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Archives du 14/10/2014

« MAGICIENS DE L’ART BRUT », NOUVEAU NUMERO DE LA « QUINZAINE », DEMAIN DANS LES KIOSQUES!

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« CONFIGURATION DU DERNIER RIVAGE », MICHEL HOUELLEBECQ, éditions Flammarion, 2013 (note de lecture parue dans « Diérèse » numéro 59, été 2013)

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             En 1988, la défunte Revue de Paris publie « Quelque chose en moi », bref texte d’un jeune inconnu, fonctionnaire à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui en une de Libération et des Inrockuptibles, invité sur les plateaux de Canal +, BFM-TV ou France 2, Michel Houellebecq est devenu un people, lauréat du prix Goncourt 2010 pour La Carte et le territoire. Célèbre grâce à ses romans, l’homme reste d’abord un poète, et se considère comme tel : la poésie permet, davantage que le roman, de s’exprimer intimement. Composé de pièces souvent très différentes, écrites à plusieurs années d’intervalle, ce nouveau recueil semble renouer avec la première manière de l’auteur, à travers Le sens du combat notamment. Houellebecq, qui déclare ne pas lire les poètes contemporains, à l’exception notable de William Cliff ou Mathieu Bénézet, demeure un grand admirateur des symbolistes, en particulier Baudelaire, Verlaine ou Laforgue. De fait, Configuration du dernier rivage est composée dans cette forme régulière, défendue par l’écrivain à travers Rester vivant : Croyez à la structure. Croyez aux métriques anciennes, également. La versification est un puissant outil de libération de la vie intérieure (p.15). Alexandrins, octosyllabes et décasyllabes alternent ainsi avec quelques poèmes en prose, et quelques vers libres. Une certaine unité de ton reste maintenue tout au long du livre, sous-tendue par un désespoir quasi-total : Tout futur est nécrologique/Il n’y a que le passé qui blesse,/Le temps du rêve est de l’ivresse,/La vie n’a rien d’énigmatique (« Face B », p.37). Schopenhauerien, Houellebecq demeure un pessimiste athée, hanté par la maladie, le déclin, la vieillesse et la mort : La publicité Volvic déchirait le cœur d’Adam. Ces volcans éteints, ces forêts, ces sources… Tout cela était si différent de la retraite probable qui l’attendait, dans un asile pour vieillards de Garges-lès-Gonesse, exposé à la méchanceté gratuite des délinquants juvéniles. (p. 80).  Le regard qu’il porte sur le monde contemporain n’a rien de tendre non plus. « Peintre de la vie moderne », Houellebecq s’attache à décrire avec minutie la solitude propre à notre temps, à la société de consommation, et à la ville d’aujourd’hui : Supermarché des corps où l’esprit est à vendre/Et des psychologies se tordent et se dénouent/Sous le soleil. Bronzé, rien ne sert de prétendre/Que vous avez une âme. (p.52). Ce scepticisme total s’étend au sexe, aux jeux de séductions, en particulier dans la troisième partie, « Mémoire d’une bite » (p.41), impitoyable observation de la dégradation physique, et critique implicite du féminisme, déjà condamné dans Les Particules élémentaires puis Plateforme: Tu te cherches un sex-friend,/Vieille cougar fatiguée,/You’re approaching the end,/Vieil oiseau mazouté. (p.44). De fait, Configuration du dernier rivage reste un livre de deuil, caractérisé par le cynisme propre au créateur, par un humour noir particulièrement prégnant, tout au long du recueil, et par un certain sens de l’absurde, prêtant à sourire.

            Seul l’amour, le vrai, semble pouvoir tempérer ce sentiment de chute, et cette détresse radicale. Comme l’écrit en effet Bruno Viard : Le mystère Houellebecq, c’est qu’il existe deux Houellebecq, un méchant Houellebecq (…) et un gentil Houellebecq, qui parle d’amour et de bonté. Écrivain romantique selon Aurélien Bellanger, la star des Lettres est aussi capable de lyrisme, et chante avec bonheur la fusion des cœurs et des corps, dans le magnifique et long poème « HMT », initialement présent dans La possibilité d’une île : Il a fallu que je connaisse/Ce que la vie a de meilleur,/Quand deux corps jouent de leur bonheur/Et sans fin s’unissent et renaissent. (p.65). Nihiliste, essentiellement sombre, cette Configuration du dernier rivage, au titre programmatique, n’est pas exempte de facilités  et de platitudes, mais offre d’authentiques instants de joie et de douceur, par-delà tout battage médiatique.

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