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PIERRE GUYOTAT, SOUVENIR D’UNE RENCONTRE A LA CINEMATHEQUE (article publié dans « Diérèse 55, Hiver 2011-2012)

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la-cinematheque-fran-4ba3b28edb316GUYOTAT AU TRAVAIL

   Paris, Cinémathèque française, 4 juillet 2011. Après une rapide introduction du réalisateur, le visage rond de Pierre Guyotat apparaît à l’écran. Concentré, l’homme dicte Arrière-fond à Aïda Kébadian depuis son appartement parisien, marquant les pulsations de la phrase à naître d’un léger mouvement de la main, comme pour en imprégner la musicalité, conférer au texte un ordre subtil, aérien. L’accouchement est toujours délicat, exigeant, à la hauteur de la prose à la fois lumineuse et tourmentée propre aux trois derniers volumes, loin des innovations verbales, de la glossolalie du Livre,de Progénitures.

   Proche et complice, Jacques Kébadian a filmé Guyotat au travail, à la fois comme créateur, artisan, mais aussi comme récitant, au Festival d’Avignon. Le résultat est saisissant : une heure et demie de bande permettant de comprendre pleinement les méthodes de composition de l’auteur, de saisir le work in progress. Venu sur scène après la projection devant une assistance nombreuse et acquise, l’écrivain évoque volontiers ses goûts cinématographiques, son parcours, mais aussi le douloureux souvenir de la guerre d’Algérie, essentiel pour comprendre les premiers romans : Tombeau pour cinq cent mille soldats et Eden, Eden, Eden, longtemps censurés. Prolixe mais précis, conscient de son génie mais simple, le créateur semble à mille lieux du personnage en crise de Coma, comme si les années, le passage par diverses épreuves, avaient finalement apaisé l’individu, sans pour autant l’affadir. Témoin lucide d’un siècle barbare, sublime expérimentateur, Pierre Guyotat en revient désormais à la sincérité de l’autobiographie, au témoignage vécu, opposé à tout étalage narcissique. Abordé sous l’angle original du rapport à l’image, cette rencontre avec l’homme et l’œuvre, éclaire quelque peu un travail souvent jugé difficile d’accès, ingrat. Un tel entretien demeure également un beau moment humain, loin des soirées en librairie souvent convenues, décevantes et verbeuses. Rare et précieux, fort de ses soixante et onze printemps, Guyotat n’a pas fini de nous surprendre.

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