer sur le lien)

MEMOIRE DES POETES I: Alfred Jarry (1873-1907) à Bagneux (92)

Alfred_Jarry (Le Père Ubu) n’a aucune tare ni au foie, ni au cœur, ni aux reins, pas même dans les urines ! Il est épuisé, simplement et sa chaudière ne va pas éclater mais s’éteindre. Il va s’arrêter tout doucement, comme un moteur fourbu, écrit Alfred Jarry à la romancière Rachilde le 28 mai 1906. Criblé de dettes, miné par l’alcool, malade, l’écrivain s’éteint des suites d’une fièvre tuberculeuse à l’hôpital parisien de la Charité un an et demi plus tard, soit le 1er novembre 1907. L’inventeur de la Pataphysique, qui a demandé, en guise d’ultime volonté, un cure-dent à son ami Jean Saltas, sera inhumé le surlendemain, dans la banlieue Sud, au cimetière de Bagneux, après une courte cérémonie à l’église Saint Sulpice. Il n’a alors que trente-quatre ans, mais son œuvre est immense.

  D’après une souscription lancée par Alfred Valette (lui-même enterré à Bagneux) dans le numéro 252 de son journal Le Mercure de France, la dernière demeure d’Alfred Jarry se trouverait au cinquième emplacement de la cinquième rangée, dans la division 23. Aujourd’hui ne reste cependant qu’une tombe extrêmement délabrée, sans inscription. La concession étant alors temporaire, on peut hélas supposer que l’occupant actuel ne soit pas Jarry lui-même. L’hypothèse la plus probable, toutefois, c’est que l’endroit soit resté tel quel, à l’abandon, et que le poète s’y trouve encore. Mais est  ce si important? Son esprit et son humour demeurent, eux, éternels!

La tombe d’Alfred Jarry (1873-1907), au cimetière de Bagneux. Photographie personnelle.

PS: Couvrant plus de 60 hectares, le cimetière de Bagneux, accessible en métro depuis la ligne 13 (arrête Châtillon-Montrouge), comporte les tombes de nombreux autres écrivains, parmi lesquels Jules Laforgue, Rosny Aîné, Jean Rictus, Francis Carco ou Armand Olivennes. Signalons aussi, entre autres, les cinéastes Claude Berri, Jean Eustache, et Jean Vigo, les chanteuses Barbara, Louise Boyer et Gribouille. Un plan est fourni à l’entrée, mais la tombe de Jarry n’y est pas indiquée, pour les raisons évoquées plus haut.

ISSN 2427-7193

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Chers amis, chers lecteurs,

  J’ai demandé à obtenir un numéro ISSN le 17 décembre dernier, auprès de la Bibliothèque nationale de France. Il me parvient aujourd’hui. Le blog sera donc dorénavant officiellement considéré comme un périodique électronique, soumis à des droits d’auteur, et enregistré sous le numéro suivant: ISSN 2427-7193.

LUIS DE GONGORA, POÈTE BAROQUE.

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Luis de Gongora par Diego Velazquez

  La France demeure pauvre en termes de production baroque. Hormis la fameuse Illusion comique, singulière comédie de Corneille, ou les sanglantes pièces d’Alexandre Hardy, incluses dans le recueil de la Pléiade, peu d’auteurs hexagonaux (quel vilain adjectif!), se sont aventurés dans la démesure d’une école, d’un style, auquel Bertrand Gibert, professeur de khâgne à Poitiers -et, pour tout dire, mon professeur-, a consacré un essai fort pertinent, (Le Baroque littéraire français Armand Colin, 1997).Tel n’est pas le cas de la littérature espagnole du XVIIème siècle. Outre les célébrissimes Calderon de la Barca, Francisco Quevedo, Lope de Vega ou Tirso de Molina, citons Luis de Gongora, que j’ai décidé de relire après avoir vu l’extraordinaire exposition consacrée à Velasquez, en ce moment au Grand Palais. Né à Cordou en 1561 et mort dans cette même ville en 1627, l’homme appartient au style cultiste, que nous pourrions, de manière extrêmement schématique, définir comme riche en métaphores, et porté à la démesure, par opposition à l’esthétique classique. Encensé par Miguel de Cervantès dès 1585 dans La Galatéa, l’homme demeure connu pour ses Solitudes, publiées en 1615. Reste, pour l’époque moderne, contemporaine, cette mélancolique et magnifique adaptation des vers du maître, par le célèbre Paco Ibanez, chantre de l’Andalousie:

HERMANA MARICA (1580)

Hermana Marica,
Mañana, que es fiesta,
No irás tú a la amiga
Ni yo iré a la escuela.

Pondraste el corpiño
Y la saya buena,
Cabezón labrado,
Toca y albanega;

Y a mí me podrán
Mi camisa nueva,
Sayo de palmilla,
Media de estameña;

Y si hace bueno
Trairé la montera
Que me dio la Pascua
Mi señora abuela,

Y el estadal rojo
Con lo que le cuelga,
Que trajo el vecino
Cuando fue a la feria.

Iremos a misa,
Veremos la iglesia,
Darános un cuarto
Mi tía la ollera.

Compraremos dél
(Que nadie lo sepa)
Chochos y garbanzos
Para la merienda;

Y en la tardecica,
En nuestra plazuela,
Jugaré yo al toro
Y tú a las muñecas

Con las dos hermanas,
Juana y Madalena,
Y las dos primillas,
Marica y la tuerta;

Y si quiere madre
Dar las castañetas,
Podrás tanto dello
Bailar en la puerta;

Y al son del adufe
Cantará Andrehuela:
No me aprovecharon,
madre, las hierbas.

