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« L’HERBE PASSAGERE » de Jean-Michel Bongiraud, Editinter, 2009 (note parue dans « Diérèse » n°45, été 2009)

 L-herbe-paagere

  

   Dans un monde au verbe émancipé / une musique s’écoulera des gorges… Refuser l’ordre marchand, chanter un univers nouveau, s’unir aux forces cosmiques : tel semble être le but de Jean-Michel Bongiraud.  Farouchement anarchiste, le fondateur du Parterre verbal puis de Pages insulaires nous livre ici quatre-vingt pages de vers libres, rapides, fulgurants, un style que l’on pourrait qualifier de tellurique. La première partie de L’herbe passagère, dont chaque texte commence par l’adverbe « cependant », déplore l’état actuel de notre planète, dominée par la beuverie monétaire et par le pouvoir, cette mécanique destructrice, dont la parole reste propagande. La deuxième partie célèbre les forces vives de la Nature, de la Terre et de la Mer, dans une sorte de révolte énergique : Et sur la guitare les toits rayonnent / Le poète guette le bourgeon et la source.  Enfin, la troisième partie évoque le monde futur, délivré, celui du rêve, dont l’auteur se veut le héraut, dans une forme de prophétie panthéiste, où tous les éléments se mêlent, par une secrète harmonie, débarrassée des scories du passé. Opposée à la triste voix officielle, la voix du poète annonce la vie nouvelle : le monde sera une cime sur la langue / enfin l’herbe poussera dans ma tête. Ainsi se clôt le cycle.

   Révoltée mais souvent joyeuse, violente et lyrique à la fois, l’écriture de Jean-Michel Bongiraud, qui publie ici son quatorzième ouvrage, sort des sentiers battus d’une poésie souvent conventionnelle, minimaliste, pour ne pas dire mièvre. Profondément original, ce nouveau recueil tranche avec la production actuelle, et avec la morosité d’une société que l’auteur dénonce.

LA POSITION DU LECTEUR (brève réflexion)

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   Le 26 mars 1969, John Kennedy Toole se suicidait au gaz dans sa voiture, à la Nouvelle Orléans. Il avait trente et un ans, et laissait derrière lui un grand manuscrit, refusé de son vivant, sauvé par sa mère, et considéré désormais comme un chef d’œuvre. Le rejet des grandes maisons l’avait, en quelque sorte, tué.

   J’ai lu La Conjuration des imbéciles deux fois, avec un plaisir égal, et le cas Toole m’amène à d’amères réflexions. Il est parfois difficile de saisir la portée de ce qu’on vous donne à lire, et il est souvent difficile d’y faire face. De façon générale, s’engager, ou d’être engagé, à lire un manuscrit, ou même un livre publié, s’avère délicat. Les gens placent un grand espoir en vous, que vous n’osez décevoir, car, au fond, vous les aimez bien, et même s’ils vous sont indifférents, même si vous ne les voyez que rarement et que leur démarche procède d’un certain égocentrisme, vous n’avez pas envie de les blesser. On touche au nerf, à l’être interne. L’absence de reconnaissance littéraire, artistique, ou, pire, l’indifférence, procèdent de la déception amoureuse, et pousse parfois à la haine. Ce pourquoi mieux vaut n’être ni éditeur, ni critique.

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