Y yo de papel
Haré una librea
Teñida con moras
Porque bien parezca,

Y una caperuza
Con muchas almenas;
Pondré por penacho
Las dos plumas negras

Del rabo del gallo,
Que acullá en la huerta
Anaranjeamos
Las Carnestolendas;

Y en la caña larga
Pondré una bandera
Con dos borlas blancas
En sus tranzaderas;

Y en mi caballito
Pondré una cabeza
De guadamecí,
Dos hilos por riendas;

Y entraré en la calle
Haciendo corvetas,
Yo y otros del barrio,
Que son más de treinta;

Jugaremos cañas
Junto a la plazuela,
Porque Barbolilla
Salga acá y nos vea;

Bárbola, la hija
De la panadera,
La que suele darme
Tortas con manteca,

Porque algunas veces
Hacemos yo y ella
Las bellaquerías
Detrás de la puerta.

BLOGORAMA 14: LES ÉDITIONS DU PORT D’ATTACHE

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   Poète, écrivain, dramaturge, journaliste et critique d’art, Jacques Lucchesi vit toujours à Marseille, où il est né en 1958. Ayant découvert et publié un dizain inconnu d’Arthur Rimbaud dans la revue belge bien nommée Inédit nouveau (en 2008), l’homme a également fondé les éditions associatives du Port d’attache en 2006. Petite maison indépendante, le Port d’attache publie environ deux recueils par an, au prix d’un paquet de cigarettes. Citons, entre autres, les textes d’André Ughetto (Je ne sais pas faire de poèmes), de Murielle Compère-Demarcy (Coupure d’électricité), ou encore de Didier Chiarabini (A propos d’art contemporain).

Pour s’informer, commander:

Editions du Port d’Attache

7 rue de l’Eglise Saint Michel

13005 MARSEILLE

jlucchesi13@gmail.com

Quelques liens:

Blog des éditions « Le Port d’attache »

L’emission « Vignette » de France Culture du 24/06/2014 consacrée à Jacques Lucchesi (podcast)

NB: Les éditions du Port d’attache sollicitent elles-mêmes les auteurs qu’elles publient. Rien ne sert, donc, de leur envoyer des manuscrits.

AIUTO!

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   Ayant fait trois lectures à la Lucarne des écrivains, avec Dominique Noguez, Pierre Mérot, Jean-Luc Martinez et Claude Brabant, j’ai toujours voulu, dans la mesure de mes faibles moyens, soutenir l’activité d’Armel Louis, poète et aussi libraire, passeur. Je transmets donc ce mail à mes fidèles lecteurs. Qui sait si l’un d’eux se déplacera mardi soir jusque dans le XIXème arrondissement (115 rue de l’Ourcq, métro Crimée), et achètera ne serait-ce qu’un livre de poche? Je serai, pour ma part, au Kremlin-Bicêtre, pour assister à une représentation du Pantagruel. Aidons la Lucarne à se maintenir, à inviter des poètes, des peintres, des professeurs! Vous qui avez des blogs, qui écrivez, diffusez le message d’Armel! Aider la Lucarne, en achetant un stylo bille, un carnet, ou une Pléiade, c’est aussi permettre aux auteurs d’exister, au micro maisons d’édition de se maintenir.

Armel Louis et Pierre Mérot, en plein exercice...

Armel Louis et Pierre Mérot, en plein exercice…

200 librairies en France, dont 80 librairies parisiennes, ont fermé ces quatre dernières années, dans le silence ou le tapage médiatique, toujours dans la détresse des intéressés et la stupeur des habitants. Cette année, on dépassera sans doute la centaine de librairies fermées rien qu’à Paris, dont certaines emblématiques comme La Hune au quartier latin, très prochainement.

La Lucarne des Ecrivains pourrait en faire partie :  un renouvellement de bail incertain en juin prochain, une baisse de fréquentation sensible depuis les évènements de janvier, un désintérêt pour La Lucarne par ses fondateurs mêmes ou ses amis, comme j’ai pu le constater par une désaffection lors des rencontres à la librairie ou le nombre des abonnés de La Gazette des Ecrivains.

Alors que faire ? Jeter l’éponge ? Pleurer misère ? Ou bien en parler avec vous, agir avec vous ? Une première soirée lui sera dédiée lors du lancement du prochain numéro de la Gazette ce mardi 12 mai. Et si vous ne pouvez pas vous déplacer, écrivez-moi, téléphonez-moi, passez des commandes mais ne restez pas indifférents à tous ces lieux culturels et de vie disparaissant un par un.

 Armel Louis

Mardi 12 Mai 2015 à partir de 19 h :

Soirée art et littérature autour de la Gazette de La Lucarne avec les auteurs et le photographe Roland Lagoutte

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Une soirée autour de La Gazette de la Lucarne « Incongruité », du mois de mai, en présence de l’artiste Roland Lagoutte qui accompagne les textes avec leurs auteurs.

L’occasion aussi de soutenir la Gazette et la librairie dont nous évoquerons la situation autour d’un verre. Apportez de quoi boire et grignoter pour une soirée conviviale !

 

Appel à textes pour la prochaine Gazette  à envoyer avant le dimanche 24 mai inclus. Modèle : modèle du peintre, femme modèle, modèle social, anti-modèle, choisissez votre modèle, pour un texte modèle bien sûr !

Une soirée à la Lucarne, début 2014, avec Dominique Noguez.

Une soirée à la Lucarne, début 2014, votre serviteur en compagnie de Dominique Noguez.

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